L'eau travaille pour nous!


Introduction

L'eau travaille pour nous de maintes façons, nous rendant la vie plus facile et plus agréable. Nous devons cependant tous veiller à ne pas utiliser cette précieuse ressource excessivement ou abusivement.

L'eau est un élément essentiel de la vie, non seulement pour l'être humain mais pour tous les types de plantes et d'animaux. L'eau représente environ 65 % de la masse de notre corps; que l'organisme en soit privé d'aussi peu que 12 % et c'est la mort à court terme.

Non seulement l'eau est-elle essentielle à la survie, mais elle contribue de multiples façons à la qualité de notre vie. Depuis la nuit des temps, les êtres humains ont cherché à mettre l'eau en valeur pour améliorer leur existence. D'une certaine façon, l'histoire de la civilisation est celle des moyens de plus en plus ingénieux que l'être humain a mis au point pour mettre l'eau à son service. Près de 5000 ans av. J.-C., nos ancêtres utilisaient déjà l'irrigation pour augmenter la production des récoltes. Des archéologues ont découvert des égouts en maçonnerie remontant à 2750 av. J.-C. et des toilettes à chasse d'eau datant d'une époque presque aussi reculée.

L'eau a joué, et continue de jouer, un rôle particulier dans la croissance de notre nation. Le commerce des fourrures, qui a favorisé l'exploration des vastes territoires du Canada, était entièrement tributaire de la présence de cours d'eau pour le transport. L'eau alimentait en énergie les meuneries et les scieries le long des cours d'eau des Maritimes et du Haut-Canada, rendant ainsi possible la production et l'exportation de céréales et de bois de construction, deux produits de base de l'économie d'antan. À mesure que l'industrie canadienne se diversifiait, on trouvait de nouvelles utilisations de l'eau, soit comme liquide de refroidissement, solvant, dispersant et source d'énergie hydroélectrique.

Le transport par eau est encore un moyen efficace de déplacer des marchandises en vrac. L'eau est aussi l'élément de base de l'énergie bon marché. Elle se veut une matière première pour des produits chimiques, des médicaments, des boissons et des centaines d'autres produits. L'eau est une partie intrinsèque des procédés de fabrication de produits allant des avions aux fermetures à glissière. En d'autres termes, nous dépendons de l'eau, que ce soit pour la majeure partie de notre technologie, pour notre confort et, évidemment, pour notre hygiène personnelle et l'élimination de nos déchets.

Nombreux sont ceux qui croient, bien à tort, que les différentes utilisations de l'eau et la quantité d'eau que nous utilisons sont sans importance. Or, des utilisations particulières peuvent s'avérer incompatibles avec d'autres. Pour certaines utilisations, on retire l'eau du cycle naturel pour des périodes plus longues que d'autres. Et dans la majorité des cas, la qualité même de l'eau est altérée.

La qualité de l'eau est l'affaire de tout le monde puisqu'en définitive nous puisons tous à la même source. La plupart des Canadiens vivent en aval de quelqu'un d'autre, outre que la même source de base d'alimentation en eau, réapprovisionnée continuellement grâce au cycle hydrologique, a été utilisée des millions de fois au cours de la longue histoire de la Terre. Nous sommes maintenant conscients des limites de la réutilisation de l'eau ainsi que du moment et de l'endroit où elle retourne à la nature, diminuée en quantité et en qualité. Nous devons par conséquent nous appliquer à mieux comprendre l'utilisation de l'eau : Où l'utilisons-nous? Que faut-il mesurer? Quels en sont les principaux usages? Comment ces usages se font-ils concurrence et interagissent-ils entre eux? Comment gérer la concurrence croissante?

Endroits où nous utilisons l'eau

Les utilisations les plus évidentes et immédiates de l'eau ont lieu dans son milieu naturel : ce sont les utilisations dites sur place. Les poissons vivent dans les cours d'eau, et certains oiseaux et autres animaux y passent du moins une partie de leur existence. La production d'énergie hydroélectrique, l'expédition par bateau et les loisirs aquatiques sont des exemples d'utilisations sur place qui profitent à l'être humain.

Ces utilisations sur place ne sont pas toujours inoffensives. Par exemple, les fuites d'huile provenant des moteurs hors-bord et des cargos polluent l'environnement. Les grands réservoirs requis pour la production d'énergie hydroélectrique enlèvent l'eau par évaporation et modifient complètement le régime des cours d'eau pour les utilisateurs en aval.

Les utilisations les plus nombreuses et les plus variées ont toutefois lieu sur terre : on parle alors d'utilisations par prélèvement. Ce terme est juste car l'eau est d'abord prélevée de sa source (une rivière ou un fleuve, un lac ou une nappe d'eau souterraine), dirigée ensuite par tuyau ou par canal vers les nombreux emplacements et utilisateurs différents, puis recueillie de nouveau pour être retournée à un lac, à un cours d'eau ou dans le sol. Les utilisations domestiques et industrielles, la production d'énergie thermique et nucléaire, l'irrigation ainsi que l'abreuvement du bétail appartiennent à cette catégorie.

Dans la plupart des utilisations par prélèvement, une partie de l'eau est consommée, c'est-à-dire que la quantité d'eau qui est retournée à la source d'où elle provient est moindre qu'avant le prélèvement. De plus, l'eau qui retourne ainsi à son milieu naturel est souvent dégradée. Par exemple, l'eau qui quitte nos maisons contient des déchets humains et domestiques. De nombreux procédés industriels polluent également l'eau, et leurs déchets liquides ne sont traités que partiellement – lorsqu'ils le sont – avant d'être retournés à la nature.


Utilisations par prélèvement

Les utilisations par prélèvement sont mesurables directement, en termes de quantité d'eau tirée, d'évacuation et de consommation. Le prélèvement est la quantité tirée d'une source pour une activité particulière au cours d'une période donnée. Cette mesure est importante car elle représente la demande imposée à la source d'eau à un endroit donné et pour cette utilisation précise. Généralement, la plus grande partie de l'eau prélevée est toutefois retournée à sa source ou à proximité de celle-ci : c'est ce qu'on appelle l'évacuation.

La consommation correspond à la différence qui existe entre le prélèvement et l'évacuation. Elle enlève l'eau d'un réseau hydrographique et la soustrait en vue d'usage ultérieur aux utilisateurs situés en aval. L'irrigation des récoltes est de loin l'utilisation qui consomme le plus d'eau, suivie par l'évaporation dans les grands réservoirs à ciel ouvert et les étangs de refroidissement. Toutefois, comme l'évaporation est difficilement mesurable, elle est rarement considérée comme de la consommation.

Par ailleurs, si l'on considère le cycle hydrologique tout entier, l'eau n'est jamais vraiment perdue. Par exemple, l'eau qui s'évapore des tours de refroidissement industrielles ou d'un champ irrigué retourne dans l'atmosphère pour retomber plus tard, sous forme de précipitation, quelque part sur la terre.

Deux autres mesures permettent de déterminer le degré d'efficacité de l'utilisation de l'eau pour un procédé particulier ou dans un secteur économique donné : l'utilisation brute de l'eau et la quantité d'eau qui est recirculée. L'utilisation brute de l'eau représente la quantité d'eau totale utilisée durant un procédé. Normalement, celle-ci devrait correspondre au prélèvement d'eau, sauf que de plus en plus d'utilisateurs (spécialement les industries) réutilisent la même eau une ou plusieurs fois. En pareils cas, l'utilisation brute de l'eau pourrait être de plusieurs fois supérieure au prélèvement. La différence entre l'utilisation brute de l'eau et le prélèvement correspond à la quantité d'eau recirculée, ce qui peut s'exprimer en termes de taux de recyclage, soit le nombre de fois que l'eau est recirculée. Ce taux indique le degré d'efficacité d'une utilisation particulière.

En 2006, on estime que cinq utilisations principales par prélèvement représentaient au Canada une utilisation brute de 60 527 millions de mètres cubes d'eau, soit un prélèvement de 50 914 millions de mètres cubes et une recirculation de 9 622 millions de mètres cubes pour les utilisations industrielles. Environ 30 % du prélèvement étaient consommés (soit surtout par les utilisations industrielles et l'agriculture), alors que le reste était évacué dans les milieux récepteurs.

Voir aussi : Utilisation de l'eau

Les paragraphes qui suivent donnent plus de détails sur ces utilisations, en commençant par la plus importante.

  • Thermoélectricité : Ce secteur industriel, qui comprend les centrales thermiques classiques et les centrales thermiques à énergie nucléaire, a tiré 63 % du prélèvement d'eau total en 2006. Après les combustibles, l'eau est la ressource la plus importante utilisée dans la production à grande échelle d'énergie thermique. La production d'un kilowattheure d'énergie électrique exige 140 litres d'eau pour les centrales à combustibles fossiles et 205 litres pour celles à énergie nucléaire. Une partie de l'eau est convertie en vapeur qui sert à entraîner l'alternateur pour produire de l'électricité. La plus grande partie de l'eau sert toutefois au refroidissement des condenseurs.

    Pourquoi un tel refroidissement est-il nécessaire? Tout simplement parce que les procédes actuels convertissent en électricité utilisable seulement 40 % de l'énergie produite à partir des combustibles, le reste étant perdu. Voilà qui explique le double coût associé à une utilisation inefficace de l'énergie : tout d'abord, dans l'énergie perdue, puis dans l'eau requise pour refroidir la chaleur perdue à la température à laquelle elle pourra être libérée sans danger dans l'environnement. Il faut donc assurer une circulation continue d'eau de refroidissement à travers le condenseur. Toute cette eau est ainsi évacuée dans l'environnement à une température bien supérieure à sa température initiale. Elle peut cependant être réduite grâce à des réfrigérants et d'autres appareils de ce genre.
  • Industrie manufacturière : L'eau est l'élément vital de l'industrie. Elle est utilisée comme matière première, liquide de refroidissement, solvant, moyen de transport et source d'énergie. Une automobile qui sort de la chaîne de montage aura nécessité au moins 120 000 litres d'eau, soit 80 000 pour la production de la tonne d'acier qui entre dans sa construction et 40 000 de plus pour la fabrication proprement dite. Il faut en outre de nombreux milliers de litres d'eau pour en fabriquer les composantes de plastique, de verre et de tissus. En 2006, l'industrie manufacturière était responsable à elle seule de 15 % des prélèvements d'eau. Le papier et les produits connexes, les métaux de base, et les produits chimiques étaient les trois principaux utilisateurs de l'industrie.
  • Municipalités : Peut-on imaginer une ville sans eau? Nous l'utilisons pour boire, pour faire la cuisine et pour satisfaire d'autres besoins domestiques. Nous avons également besoin d'eau pour nettoyer les rues, combattre les incendies, remplir les piscines publiques et arroser pelouses et jardins. Où irait cette eau sans réseau d'assainissement? Ces utilisations résidentielles, commerciales et publiques, ainsi que l'eau perdue dans les réservoirs et les tuyaux, totalisaient en 2006 environ 9,5 % de tous les prélèvements au Canada. Ce taux n'inclut pas les régions rurales où l'utilisation n'est pas mesurée. Si l'on incluait les utilisations domestiques rurales, la proportion s'élèverait à près de 11 %.
  • Agriculture : Les fermiers dépendent de l'eau pour la production du bétail et des récoltes. L'agriculture représentait en 2006 la quatrième plus grande utilisation, totalisant 9,5 % des prélèvements totaux. L'eau est prélevée en grande partie pour l'irrigation (92,4 %) et l'abreuvement du bétail (5,4 %). L'irrigation est nécessaire principalement dans les régions les plus sèches du Canada, comme les régions sud de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et du Manitoba. Elle est pratiquée également en Ontario et dans les Maritimes pour le contrôle du gel. Comme une grande quantité de l'eau prélevée s'évapore, seule une petite partie retourne à sa source. Il s'agit donc d'une utilisation à consommation élevée.
  • Industrie minière : Cette catégorie comprend l'exploitation des mines de métaux ainsi que l'extraction des minerais non métalliques et celle du charbon. L'industrie minière utilise l'eau pour séparer le minerai du roc, refroidir les foreuses, laver le minerai au cours de la production et évacuer les résidus.

    Même si l'industrie minière présentait une utilisation brute qui est la moitié de celle de l'agriculture, elle n'effectuait qu'environ 1 % de tous les prélèvements d'eau en 2006, comparativement à 9,5 % pour le secteur agricole. Il s'agissait de l'utilisation par prélèvement la moins importante; toutefois, l'industrie minière recycle l'eau qu'elle prélève dans des proportions plus grandes que tout autre secteur.

Utilisation sur place

Contrairement aux utilisations par prélèvement, les utilisations sur place ne peuvent être mesurées quantitativement car l'eau n'est pas retirée de son milieu naturel. Ces utilisations sur place sont plutôt décrites en termes de certaines caractéristiques de l'eau ou des bienfaits que l'écosystème et nous-mêmes en retirons.

Les débits et les niveaux sont des facteurs très importants pour les utilisations sur place. Lorsque ces conditions sont modifiées par un barrage, par exemple, des conflits peuvent en résulter. Parmi ceux-ci, le plus courant est celui qui peut opposer un projet d'aménagement hydroélectrique aux autres types d'utilisation reliés à la vie aquatique, à la faune, à l'approvisionnement en eau et au transport par eau. L'emmagasinage de la crue printanière (important écoulement causé par une fonte des neiges rapide) neutralise la variabilité naturelle des débits dont dépendent plusieurs processus biologiques, notamment les écosystèmes hautement productifs des deltas, des estuaires et des terres humides. Afin d'utiliser l'eau de façon optimale, il faut évaluer avec le plus grand soin tous les besoins et en tenir compte.

Les principales utilisations sur place sont les suivantes :

  • Production d'énergie hydroélectrique : Cette utilisation de l'eau représente aujourd'hui la source principale de l'énergie électrique au Canada. On a investit des milliards de dollars dans l'exploitation de cette forme d'énergie, qui gardera sa position prédominante dans les années à venir, compte tenu des vastes sites hydroélectriques encore inexploités du Québec, de Terre-Neuve, du Manitoba, de la Colombie-Britannique et des territoires. Toutefois, les effets sur l'environnement et sur les humains, qui doivent être évités ou atténués, rendent de plus en plus difficiles et coûteuses la planification et la réalisation d'aussi vastes aménagements.

Production d'énergie hydroélectrique

L'énergie hydroélectrique est produite par la force de l'eau qui tombe. La capacité de produire cette énergie dépend à la fois du débit disponible et de la hauteur d'où l'eau tombe. L'eau accumulée derrière un barrage élevé possède de l'énergie potentielle qui se transforme en énergie cinétique lorsque cette eau descend dans le canal à écoulement rapide et frappe les aubes d'une turbine en mouvement. La rotation de la turbine fait tourner des électro-aimants qui produisent un courant dans des enroulements fixes. Enfin, le courant est acheminé à un transformateur qui élève la tension en vue du transport de cette énergie sur de longues distances par des lignes électriques. Au Canada, les centrales hydroélectriques peuvent répondre à 62 % de la demande d'énergie électrique.

  • Transport par eau : Les voies d'eau intérieures au Canada ont joué un rôle historique important dans la mise sur le marché des matières premières et biens canadiens. Certaines utilisations traditionnelles, comme le flottage annuel du bois sont maintenant disparues. Le transport par eau reste cependant le moyen le plus économique d'acheminer les matières premières en vrac, qui constituent nos principales exportations : le blé, la pulpe, le bois et les minéraux. Les principales voies navigables pour le transport sont le fleuve Saint-Laurent, qui permet le passage d'océaniques provenant de l'océan Atlantique jusqu'au coeur de l'Amérique du Nord (presque à proximité des champs de blé des Prairies), le fleuve Mackenzie, lien essentiel au transport nordique, ainsi que le cours inférieur du fleuve Fraser, sur la côte du Pacifique. Des centaines de millions de tonnes de marchandises transitent chaque année sur ces voies. Pour cette utilisation, il est très important que les niveaux des fleuves et des lacs soient fiables et prévisibles.
  • Pêche en eau douce : Grâce à ses centaines de milliers de lacs, fleuves et rivières d'eau douce, le Canada peut offrir aux amateurs une pêche sportive parmi les plus spectaculaires au monde. En 1995, plus de 4,2 millions de Canadiens et de pêcheurs à la ligne en visite au pays ont tiré avantage de ce fait et dépensé pour ce faire plus de 7,4 milliards de dollars. En 1997, l'industrie de la pêche a contribué 71 millions de dollars au PIB et employé 3 500 personnes. De plus, les cours d'eau côtiers offrent des zones de frai pour le saumon et d'autres populations de poissons qui alimentent les principales pêcheries en eau salée.
  • Faune : De nombreuses espèces animales sauvages vivent dans l'eau, sur l'eau ou près de l'eau et doivent avoir accès à l'eau tout au long de leur vie. Pour d'autres espèces qui n'utilisent pas l'eau comme habitat principal, celle-ci demeure néanmoins essentielle à leur bien-être. L'observation, la photographie et l'étude des animaux sauvages sont toutes des formes populaires d'activités récréatives pour les Canadiens. Selon un sondage effectué en 1996, environ 19 % des Canadiens âgés d'au moins 15 ans ont participé à ces activités en précisant qu'il s'agissait de la raison principale ou secondaire de leur déplacement relié à la nature et dépensé ainsi 1,3 milliard de dollars. Au cours de la même année, la chasse a attiré plus d'un Canadien sur vingt et justifié environ 800 millions de dollars en dépenses reliées à la faune. Les Canadiens ont aussi dépensé 320 millions de dollars en 1996 dans le cadres d'activités relisés à la faune près de leur domicile. La majorité des Canadiens croient qu'il est important de maintenir l'abondance des populations d'animaux sauvages et de protéger les espéces en déclin ou en péril.
  • Loisirs de plein air : Les Canadiens prisent depuis toujours les occasions de s'adonner à des loisirs de plein air, occasions qu'ils ont recherchées plus que jamais au cours des dernières années. La natation, le nautisme ou le canotage sont autant d'activités qui nous permettent de découvrir les beautés de nos lacs et cours d'eau. En 1996, 27 % des Canadiens âges de plus de 15 ans (6,4 millions) ont pris part à ces activités, y consacrant environ 92 millions de jours lors de 56 millions de déplacements de ce genre. Bien que l'eau ne soit pas un élément essentiel de tous les loisirs de plein air, elle a souvent pour effet d'agrémenter ces activités. Les dépenses reliées aux loisirs aquatiques et au tourisme qui s'y rattache représentent également, pour notre économie nationale, des retombées de plusieurs milliards de dollars.
  • Évacuation des déchets : Pendant longtemps, il a été commode d'utiliser les lacs, les cours d'eau et les océans comme milieux récepteurs des déchets humains et industriels. L'eau peut, il est vrai, diluer et « digérer » jusqu'à un certain point les déchets de la société, mais la capacité d'absorption d'une masse d'eau, même la plus grande, demeure limitée. Les facteurs qui déterminent dans quelle mesure les procédés in situ peuvent recevoir un agent polluant sont les suivants : la nature du polluant, sa quantité par rapport au volume d'eau, son temps de séjour dans l'eau ainsi que la température et le débit de l'eau. Un grand nombre de nos voies navigables sont maintenant surchargées de déchets. L'ajout de réglements et l'augmentation de la surveillance constitueraient de bons moyens pour résoudre ce problème.

L'eau est-elle vraiment un droit acquis?

Comme nous sous-estimons cette précieuse ressource, nous avons tendance à l'utiliser avec excès et, en fait, à en abuser. L'apparente abondance de l'eau est trompeuse; la capacité de nos lacs et cours d'eau – et même des océans – à purifier les déchets que nous y déversons est beaucoup plus limitée que ce que l'on croyait jadis. Il y a un prix à payer pour la dépollution et la prévention de la pollution : des milliards et des milliards de dollars. Il devient tout à fait clair que l'eau n'est pas une ressource gratuite. Tôt ou tard, nous aurons une facture à payer : le prix de la négligence. Dans bien des cas, nous payons l'eau moins cher que le coût réel de son traitement et de sa distribution. Par exemple, les frais facturés pour l'eau d'irrigation ne couvrent que 10 % environ des coûts réels de ce service. Une sous-évaluation moins importante vaut aussi pour les coûts de l'usage domestique.

Cette utilisation excessive de l'eau commence à la maison. Comparativement à d'autres pays, il nous en coûte moins cher pour amener l'eau aux robinets de nos cuisines et salles de bain. Néanmoins, notre consommation par habitant est plus élevée que dans la plupart des autres pays.

Prix types de l'eau fournie par les municipalités au Canada et dans d'autres pays

Source : Commission mondiale de l'eau pour le XXIe siècle. The Poor Pay Much for Water... Use Much Less - Often Contaminated, 1999. (www.worldwatercouncil.org)
La Commission mondiale de l'eau réunit ses données à partir d'un grand nombre de sources, notamment ses propres recherches, les rapports de la Banque mondiale, les données de l'ONU, des enquêtes menées par le secteur privé, les organisations non gouvernementales et d'autres sources sur Internet. Les constatations sont préliminaires plutôt que définitives, mais elles montent des tendances.

Utilisations domestiques moyennes de l'eau par habitant et par jour

Nota : Les définitions et les méthodes d'estimation en usage dans ces pays peuvent varier considérablement et changer avec le temps, d'où la difficulté d'établir des comparaisons de l'utilisation de l'eau.


Qu'entend-on par juste prix?

Considérons un instant l'apport considérable de l'eau à la qualité de notre vie – en réalité, à notre vie même. La plupart d'entre nous comptons sur le service d'eau municipal, et notre santé dépend de la qualité de l'eau fournie. La majorité des Canadiens ont par inadvertance mis ce service en péril en ne payant pas un prix suffisant pour sa fourniture. Selon la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, les besoins à combler en matière d'infrastructure d'eau et d'égout variaient entre 38 et 49 milliards de dollars en 1996 au Canada et les coûts en immobilisations pour les 20 prochaines années seraient de l'ordre de 70 à 90 milliards de dollars.

Il existe une solution bien concrète à ce problème. Nous devons payer, pour ces services de distribution d'eau, un prix suffisamment élevé pour couvrir leur coût réel. En d'autres mots, le prix à payer doit permettre de recouvrer la pleine valeur, en termes de quantité réelle utilisée, de l'eau au robinet. La tarification doit donc être proportionnelle à l'utilisation. L'expérience démontre qu'une telle mesure a pour résultat de faire prendre conscience aux utilisateurs de la valeur réelle de cette ressource et d'inciter, de cette manière, à une utilisation plus efficace et plus judicieuse.

Au Canada, le prix de l'eau varie considérablement suivant les régions. Selon une analyse effectuée en 2008, à partir d'une enquête sur la tarification de l'eau dans les municipalités réalisée en 2004, l'utilisateur d'eau domestique (en supposant que sa consommation s'élève à 25 000 litres par mois) paie en moyenne 1,26 $ par 1 000 litres. Depuis les dernières années, ce prix a augmenté de façon importante; il s'élevait à environ 82 cents par 1 000 litres en 1991. Sur le plan national, il comprend actuellement un volet consacré au traitement des eaux usées qui est évalué à environ 46,5 %. Des changements seraient requis en vue de résoudre la question de la sous-estimation des ressources en eau. Toutefois, la fixation de prix rationnels sur le plan économique entraînerait, dans certains cas, une augmentation de l'installation des compteurs d'eau, ce qui réduirait la demande suffisamment pour reporter de plusieurs années la demande visant l'aménagement de nouvelles stations d'épuration, ce qui se traduirait par des économies substantielles pour chaque année de report.

Même en exigeant un prix plus élevé, l'eau potable demeurerait le bien le plus avantageux qui soit, en comparaison avec les autres produits liquides que nous consommons et qui ne sont pas, comme l'eau, amenés à l'année longue directement dans nos demeures. Prenons pour exemple la demande d'eau embouteillée, qui est élevée en dépit de son prix de 1 500 dollars par 1 000 litres, soit 1 000 fois celui d'une eau potable de la meilleure qualité!

Prix types des boissons de consommation courante

Note : Seule l'eau du robinet comprend la livraison automatique à l'utilisateur. Ce chiffre inclut le coût du traitement des eaux d'égout.

En 2004, la consommation individuelle moyenne d'eau douce était de 329 litres par jour au Canada. On estime qu'au moins la moitié de cette quantité représente un usage inutile et même un gaspillage. Les causes les plus courantes de gaspillage domestique sont les fuites des robinets, les défectuosités de la plomberie et l'utilisation excessive de l'eau pour l'arrosage des pelouses et le lavage des voitures. Si le prix de l'eau était plus réaliste, ce gaspillage serait en grande partie résolu. Plus notre consommation serait efficace, moins nous produirions d'eaux usées et mieux nous serions en mesure de traiter ces eaux. Elles deviendraient en réalité plus faciles à traiter si elles étaient moins diluées lorsqu'elles arrivent à la station d'épuration, car moins d'eau devrait être retirée des boues. Il en résulterait donc un environnement plus sain ainsi que de multiples économies.

Et le même principe vaut pour les usagers industriels, agricoles et commerciaux. Si les grandes industries dotées de leurs propres sources d'alimentation en eau devaient elles aussi payer en fonction de la quantité d'eau qu'elles retirent de leurs sources, les coûts d'utilisation à la hausse auraient pour conséquence d'entraîner une exploitation plus efficace. En fait, on croit que le recyclage représente une solution automatique au problème de la qualité de l'eau. Plus l'évacuation exigée par les règlements est propre, plus il s'avère facile et économique de la réutiliser cette eau au lieu d'en pomper de nouvelles quantités. Enfin, une tarification plus réaliste des services d'eau pour les utilisateurs agricoles à volumes élevés, telle que l'irrigation, amènerait également une plus grande efficacité d'utilisation et, par conséquent, un meilleur taux de conservation des ressources.

Saviez-vous?

  • Que les Canadiens consommaient en moyenne 329 litres d'eau chaque jour en 2004.
  • Qu'aussi peu que 10 % de notre approvisionnement en eau domestique est utilisé dans la cuisine et comme eau de boisson.
  • Qu'environ 65 % de l'eau consommée à l'intérieur des maisons est utilisée dans nos salles de bain. La toilette représente la plus grande « consommatrice » d'eau à l'intérieur.
  • Que l'utilisation de l'eau à l'intérieur atteint des sommets deux fois par jour, à l'année longue, soit le matin et le soir.
  • Les sommets les plus élevés ont lieu en été : de la moitié aux trois quarts de l'eau traitée par les municipalités servent alors à l'arrosage des pelouses.
  • Que l'utilisation de l'eau augmente plus rapidement que la population, car la diversité des utilisations de l'eau s'accroît avec la taille d'une collectivité.
  • 1 000 litres = 1 mètre cube (m3).

Utilisations futures de l'eau

Avec le temps, de plus en plus d'utilisateurs devront se partager une ressource en eau qui demeurera quant à elle limitée, ce qui exigera une amélioration du taux d'efficacité et de conservation de l'eau ainsi qu'un effort encore plus grand de regénération de sa qualité après usage. Et la conservation de l'eau ne se limite pas non plus aux utilisations proprement dites dont elle fait l'objet : la conservation de l'énergie, mesure souhaitable en soi, contribue indirectement à la conservation de l'eau. En effet, la consommation réduite en énergie se traduit par une demande moins élevée en production d'électricité, cette utilisation de l'eau étant de beaucoup supérieure à toutes les autres.

Nous devons apprendre d'une part à n'utiliser que le nécessaire et d'autre part à accorder nos besoins avec la disponibilité des ressources. Sachons ménager ces ressources afin de mieux en jouir plus tard.

Si nous assumons les dépenses reliées à la longue détérioration qu'ont subi nos réseaux de distribution d'eau et d'assainissement et si nous rattrapons les années d'indifférence et de négligence dont ont souffert nos ressources en eau, nous serons vraiment en mesure de relever le défi de la conservation de l'eau, tant pour notre bien-être que pour celui des générations à venir. Toutefois, si nous ne savons pas tirer la leçon que nous enseignent les erreurs passées, nous ne ferons qu'hypothéquer encore plus lourdement nos ressources environnementales.

Données sur l'utilisation de l'eau

* Toutes les données du secteur industriel (dans son ensemble) proviennent de l'Enquête sur l'utilisation industrielle de l'eau, 2005), de Statistique Canada, des données des municipalités de 2006 (Enquête sur l'eau potable et les eaux usées des municipalités de 2006) d'Environnement Canada) et des données du secteur agricole de 2001 (Estimation de la quantité d'eau utilisée à des fins agricoles en 2001 de Statistique Canada).

Collection Eau douce A-4

Nota : Un guide de ressources, intitulé Ne prenons pas l'eau pour acquis, a été rédigé pour aider les enseignants de la 5e à la 7e année à utiliser l'information contenue dans les fiches d'information sur l'eau douce.


Publié avec l'autorisation du ministre de l'Environnement
© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, 2002

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