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Ébauche d'évaluation préalable pour le Défi concernant
Acide 2,3,4,5-tétrachloro-6-(2,4,5,7-tétrabromo-6-hydroxy-3-oxo-3H-xanthén-9-yl)benzoïque (Solvent Red 48) Numéro de registre du Chemical Abstracts Service 2134-15-8 Environnement Canada Santé Canada Mars 2010 SommaireEn application de l'article 74 de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (1999) [LCPE (1999)], les ministres de l'Environnement et de la Santé ont effectué une évaluation préalable de l'acide 2,3,4,5-tétrachloro-6-(2,4,5,7-tétrabromo-6-hydroxy-3-oxo-3H-xanthén-9-yl)benzoïque (Solvent Red 48) dont le numéro de registre du Chemical Abstracts Service est 2134-15-8. Une priorité élevée a été accordée à l'évaluation préalable de cette substance inscrite au Défi, car elle répond aux critères environnementaux de la catégorisation relatifs à la persistance, au potentiel de bioaccumulation et à la toxicité intrinsèque pour les organismes non humains et elle semble être commercialisée au Canada. L'évaluation des risques que présente le Solvent Red 48 pour la santé humaine n'a pas été jugée hautement prioritaire à la lumière des résultats fournis par les outils simples de détermination du risque d'exposition et du risque pour la santé élaborés par Santé Canada aux fins de la catégorisation visant les substances de la Liste intérieure. La présente évaluation est donc axée sur les renseignements utiles à l'évaluation des risques pour l'environnement. Le Solvent Red 48 est une substance organique qui peut être utilisée comme colorant au Canada dans différentes applications, y compris dans les produits de soins personnels et les médicaments. D'après l'enquête effectuée en application de l'article 71 de la LCPE (1999), aucune entreprise n'a signalé d'importation ou de fabrication de la substance susmentionnée supérieure au seuil de déclaration de 100 kg par année et aucune utilisation de cette substance supérieure au seuil de déclaration de 1 000 kg par année n'a été signalée en 2006. Toutefois, deux entreprises ont manifesté un intérêt pour le Solvent Red 48. Comme aucune déclaration n'a été reçue en 2006 concernant l'utilisation, l'importation ou la fabrication du Solvent Red 48 au Canada en quantité égale ou supérieure aux seuils de déclaration précisés dans l’avis publié en application de l'article 71 de la LCPE (1999), les rejets de cette substance dans l'environnement au Canada devraient être très faibles. De manière prudente, on a supposé que 100 kg par année étaient utilisés dans des scénarios d'utilisation par les industries et par les consommateurs. D'après les renseignements disponibles, y compris les résultats d’une enquête menée en application l'article 71 de la LCPE (1999), l'exposition de la population générale au Solvent Red 48 en milieux naturels (air ambiant, air intérieur, eau potable, sol et sédiments) devrait être négligeable. La population générale du Canada peut être exposée au Solvent Red 48 en utilisant certains produits cosmétiques, incluant quelques produits de soins personnels, car cette substance entre dans la composition de certains produits en vente sur le marché canadien. Le Solvent Red 48 devrait avoir une hydrosolubilité élevée et un faible coefficient de distribution octanol-eau. Il serait présent dans l'environnement principalement sous forme de dianion non volatil qui est relativement stable du point de vue chimique et aurait tendance à se répartir dans les sédiments, s'il était rejeté dans les eaux de surface et à demeurer dans les sols s'il était rejeté sur la terre. Ce comportement est principalement régi par les interactions électrostatiques. D'après ses propriétés physiques et chimiques, le Solvent Red 48 devrait être persistant dans l'eau, le sol et les sédiments. Les résultats modélisés semblent indiquer que cette substance n'est pas bioaccumulable en raison de sa taille et de son poids moléculaires relativement élevés et de son faible coefficient de distribution octanol-eau. Il répond donc aux critères de la persistance dans l’eau, le sol et les sédiments prévus dans le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation, mais il ne répond pas à ceux de la bioaccumulation en vertu de ce règlement. En outre, des données expérimentales nouvellement repérées sur la toxicité d’un analogue chimique, ainsi que de nouvelles prévisions sur la toxicité qui tiennent compte des estimations révisées du potentiel de bioaccumulation, laissent entendre que la substance pourrait avoir un potentiel modéré à élevé de toxicité pour les organismes aquatiques sensibles. Aux fins de la présente évaluation préalable, on a envisagé deux scénarios d'exposition très prudents aussi bien pour l'utilisation par les industries que pour celle par les consommateurs, entraînant des rejets du Solvent Red 48 dans le milieu aquatique. La concentration environnementale estimée la plus élevée dans l'eau, pour le scénario d'utilisation industrielle, était presque deux fois inférieure à la concentration estimée sans effet calculée pour le biote aquatique sensible. Il n'a pas été démontré que le Solvent Red 48 était très nocif pour la santé humaine. D'après l'examen du profil de risque du Solvent Red 48, les estimations de la limite supérieure d'exposition aux produits cosmétiques, incluant quelques produits de soins personnels contenant cette substance et la toxicocinétique de la substance, celle-ci ne suscite aucune préoccupation pour la santé humaine. À la lumière des renseignements disponibles, il est proposé de conclure que le Solvent Red 48 n'est pas une substance qui pénètre dans l'environnement en une quantité, à une concentration ou dans des conditions de nature à constituer un danger au Canada pour la vie ou la santé humaines. Selon ces renseignements, il est proposé de conclure que le Solvent Red 48 ne pénètre pas dans l’environnement en une quantité, à une concentration ou dans des conditions de nature à avoir, immédiatement ou à long terme, un effet nocif sur l’environnement ou sur la diversité biologique, ni à mettre en danger l'environnement essentiel pour la vie. Le Solvent Red 48 répond aux critères de la persistance prévus dans le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation, mais il ne répond pas à ceux de la bioaccumulation en vertu de ce règlement. Cette substance s’inscrira dans la mise à jour de l’inventaire de la Liste intérieure. De plus, des activités de recherche et de surveillance viendront, le cas échéant, appuyer la vérification des hypothèses formulées au cours de l’évaluation préalable. D’après les renseignements disponibles, il est proposé de conclure que le Solvent Red 48 ne répond à aucun des critères de l’article 64 de la LCPE (1999). IntroductionLa Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) [LCPE (1999)] (Canada, 1999) exige que les ministres de l'Environnement et de la Santé procèdent à une évaluation préalable des substances qui répondent aux critères de catégorisation énoncés dans la Loi, afin de déterminer si elles présentent ou sont susceptibles de présenter un risque pour l'environnement ou la santé humaine. En se fondant sur l’information obtenue dans le cadre de la catégorisation, les ministres ont jugé qu’une attention hautement prioritaire devait être accordée à un certain nombre de substances, à savoir :
Le 9 décembre 2006, les ministres ont donc publié un avis d'intention dans la Partie I de la Gazette du Canada (Canada, 2006) dans lequel ils priaient l'industrie et les autres intervenants de fournir, selon un calendrier déterminé, des renseignements précis qui pourraient servir à étayer l'évaluation des risques, ainsi qu'à élaborer et à évaluer les meilleures pratiques de gestion des risques et de bonne gestion des produits pour ces substances jugées hautement prioritaires. On a décidé d'accorder une attention hautement prioritaire à l'évaluation des risques pour l'environnement de l'acide 2,3,4,5-tétrachloro-6-(2,4,5,7-tétrabromo-6-hydroxy-3-oxo-3H-xanthén-9-yl)benzoïque, car cette substance a été jugée persistante, bioaccumulable et intrinsèquement toxique pour les organismes aquatiques et il semble qu'elle soit commercialisée au Canada. Le volet du Défi portant sur cette substance a été publié dans la Gazette du Canada le 14 mars 2009 (Canada, 2009). En même temps a été publié le profil de cette substance, qui présentait l’information technique (obtenue avant décembre 2005) sur laquelle a reposé sa catégorisation. Des renseignements sur les utilisations de la substance ont été reçus en réponse au Défi. Même si l'évaluation des risques que présente l'acide 2,3,4,5-tétrachloro-6-(2,4,5,7-tétrabromo-6-hydroxy-3-oxo-3H-xanthén-9-yl)benzoïque pour l'environnement est jugée hautement prioritaire, cette substance ne répond pas aux critères pour le PFRE ou le REI. La présente évaluation est donc axée principalement sur les renseignements utiles à l'évaluation des risques écologiques. Les évaluations préalables effectuées aux termes de la LCPE (1999) mettent l'accent sur les renseignements jugés essentiels pour déterminer si une substance répond aux critères de toxicité des substances chimiques au sens de l'article 64 de la Loi[1]. Les évaluations préalables visent à examiner des renseignements scientifiques et à tirer des conclusions fondées sur la méthode du poids de la preuve et le principe de prudence. La présente ébauche d'évaluation préalable prend en considération les renseignements sur les propriétés chimiques, les dangers, les utilisationsde la substance en question et l’exposition à celle-ci, y compris l’information supplémentaire fournie dans le cadre du Défi. Les données pertinentes pour l’évaluation préalable de cette substance sont tirées de publications originales, de rapports de synthèse et d’évaluation, de rapports de recherche de parties intéressées et d’autres documents consultés au cours de recherches documentaires menées récemment, jusqu'en décembre 2009 (sections du document concernant la santé humaine et les aspects écologiques). Les études les plus importantes ont fait l'objet d’une évaluation critique. Il est possible que les résultats de modélisation aient servi à formuler des conclusions. Lorsqu'ils étaient disponibles et pertinents, les renseignements présentés dans l'évaluation des dangers provenant d'autres instances ont également été pris en compte. La présente ébauche d'évaluation préalable ne constitue pas un examen exhaustif ou critique de toutes les données disponibles. Il s'agit plutôt d'un sommaire des renseignements essentiels qui appuient la conclusion proposée. La présente évaluation préalable a été préparée par le personnel du Programme des substances existantes de Santé Canada et d'Environnement Canada et elle intègre les résultats d'autres programmes exécutés par ces ministères. La partie de la présente évaluation qui porte sur l'écologie a fait l'objet d'une étude consignée par des pairs ou d'une consultation de ces derniers. Identité de la substanceAux fins du présent document, la substance est appelée Solvent Red 48. Le Solvent Red 48 est défini par le colour Index (CII 2002-2009) comme étant une combinaison de plusieurs numéros de registre CAS, notamment le no 2134-15-8 et le no 13473-26-2 de rechange, qui représente la forme tautomère lactonique de la substance (tableau 1). Cependant, dans le cadre du présent rapport et de l'évaluation de cette substance, le nom commun Solvent Red 48 » renvoie exclusivement au no CAS 2134-15-8, qui représente le tautomère quinonoïde. Tableau 1 . Identité de la substance – Solvent Red 48
2 Simplified Molecular Input Line Entry System Propriétés physiques et chimiquesComme l'illustre le tableau 1, le Solvent Red 48 est un acide libre qui existe sous deux formes tautomères, la forme lactonique et la forme quinonoïde (tableau 1). Les tautomères sont des formes isomériques d'une substance, généralement formées par la délocalisation d'électrons et la mobilité d'un atome ou d'un groupe d'atomes, qui se produisent normalement à l'état liquide ou dans une solution, mais non à l'état solide. Dans le cas du Solvent Red 48, le tautomère est formé par la délocalisation des électrons p dans le groupe xanthène et le mouvement d'un proton entre le groupe hydroxyle et le groupe carboxylique formé par l'ouverture de la lactone (ou du groupe ester cyclique). À un pH entre 6 et 9, la forme quinonoïde soluble devrait être la forme prédominante. Étant donné la nature ionisable du Solvent Red 48, la phloxine B (no CAS 18472-87-2), sel disodique du Solvent Red 48 (voir le tableau 3), est un composé analogue approprié de cette substance (des justifications supplémentaires sur la pertinence de cet analogue sont fournies à la section sur le devenir dans l'environnement et à l'annexe 2). De plus, il a été déterminé dans le cadre de l'examen des ouvrages scientifiques que le rose Bengale (no CAS 632-68-8) [voir le tableau 3] avait une structure semblable à celle du Solvent Red 48 et de la phloxine B car il se tautomérise lui aussi sous forme lactonique et quinonoïde. Le rose Bengale et la phloxine B ne diffèrent que par les substituants halogènes sur les cycles phényliques et le type de contre-ion. Le rose Bengale contient quatre iodes et est un sel dipotassique, alors que la phloxine B contient quatre bromes et est un sel disodique. Le tableau 2 présente les données physiques et chimiques (valeurs expérimentales et modélisées) du Solvent Red 48 et de ses analogues qui se rapportent à son devenir dans l'environnement. Les structures chimiques du Solvent Red 48 et des analogues rose Bengale et phloxine B sont illustrées au tableau 3. Les études clés à partir desquelles des données expérimentales ont été recensées dans les publications évaluées par les paires ont fait l'objet d'un examen critique afin d'en assurer la validité. Des modèles basés sur les relations quantitatives structure-activité (RQSA) ont servi à produire des données pour déterminer quelques propriétés physiques et chimiques du Solvent Red 48. Ces modèles (sauf WSKOWWIN, 2000) s'appuient principalement sur des méthodes d'ajout de fragments, c'est-à-dire qu'elles reposent sur la structure d'un produit chimique. Comme ces modèles n'acceptent que la forme neutre d'un produit chimique comme entrée (sous forme SMILES), les valeurs modélisées indiquées dans le tableau 2 concernent la forme quinonoïde neutre du Solvent Red 48. Enfin, la valeur du log Doe pour le Solvent Red 48 (2,3) a été établie à l'aide de l'option d'ajustement de la valeur expérimentale du modèle KOWWIN (2000). Cette méthode sert à estimer un log Doe pour une substance chimique donnée (dans ce cas, le Solvent Red 48) en comparant sa structure à celle d'un composé analogue pour laquelle on dispose d'une valeur empirique du log Doe (dans ce cas, la phloxine B). La valeur empirique du log Doe pour cet analogue (-0,21) a été ajustée par le modèle en fonction de l'effet des différences structurales sur le log Doe lorsqu'on compare les deux substances chimiques. Tableau 2. Propriétés physiques et chimiques du Solvent Red 48, de son sel de sodium et d'un analogue structural
2 Coefficients de partage (Dco) de la Phloxine B établis dans l'argile limoneux de Lihue. 3 Log Dco fondé sur une méthode d'estimation à l'aide du log Doe = 2,30. 4Valeur correspondant à l'équilibre entre le groupe acide carboxylique et la base conjuguée. 5Valeur correspondant à l'équilibre entre le groupe phénolique et la base conjuguée (p-stabilisé). 6Modélisé au moyen de l'ajustement des valeurs expérimentales à l'aide de la valeur empirique du log Doe de -0,21 pour la phloxine B. Tableau 3. Structures du Solvent Red 48, de la phloxine B (son sel de sodium) et du rose Bengale (autre analogue structural)
SourcesLe Solvent Red 48 n'est pas présent naturellement dans l’environnement. Aucune déclaration n'a été reçue en réponse à un avis publié en application de l'article 71 de la LCPE (1999) [Environnement Canada, 2009a] concernant l'utilisation, l'importation ou la fabrication du Solvent Red 48 en 2006 en quantité supérieure aux seuils de déclaration. De plus, en réponse à un avis publié en vertu de l'article 71 de la LCPE (1999) [Environnement Canada, 2009a], aucune activité de fabrication ou d'importation de la substance au Canada au cours de l'année civile 2005 en une quantité égale ou supérieure au seuil de déclaration de 100 kg n'a été déclarée. Toutefois, des formulaires Déclaration de non-implication ou Déclaration des parties intéressées visant cet avis ont été reçus dans le cadre des deux enquêtes mentionnées ci-dessus. La quantité de Solvent Red 48 déclarée comme ayant été fabriquée, importée ou commercialisée au Canada au cours de l'année civile 1986 était de 100 à 1 000 kg. Le nombre de déclarants pour les années civiles 1984 à 1986 était inférieur à 4. L'activité commerciale de cette substance au Canada semble donc avoir diminué entre 1986 et 2006. UtilisationsÀ l'échelle internationale et au Canada, le Solvent Red 48 est utilisé comme composant dans les agents colorants contenus dans les produits de soins personnels et les médicaments (US FDA, 1982a, 2009; Commission européenne, 2009; SDC, 2009). Une entreprise ayant manifesté un intérêt pour cette substance a indiqué que le Solvent Red 48 était importé dans la préparation de produits cosmétiques (Environnement Canada, 2009a). Au milieu des années 1980, les codes d'utilisation suivants de la LIS ont été indiqués pour le Solvent Red 48 : 13 – Colorant – pigment/teinture/encre; 60 – Cosmétiques. En Europe, la Commission européenne a autorisé l’utilisation du Solvent Red 48 dans tous les produits cosmétiques (Commission européenne, 2009). Aux États-Unis, l'utilisation du Solvent Red 48 est autorisée dans les médicaments et les produits cosmétiques, à l'exception des préparations pour le maquillage pour les yeux (US FDA, 1982a; Lipman, 1995; NTP, 2000). Les produits vendus au détail contenant du Solvent Red 48 déclarés aux États-Unis étaient principalement des rouges à lèvres et des fards à joues (NTP, 2000). Ni le Solvent Red 48 ni aucun de ses noms correspondants, c.-à-d. D&C Red 27, Red 27, Phloxine B, D&C Red 28 ou Red 28 (annexe 2), ne figure actuellement sur la Liste critique des ingrédients dont l'utilisation est interdite dans les cosmétiques de Santé Canada (Santé Canada, 2009). Or, le Solvent Red 48 est répertorié dans la base de données du Système de déclaration des cosmétiques de Santé Canada (SDC) comme ingrédient dans approximativement 800 produits cosmétiques, incluant certains produits de soins personnels (SDC, 2009). Il n'est toutefois pas répertorié uniquement sous le nom de « Solvent Red 48 », mais également sous son code du Color Index, soit CI 45410, et sous Red 27 et Red 28 qui ne contiennent pas seulement le no CAS 2134-15-8 mais aussi les nos CAS 13473-26-2 et 18472-87-2 (annexe 2). Au Canada, le Solvent Red 48 est présent sur la liste du Règlement sur les aliments et les drogues à l'alinéa C.01.040.2 (3)a) comme colorant qui peut être employé dans les drogues à usage interne et externe sous le nom phloxine B, forme acide (D&C Rouge no 27; C.I. no 45410:1) (Canada, 1978). Ce colorant peut donc être employé dans les produits pharmaceutiques, les produits de santé naturels et les médicaments vétérinaires. Il est également inscrit dans la Base de données sur les ingrédients des produits de santé naturels en tant qu'ingrédient non médicinal acceptable (BDPSNH, 2009; BDIPSN, 2010). Le Solvent Red 48 n’est pas inscrit dans le Tableau III de la Division 16 du Règlement sur les aliments et les drogues comme additif alimentaire pouvant être employé comme colorant alimentaire, ou pour aucun autre mode d’emploi en tant qu’additif alimentaire (Canada, 1978). Santé Canada n’a reçu aucune soumission pour l’uttilisation de Solvent Red 48 dans les matériaux d’emballages alimentaires ou dans les formulations d’additifs indirects (Communication personnelle en 2010 provenant de la Direction des aliments, Santé Canada envers le Bureau de l’évaluation des risques pour les substances existantes). Le Solvent Red 48 ne figure pas sur la liste des produits de formulation et n’est pas une matière active homologuée pour utilisation dans les produits antiparasitaires selon la base de données sur les produits homologués (ARLA, 2007, 2008). Rejets dans l'environnementLes rejets de Solvent Red 48 dans l'environnement varient selon les différentes pertes de la substance pendant sa fabrication, son utilisation industrielle ainsi que son utilisation commerciale et par les consommateurs. Les pertes peuvent être regroupées en sept types : (1) déversements dans les eaux usées; (2) émissions atmosphériques; (3) pertes sur des surfaces pavées ou non pavées; (4) transformation chimique; (5) élimination sur les sites d'enfouissement; (6) élimination par recyclage; et (7) élimination par incinération. Toutefois, comme aucune déclaration n'a été reçue en 2006 concernant l'utilisation, l'importation ou la fabrication du Solvent Red 48 au Canada en quantité égale ou supérieure aux seuils de déclaration précisés dans les avis publiés (Environnement Canada, 2009a) en vertu de l'article 71 de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (1999), les rejets de cette substance dans l'environnement au Canada devraient être très faibles. Cette substance serait contenue dans certains produits de consommation. D'après les déclarations figurant dans le Système de déclaration des cosmétiques de Santé Canada (SDC), le Solvent Red 48 est présent dans approximativement 800 produits cosmétiques incluants certains produits de soins personnels (SDC, 2009). On prévoit que les rejets provenant de tels produits seraient généralisés, mais faibles. Les renseignements disponibles ne sont toutefois pas suffisants actuellement pour déterminer une estimation quantitative de ces rejets. Le seuil de déclaration de 100 kg a été utilisé tout au long de la présente évaluation préalable afin de cerner la masse potentielle maximale de cette substance utilisée au Canada, qui serait sous la quantité correspondant au seuil de déclaration. Devenir dans l’environnementComme le montre le tableau 2, le Solvent Red 48 a deux constantes de dissociation (pKa), ce qui indique que sa forme moléculaire neutre ne sera dominante qu’à un pH inférieur à 1,32. On a constaté que dans ces conditions acides, la forme tautomère lactonique est favorisée. Toutefois, à des pH plus élevés, la forme quinonoïde diionique (c.-à-d. carboxylate ionisé ou ayant une structure cyclique ouverte) domine, d'après la non-détection de la forme lactonique diionique de l'analogue rose Bengale indiquée par Amat-Guerri et al. (1990b). De plus, la forme quinonoïde anionique (groupe phénolique) serait présente en plus grande quantité en raison de sa plus grande stabilité attribuable à la délocalisation possible de la charge négative des groupes phénoliques par le système-p xanthène dans la structure quinonoïde comparativement à la structure lactonique où cette délocalisation ne peut se produire (Amat-Guerri et al., 1990b). On s'attend donc qu'à des pH pertinents du point de vue de l'environnement (entre 6 et 9), la forme soluble dianionique de type quinonoïde soit celle qui prédomine (les deux valeurs du pKa sont £ 5). Par conséquent, la forme ionisée de l'analogue phloxine B devrait indiquer clairement le comportement de répartition du Solvent Red 48 dans un milieu aqueux à des pH pertinents du point de vue de l'environnement (tableau 3; données sur l'analogue). La phloxine B et le Solvent Red 48 produisent des structures ioniques semblables dans l'environnement. Dans une étude sur l'identification et la quantification de certains colorants dans une usine municipale de traitement des eaux usées, les trois colorants de type xanthène à l'essai, y compris la phloxine B, ont été détectés exclusivement dans les composantes solides des eaux usées (boues) [Borgerding et Hites, 1994]. Les auteurs de cette étude concluent également que la répartition entre les phases solide et liquide pourrait dépendre des interactions ioniques entre les colorants et les boues ou de processus d'équilibre hydrophobe simples. Par conséquent, malgré les faibles valeurs prévues du log Doe et du log Dco de 2,30 et de 1,99 pour le Solvent Red 48, la nature chargée de cette substance peut entraîner une plus grande répartition dans le sol et les sédiments que celle prévue par l'hydrophobie uniquement, et ce, en raison des interactions électrostatiques. Ces données sont appuyées par les résultats de Li et al. (1998), qui ont mesuré les concentrations de deux colorants de type xanthène structurellement similaires, dont la phloxine B, à un site de déversement. Ces résultats indiquaient que les concentrations des substances dans les sédiments étaient largement supérieures à celles mesurées dans l'eau, le rapport eau/sédiment augmentant au fil du temps, passant d'environ 20 à 2 600 entre les jours 12 à 123 (Li et al., 1998). Au cours d'un essai à renouvellement périodique réalisé sur des sédiments et des solides dans le cadre de cette étude, on a observé que les coefficients d'adsorption (voir le log Dco au tableau 2) de la Phloxine B étaient quelque peu supérieurs dans des sols argileux limoneux que dans les sédiments, bien que la teneur en carbone organique des sédiments était plus élevée que celle du sol. La capacité adsorbante accrue du sol pour ces colorants pourrait être attribuable non seulement à la répartition du carbone organique, mais également aux interactions électrostatiques avec les phases minérales du sol. Ainsi, comme la phloxine B et le Solvent Red 48 devraient être présents essentiellement sous la même forme anionique dans un milieu aqueux à un pH pertinent sur le plan environnemental, et comme la valeur expérimentale du log Dco se situant entre 2,16 et 2,28 pour l'analogue phloxine B est assez semblable à la valeur modélisée pour le Solvent Red 48 (1,99), lorsqu'il est rejeté dans l'eau, le Solvent Red 48 (comme la phloxine B) aurait tendance à se répartir dans les sédiments et une partie de la substance demeurerait dans la phase aqueuse. Vu la forte solubilité prévue du Solvent Red 48 et sa tendance à former un composé dianionique de type quinonoïde identique à celui de la phloxine B dans l'eau à un pH pertinent sur le plan environnemental, lorsqu'il est rejeté dans le sol, le Solvent Red 48 devrait demeurer en partie dans le sol et une certaine partie devrait percoler suivant sa répartition dans l'eau interstitielle. Persistance et potentiel de bioaccumulationPersistance dans l'environnementAucune donnée de surveillance environnementale ayant trait à la présence de Solvent Red 48 dans l’environnement canadien (air, eau, sol et sédiments) n'a été relevée. D’après l’Ecological and Toxicological Association of Dyes and Organic Pigments Manufacturers (ETAD, 1995), les teintures, à part quelques exceptions, sont considérées comme essentiellement non biodégradables dans des conditions aérobies. Des évaluations répétées de la biodégradabilité immédiate et intrinsèque à l’aide d’essais acceptés (les Lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] pour les essais de produits chimiques) ont confirmé cette hypothèse (Pagga et Brown, 1986; ETAD, 1992). Étant donné la structure chimique du Solvent Red 48 (halogènes aromatiques), rien ne permet de penser que sa biodégradation serait différente de la biodégradation des teintures décrite généralement (ETAD, 1995). Les colorants de type xanthène sont photoréactifs et on a constaté que la présence d'halogènes augmentait leur photoréactivité en accroissant l'efficacité de leur transition à l'état de triplet excité (Walthall et Stark, 1999). Wang et al. (2006) ont montré qu'avec un nombre croissant de substituants halogènes sur les colorants de type xanthène, les rendements en oxygène singulet sont plus élevés. Une fois dans l'état de triplet excité, le colorant peut exciter à son tour une molécule d'oxygène qui peut causer sa dégradation en attaquant les liaisons doubles de sa molécule (Heitz, 1995). Les données empiriques sur l'analogue phloxine B (voir le tableau 4a) montrent également que la dégradation photolytique de cette substance s'effectue rapidement dans une solution (< 1 jour). Wang et al. (1998) ont démontré que les demi-vies de photodégradation de la Phloxine B dans l’eau du robinet, l'eau de ruisseau ou l'eau de mer (pH de 7,2, 6,9 et 7,9, respectivement) étaient comprises entre 10 et 26 minutes lorsque la substance était exposée à la lumière du soleil à des températures ambiantes à Hawaï (août à octobre). Tableau 4a. Données empiriques pour la photodégradation et la dissipation de l'analogue phloxine B
Les études de dissipation et les demi-vies calculées à partir de ces études sont fondées sur un bilan massique de cette substance dans un milieu environnemental. Les demi-vies sont calculées d'après les pertes possibles attribuables à la volatilisation, à la transformation et à la sorption (liaisons des matrices). Les demi-vies indiquées ne représentent donc pas la stabilité intrinsèque du composé seul et sont difficilement comparables aux critères de persistance réglementaires, qui sont fondés sur la stabilité intrinsèque. Alcantara-Licudine et al. (1999) ont étudié la dispersion de la phloxine B dans le sol après sa pulvérisation aérienne sur un champ de café à Hawaï. Le mélange était composé de 0,68 % de phloxine B, de sorte que 1,1 g/acre de la substance a été appliqué au cours de chacune des pulvérisations. Ce champ a été traité ainsi chaque semaine pendant 10 semaines. Le sol était un loam d'argile limoneuse d'une acidité légère à moyenne (pH inférieur à 6), ce qui peut indiquer que la sorption était légèrement plus forte dans ce sol par rapport à un sol plus neutre. On a observé que la demi-vie de la phloxine B était d'environ sept jours (tableau 4a). La concentration de phloxine B mesurée à une profondeur de 5 à 10 cm dans le sol était inférieure d'un ordre de grandeur à celle observée dans la couche supérieure du sol, ce qui indique que la perte dans la couche supérieure est surtout due à la dégradation, et non à la lixiviation. De plus, les concentrations de phloxine B dans la couche inférieure du sol semblaient diminuer avec le temps. Selon les résultats de cette étude et des demi-vies de photodégradation en milieu aqueux de moins de 1 jour établies expérimentalement (tableau 4a), on s'attend à ce que le Solvent Red 48 soit aussi photolysé dans les couches supérieures du sol. Li et al. (1998) ont aussi mesuré la concentration de la phloxine B dans les sédiments après un déversement. Comme le montre le tableau 4a, Li et al. (1998) ont observé des demi-vies plus longues pour la phloxine B dans les sédiments par rapport à celles dans l'eau. Ces demi-vies plus longues peuvent être dues à un plus faible éclairement, bien que la profondeur de l'eau n'était que de 8 à 10 cm et que les échantillons de sédiments aient été prélevés à une profondeur de 5 cm. Les auteurs de cette étude notent aussi qu'une certaine partie des pertes observées pour cette substance peuvent être dues au ruissellement pluvial. Ainsi, on ne peut déterminer avec certitude la signification de ces données par rapport à la demi-vie de dégradation du Solvent Red 48 dans l'eau, le sol et les sédiments. Toutes les données empiriques portent sur des réactions primaires de dégradation par photolyse, qui devraient être inefficaces en profondeur dans les sols, les sédiments et l’eau, où la lumière ne peut pénétrer. Par exemple, Wang et al., (1998) ont observé que la phloxine B dans l’eau était stable dans l’obscurité pendant quelques semaines, bien qu’ils n’aient ni présenté leurs données ni calculé les demi-vies, l’étude portant principalement sur la photolyse de cette substance. L'évaluation de la phloxine B réalisée par Bergsten (1995) au cours d'essais d'application d'insecticides a permis de conclure que la phloxine B ne devrait pas persister très longtemps dans l'environnement. En outre, la dégradation rapide de ces colorants dans l'eau par photo-instabilité a été démontrée. Bien qu'il existe des données expérimentales sur la dissipation du sel disodique de Solvent Red 48 (phloxine B), les demi-vies calculées sont fondées sur des pertes possibles attribuables à la volatilisation, à la transformation et à la sorption. Les demi-vies indiquées ne représentent donc pas la stabilité intrinsèque du composé et sont difficilement comparables aux critères de persistance réglementaires, qui sont fondés sur la stabilité intrinsèque. Par conséquent, une méthode du poids de la preuve reposant sur des RQSA (Environnement Canada, 2007) a été utilisée pour comprendre la stabilité intrinsèque du Solvent Red 48. Étant donné l'importance écologique du milieu aquatique, le fait que la plupart des modèles disponibles s'appliquent à l'eau et que le Solvent Red 48 devrait être libéré dans ce milieu, la biodégradation dans l'eau est la biodégradation qui a surtout été étudiée à l'aide des modèles indiqués au tableau 4b. Cette substance contient presque entièrement des groupes aromatiques halogénés (chlore et brome), ce qui pourrait rendre le composé moins biodégradable. Le tableau 4b résume les résultats de la dégradation dans divers milieux naturels que prédisent les modèles RQSA disponibles. Tableau 4b. Données modélisées sur la dégradation du Solvent Red 48
2 Le modèle ne donne pas d'estimation pour ce type de structure. 3 Le résultat s'exprime par une valeur numérique de 0 à 5. 4 Le résultat s'exprime par un taux de probabilité. La valeur de la demi-vie indiquée au tableau 4b pour TOPKAT n’est pas jugée fiable, car aucun produit chimique d’une structure comparable n’est contenu dans l'ensemble d'étalonnage du modèle. De plus, les résultats des modèles CPOP ne sont pas jugés très fiables, car la structure du Solvent Red 48 est inférieure à 60 % dans le domaine structural du modèle. Néanmoins, d'autres domaines importants (p. ex. métaboliques et paramétriques) du modèle répondaient aux exigences et les résultats du CPOP concordaient avec d'autres prévisions modélisées et correspondaient à ce à quoi on pourrait s'attendre de cette structure chimique (composé aromatique halogéné fortement substitué) ainsi qu'aux propriétés relatives à la stabilité qui rendent cette substance utile en tant que colorant. Dans l’air, une valeur de demi-vie de l’oxydation atmosphérique prévue inférieure à 2 jours en phase gazeuse pour le Solvent Red 48 (voir le tableau 4b) démontre que cette substance est susceptible de s’oxyder rapidement, bien qu'en raison de sa constante de la loi de Henry et de sa pression de vapeur modélisée très faible, l'atmosphère ne soit pas un milieu environnemental important pour cette substance. Les données modélisées présentées au tableau 4b ainsi que les considérations sur la structure indiquent que la biodégradation du Solvent Red 48 est très lente et que la demi-vie dans l'eau serait supérieure à 182 jours. Les résultats fournis au tableau 4a pour la phloxine B, sel disodique (analogue) du Solvent Red 48, sont difficiles à interpréter quant à la stabilité intrinsèque de la substance. Les composés de ce type devraient subir une photodégradation avec la pénétration de la lumière (eau de surface, sol et sédiments), mais l'identité des produits de dégradation est inconnue. De plus, de tels composés seraient susceptibles de demeurer stables lorsqu'il y a peu ou pas de lumière (p. ex. dans le sol en subsurface ou les sédiments enfouis). Par conséquent, les estimations des demi-vies de biodégradation au tableau 4b sont considérées comme de meilleures mesures de la stabilité intrinsèque de cette substance. D’après un ratio d’extrapolation de 1:1:4 pour une demi-vie de biodégradation dans l’eau, le sol et les sédiments (Boethling et al., 1995) ainsi que la valeur de demi-vie pour la dégradation ultime supérieure à 182 jours dans l'eau, la demi-vie dans le sol est aussi supérieure à 182 jours et la demi-vie dans les sédiments est supérieure à 365 jours. Ceci indique que le Solvent Red 48 devrait être persistant dans le sol et les sédiments. À la lumière de la cohérence des données figurant au tableau 4b et des considérations sur la structure qui laissent supposer une stabilité accrue, le Solvent Red 48 répond aux critères de la persistance dans l’eau, le sol et les sédiments (demi-vies dans le sol et l’eau ≥ 182 jours et demi-vie dans les sédiments ≥ 365 jours) du Règlement sur la persistance et la bioaccumulation (Canada, 2000). Potentiel de bioaccumulationPuisque aucune donnée expérimentale sur les facteurs de bioaccumulation (FBA) ou de bioconcentration (FBC) pour le Solvent Red 48 ou son sel disodique (phloxine B) n’est disponible, une méthode prédictive a été appliquée au moyen des modèles de FBA et de FBC disponibles, comme l’indique le tableau 5 ci-dessous. Selon le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation (Canada, 2000), une substance est bioaccumulable si ses facteurs de bioaccumulation et de bioconcentration sont supérieurs ou égaux à 5 000. Toutefois, le calcul des facteurs de bioaccumulation est la mesure préconisée pour évaluer le potentiel de bioaccumulation des substances. En effet, le facteur de bioconcentration ne prend pas en compte de manière adéquate le potentiel de bioaccumulation des substances par l'alimentation, lequel est un facteur majeur pour les substances dont le log Koe est supérieur à ~4,0 (Arnot et Gobas, 2003). La modélisation cinétique du bilan massique devrait constituer la méthode de prévision la plus fiable pour déterminer le potentiel de bioaccumulation de la substance, car elle permet d'inclure des taux de concurrence de captage et d'élimination comme la biotransformation métabolique, et ce, dans la mesure où la substance se trouve dans le domaine du modèle. Il se peut que les modèles de bilan massique ne soient pas les plus fiables pour les substances qui sont très ionisantes dans l'environnement (Arnot et Gobas, 2003). Des estimations du FBC et du FBA, corrigées en fonction d'une biotransformation potentielle, ont été produites à l'aide du modèle de bilan massique d'Arnot-Gobas pour le FBC et le FBA (Arnot et Gobas, 2003). L'atténuation de la bioaccumulation par la biotransformation à partir des intestins n'était pas un facteur pertinent à prendre en compte, car, comme la valeur estimée du log Doe (2,30) est relativement faible pour le Solvent Red 48, l'absorption et l'expulsion sont principalement des fonctions du transfert entre les branchies et non liées à l'alimentation. Tableau 5. Données modélisées sur la bioaccumulation du Solvent Red 48
L'une des valeurs modélisées indiquées au tableau 5 pour (CPOP, 2008) est jugée moins fiable, car peu de produits chimiques d’une structure comparable sont contenus dans son ensemble d'étalonnage (seulement 33 % dans le domaine structural du modèle). De plus, il se peut que les prévisions fournies par le modèle du FBA et du FBC de Gobas ne soient pas fiables pour les substances ionisables. La valeur du FBC indiquée au tableau 5 (BCFWIN, 2000) et l'estimation du log Doe de 2,3 semblent toutefois indiquer que le que le Solvent Red 48 n'aurait pas tendance à se bioaccumuler. Selon l'ETAD (1995), les caractéristiques moléculaires indiquant une absence de bioaccumulation sont une masse moléculaire supérieure à 450 g/mol et un diamètre transversal supérieur à 1,05 nanomètres (nm). D'après une étude menée par Dimitrov et al. (2002), Dimitrov et al. (2005) et le modèle de bioaccumulation de base (BBM, 2008), la probabilité qu'une molécule traverse des membranes cellulaires à la suite d'une diffusion passive diminue de façon importante lorsque le diamètre transversal maximal (Dmax) augmente. La probabilité qu'une diffusion passive se produise diminue de façon notable lorsque le diamètre transversal est supérieur à environ 1,5 nm et diminue de façon encore plus significative dans le cas des molécules ayant un diamètre transversal supérieur à 1,7 nm. Sakuratani et al. (2008) ont également étudié l'effet du diamètre transversal sur la diffusion passive à l'aide d'un ensemble d'essai comptant environ 1 200 substances chimiques nouvelles et existantes. Ils ont observé que les substances dont le potentiel de bioconcentration n'était pas très élevé avaient souvent un Dmax supérieur à 2,0 nm ainsi qu'un diamètre effectif (Deff) supérieur à 1,1 nm. Le diamètre transversal du Solvent Red 48 est estimé entre 1,4 et 1,5 nm et sa masse moléculaire est de 785,7 g/mol, valeurs qui se rapprochent ou dépassent celles mentionnées ci-dessus et qui semblent indiquer que le taux d'absorption de cette substance pourrait être plus lent que celui de substances plus petites et plus compactes, atténuant ainsi le potentiel global de bioconcentration. Les preuves disponibles indiquent que le Solvent Red 48 devrait présenter un faible potentiel de bioaccumulation en raison de ses propriétés physiques et chimiques (c.-à-d. faible lipophilie, masse moléculaire relativement élevée et diamètre transversal). Les valeurs de FBC et de FBA prévues sont largement inférieures au critère de bioaccumulation (FBC ou FBA ≥ 5 000) énoncé dans le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation (Canada, 2000) et correspondent à ce à quoi on pourrait s'attendre pour un produit chimique ionique. Par conséquent, selon ces critères, le Solvent Red 48 n'est pas considéré comme bioaccumulable. Potentiel d'effets nocifs sur l'environnementÉvaluation des effets sur l'environnementA – Dans le milieu aquatique Il existe des preuves modélisées et expérimentales qui confirment que le Solvent Red 48 ne nuit pas aux organismes aquatiques après une exposition à court terme (aiguë) à des concentrations relativement faibles (< 1 mg/L). Bien qu'il existe des données empiriques sur la toxicité (tableau 7a) du sel de Solvent Red 48 (phloxine B), des prévisions modélisées de la toxicité aquatique ont également été réalisées pour le Solvent Red 48 (tableau 7b). Lipman (1995) a suggéré que la United States Food and Drug Administration (USFDA) considère le Solvent Red 48 comme l'équivalent toxicologique de la phloxine B, son sel disodique. Tableau 7a. Données empiriques sur la toxicité aquatique de l'analogue, phloxine B
2TLm – Tolérance limite médiane : Concentration de la substance à laquelle 50 % des organismes d'essai sont capables de survivre pendant une période d'exposition donnée (valeur équivalente à la CL50). 3Après 10 heures d'irradiation par une lampe à vapeur de mercure à haute pression. On a observé que la toxicité des colorants de type xanthène augmentait après la photoirradiation. Cette toxicité accrue devrait être due à leur excitation à l'état de triplet, au cours duquel le colorant est capable d'exciter à son tour une molécule d'oxygène, qui peut alors réagir avec des biomolécules et les endommager (Walthall et Stark, 1999; Tonogai et al., 1979). Walthall et Stark (1999) ont observé les effets de l’exposition de la lumière fluorescente sur la Phloxine B pour déterminer sa valeur de mortalité aiguë chez les Daphnia en fonction du temps. Ils ont indiqué une CL50 après 48 h de 0,423 mg/L; la concentration la plus faible à avoir des effets sur le potentiel de reproduction des nouveau-nés Daphnia dans une étude sur la toxicité chronique (10 jours) était de 1 mg/L. Walthall et Stark (1999) ont constaté qu’après trois jours, la toxicité des résidus n’était plus significative pour les nouveau-nés nouvellement exposés, ce qui a été attribué à la dégradation photolytique du composé. Comme les données empiriques portent sur un analogue proche et non sur le Solvent Red 48 (no CAS 2134-15-8), l'écotoxicité du Solvent Red 48 a également été étudiée à l'aide de modèles, dont les résultats sont présentés au tableau 7b. Tableau 7b. Données modélisées sur la toxicité pour les organismes aquatiques
2 CE50- Concentration d'une substance qu'on estime susceptible de causer un effet chez 50 % des organismes d'essai. 3Estimé au moyen de l'ajustement des valeurs expérimentales à l'aide du log Doe modélisé (2,3) pour le Solvent Red 48. 4Relation structure activité (RSA) organique neutre. Certaines des données modélisées indiquent que la toxicité aiguë chez les Daphnia pourrait être élevée (CL/CE50 aiguë ≤ 1,0 mg/L). Les valeurs modélisées à l'aide du modèle AIEPS ont été jugées à la limite de la fiabilité, car l'ensemble d'étalonnage ne contenait que peu d'analogues structuraux semblables au Solvent Red 48 et, en fait, seulement les valeurs de CL50 chez le poisson (tête-de-boule) de cinq principaux analogues présentaient une similarité de 70 à 80 % avec le Solvent Red 48. De plus, le Solvent Red 48 ne fait pas partie du domaine d'applicabilité du modèle CPOP (2008), c'est pourquoi aucun résultat n'a été trouvé pour ce modèle. Or, ce modèle a repéré certains éléments structuraux qui indiqueraient une réactivité biologique, dont le mode d'action est toutefois indéterminé. Tel qu'il a été mentionné précédemment, on s'attend qu'à des pH pertinents du point de vue de l'environnement (entre 6 et 9), la forme soluble dianionique de type quinonoïde soit la forme de Solvent Red 48 qui prédomine. Par conséquent, la forme ionisée de l'analogue phloxine B devrait être l'équivalent toxicologique du Solvent Red 48 dans un milieu aqueux à des pH pertinents du point de vue de l'environnement. Les données empiriques sur la toxicité recensées pour la phloxine B devraient donc être des données déduites à partir d'analogues pertinents pour le Solvent Red 48 dans l'environnement aqueux. Le poids de la preuve en ce qui concerne les données expérimentales et modélisées indique que le Solvent Red 48 pourrait entraîner des effets nocifs aigus chez les organismes aquatiques sensibles à des concentrations faibles (c.-à-d., valeurs de CL50 aiguës supérieures à 1,0 mg/L). B – Dans d'autres milieux naturels On n'a trouvé aucune étude acceptable concernant les effets de ces substances ou de ses analogues sur l'environnement dans d'autres milieux que l'eau. Lorsque le Solvent Red 48 est rejeté dans un plan d'eau, il se répartit dans les matières particulaires en suspension et les sédiments benthiques, où les organismes vivant dans les sédiments seront exposés à la substance. Néanmoins, on ne dispose d'aucune donnée de surveillance environnementale ou de toxicité propre aux organismes vivant dans les sédiments pour cette substance. Évaluation de l’exposition de l’environnementOn n'a relevé aucune donnée relative aux concentrations de cette substance dans l’eau au Canada; ainsi, ces concentrations ont été estimées sur la base des sources disponibles, y compris les estimations relatives aux quantités de la substance, aux taux de rejet et à la taille des eaux réceptrices. Comme aucune déclaration n'a été reçue en 2006 concernant l'utilisation, l'importation ou la fabrication du Solvent Red 48 au Canada en quantité égale ou supérieure aux seuils de déclaration précisés dans l’avis publié (Environnement Canada, 2009a) en vertu de l'article 71 de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (1999), les rejets de cette substance dans l'environnement au Canada devraient être très faibles. De manière prudente, il a été jugé que 100 kg par année étaient utilisés dans des scénarios d'utilisation industrielle et par les consommateurs. A – Rejets industriels Étant donné que le Solvent Red 48 pourrait être utilisé dans un cadre industriel et qu'on prévoit des rejets de cette substance dans l'eau, le pire des scénarios de rejets industriels est utilisé pour estimer la concentration de la substance dans l'eau à l'aide de l'outil générique d'estimation de l'exposition attribuable à des rejets industriels en milieu aquatique (IGETA) d'Environnement Canada (2009b). Le scénario est prudent, c'est-à-dire qu'il suppose que la quantité maximale possible de la substance selon le seuil de déclaration en vertu de l'article 71 (c.-à-d. 100 kg) est employée dans l'industrie canadienne par une seule installation industrielle hypothétique. Il suppose également que les pertes dans l'eau des égouts sont élevées et qu'elles représentent 5 % de la quantité totale provenant du nettoyage de contenants de produits chimiques et d'équipement de traitement. Le scénario présume également que les rejets se produisent 250 jours par an, habituellement pour les petites et moyennes installations, et qu'ils sont envoyés dans une usine de traitement des eaux usées avec un taux d'élimination de zéro pour la substance. Lorsque le cours d’eau récepteur de petite taille est combiné à l'effluent de l'usine de traitement, on suppose que son flux réel ou équivalent est de 34 560 m3 par jour. D'après les hypothèses susmentionnées, la substance utilisée à des fins industrielles dans une quantité totale de 100 kg/an donnerait une concentration aquatique de 0,0006 mg/L (Environnement Canada, 2009c). B – Rejets par les consommateurs Comme l’on peut trouver du Solvent Red 48 dans certains produits de consommation et que la substance peut être rejetée dans l'eau, Mega Flush, le modèle de tableur d'Environnement Canada qui sert à estimer les rejets à l'égout issus d'utilisations par les consommateurs, a été utilisé pour estimer la concentration possible de la substance dans différents cours d'eau récepteurs d'effluents issus des usines de traitement des eaux usées du Canada dans lesquelles ont été rejetés par les consommateurs des produits contenant cette substance (Environnement Canada, 2009d). Cet outil est conçu de manière à fournir des estimations sur la base d'hypothèses prudentes en ce qui concerne la quantité de produit chimique utilisé et rejeté par les consommateurs. Par défaut, on présume des taux d'élimination de 0 % dans les usines de traitement des eaux usées primaires et secondaires, des pertes de 100 % issues des différentes utilisations, une utilisation par les consommateurs de plus de 365 jours par an, et un débit relativement faible à tous les sites (c.-à-d. les valeurs du dixième centile du débit annuel). Ces estimations sont réalisées pour 1 000 sites de rejet environ dans tout le Canada, prenant donc en compte les usines de traitement des eaux usées les plus importantes du pays. L’équation et les paramètres d’entrée utilisés pour calculer la concentration environnementale estimée (CEE) du Solvent Red 48 dans les cours d’eau récepteurs sont décrits dans Environnement Canada (2009e). Dans le scénario qui a été retenu, on a présumé que les consommateurs utilisaient 100 kg/an de cette substance (selon le seuil de déclaration en vertu de l'article 71). Sur la base de ce scénario, l’outil a calculé que la CEE dans les cours d’eau récepteurs variait de 2,7 x 10-6 à 1,5 x 10-4 mg/L. Caractérisation des risques pour l’environnementLa démarche suivie dans cette évaluation écologique préalable consistait à examiner les divers renseignements à l’appui et à tirer des conclusions suivant la méthode du poids de la preuve et le principe de prudence requis par la LCPE (1999). Les éléments de preuve pris en compte comprennent les résultats d’un calcul du quotient de risque prudent ainsi que des renseignements sur la persistance, la bioaccumulation, la toxicité, les sources et le devenir de la substance dans l'environnement. Le Solvent Red 48 devrait être persistant dans l'eau, le sol et les sédiments et il devrait également avoir un faible potentiel de bioaccumulation. Comme aucune déclaration n'a été reçue en 2006 concernant l'utilisation, l'importation ou la fabrication du Solvent Red 48 en quantité supérieure à 100 kg/an, les rejets de cette substance dans l'environnement au Canada devraient être très faibles. Toutefois, cette substance pourrait entraîner des effets nocifs aigus chez les organismes aquatiques sensibles à des concentrations faibles (c.-à-d., valeurs de CL50 aiguës supérieures à 1,0 mg/L). Étant donné les profils d'utilisation de la substance, le principal milieu de rejet est l'eau. Une fois rejetée dans l'eau, une partie de la substance se répartit dans les sédiments. Une analyse du quotient de risque, intégrant des estimations prudentes de l'exposition aux renseignements liés à la substance, a été réalisée pour le milieu aquatique, afin de déterminer si la substance pourrait avoir des effets nocifs sur l'environnement au Canada. Le scénario générique décrit précédemment a donné la CEE (la plus élevée) la plus prudente de 0,0006 mg/L (Environnement Canada, 2009c). Une concentration estimée sans effet (CESE) a été déterminée à partir de la valeur de toxicité aiguë de 0,423 mg/L pour la Daphnia, en divisant cette valeur par un facteur d'évaluation de 10 (pour tenir compte de la variabilité inter et intraspécifique de la sensibilité et afin d'obtenir une valeur estimée de la concentration sans effet à long terme à partir d'une CL50 à court terme), pour générer une CESE de 0,042 mg/L. Un facteur d'évaluation plus élevé (p. ex. 100) n'a pas été utilisé, car les preuves empiriques et modélisées indiquent que la plupart des organismes sont moins sensibles que la Daphnia et que les données empiriques (Walthall et Stark, 1999) indiquent que la Daphnia est plus sensible à une exposition aiguë que chronique (à long terme). Le quotient de risque dérivé (CEE/CESE) se chiffrait à 0,014. Par conséquent, le Solvent Red 48 ne devrait pas avoir d'effets nocifs sur les organismes aquatiques. Pour cette substance, un quotient de risque basé sur l'exposition dans l'eau interstitielle des sédiments aurait pu être calculé. Dans le calcul, les sédiments benthiques et l'eau interstitielle seraient censés être en équilibre avec l'eau sus-jacente, et les organismes benthiques et pélagiques seraient censés montrer des sensibilités similaires à la substance. Par conséquent, la CEE et la CESE pour l'eau interstitielle seraient identiques pour le milieu aquatique. Cette approche d'équilibre aboutirait donc à un quotient de risque (CEE/CESE) du milieu sédimentaire identique à celui du milieu aquatique. Ces renseignements révèlent que le Solvent Red 48 n’a pas le potentiel de causer des effets écologiques nocifs au Canada. Incertitudes dans l'évaluation des risques pour l'environnementÉtant donné que la substance est utilisée dans d'autres pays, on estime qu'elle entre sur le marché canadien comme composant d'articles manufacturés ou de produits de consommation. Les renseignements disponibles ne sont pas suffisants actuellement pour calculer une estimation quantitative permettant de définir l'importance de cette source. Cependant, les renseignements obtenus dans le cadre de l'enquête menée en vertu de l'article 71 et d'autres sources de renseignements indiquent que le Solvent Red 48 est présent dans un certain nombre de produits importés au Canada. Une masse de 100 kg a donc été utilisée tout au long de la présente évaluation préalable afin de cerner la quantité potentielle maximale de cette substance utilisée au Canada, qui serait sous le seuil de déclaration énoncé à l'article 71. La phloxine B, un sel du Solvent Red 48, a été utilisée comme substance analogue dans toute la section de l'évaluation écologique du présent document. Toutefois, comme il s'agit d'un sel, ses propriétés physiques et chimiques devraient être légèrement différentes, ce qui entraîne des incertitudes quant aux prévisions relatives au devenir, à la persistance, au potentiel de bioaccumulation et à la toxicité aquatique établies sur la base de ces propriétés. Pour ce qui est de l’écotoxicité, le comportement de répartition prévu de ce produit chimique montre que les données disponibles sur les effets ne permettent pas d’évaluer comme il se doit l’importance du sol et des sédiments comme milieu d’exposition. En effet, les seules données sur les effets qui ont été trouvées s’appliquent principalement aux expositions aquatiques pélagiques, même si la colonne d’eau peut ne pas être le moyen le plus préoccupant d’après les estimations sur la répartition. Il convient de noter que l'on pense que le Solvent Red 48 se conjugue à des protéines (liaison) par addition nucléophile de Michaël (fragment quinone) et subit une substitution nucléophile des composés haloaromatiques. Ces deux mécanismes sont associés à la sensibilisation cutanée découlant de la formation d'adduits covalents à un centre électrophile. Bien que ces types de substitutions soient souvent atténués dans de nombreux colorants non ioniques en raison du manque de biodisponibilité, l'hydrosolubilité du Solvent Red 48 et de son sel disodique phloxine B est suffisante pour laisser supposer que la faible biodisponibilité ne pourrait pas atténuer le potentiel de liaison aux protéines. Par conséquent, le mécanisme de bioaccumulation et de toxicité de cette classe de colorants ioniques ne peut se produire selon les principes de diffusion passive classiques. La liaison à l'albumine dans le sang ou aux tissus des muscles par les procédés d'absorption par transport facilité (protéine porteuse transmembranaire) peut, en fait, être à l'origine de ce mécanisme. Il se peut donc que les modèles actuels, qui peuvent tenir compte des principes de diffusion passive, mais non des autres mécanismes actifs, sous-estiment le potentiel de bioaccumulation et de toxicité. Une preuve empirique in vitro et in vivo serait nécessaire pour corroborer le potentiel de liaison aux protéines ainsi que le potentiel de bioaccumulation qui en résulte et la toxicité excessive au-dessus du niveau de narcotique de référence fondé sur la diffusion passive. Potentiel d'effets nocifs sur la santé humaineLe Solvent Red 48 (no CAS 2134-15-8) est un colorant de type xanthène de la sous-famille des fluorescéines. Il subit un processus d'ionisation complexe comprenant diverses formes chargées et non chargées de tautomères possibles (Amat-Guerri et al., 1990). Une représentation schématique simplifiée des structures, des noms associés et des numéros CAS est présentée à l'annexe 2 (Amat-Guerri et al., 1990b; US FDA, 1982c; Levillain et Fompeydie, 1985; Zuckerman, 1974). Les formes tautomères du Solvent Red 48 (les formes acides quinonoïde et lactonique) présentent différentes propriétés physiques et chimiques. Sous sa forme lactonique neutre, le Solvent Red 48 est incolore et insoluble dans l'eau alors que sous sa forme acide quinonoïde, les groupes d'acides carboxyliques et de phénols peuvent être ionisés de manière à former des espèces quinonoïde mono- et di-anionique solubles. Par conséquent, les espèces moléculaires précises présentes dans l'environnement ou les produits de consommation dépendent largement du pH du milieu. Étant donné l'équilibre acide-base de ces espèces, la forme quinonoïde di-anionique devrait être dominante à des pH pertinents sur les plans physiologique et environnemental. Le sel de sodium, phloxine B, devrait également se dissocier entièrement dans le milieu aqueux, de sorte que la forme quinonoïde di-anionique serait dominante. La chimie complexe de cette ionisation se traduit par les multiples noms et numéros CAS associés à cette substance. Plus particulièrement, le no CAS 2134-15-8 figure dans SciFinder uniquement comme un remplacement du no CAS 13473-26-2 sous le nom du Color Index (CI) de Solvent Red 48 et D&C Red No.27 (acide). Le sel disodique phloxine B est répertorié sous le nom Phloxine B, CI Acid Red 92 ou D&C Red No. 28 (sel de sodium) avec le no CAS 18472-87-2 et son no CAS 4618-87-2 de remplacement. De plus, il est également inscrit comme « composante » du no CAS 13473-26-2. La US FDA a jugé que le D&C Red No.27 et le D&C Red No.28 sont des équivalents toxicologiques aux fins de l'inscription. Vu la nature complexe de la chimie associée à cette structure (annexe 2), toutes les données pertinentes au Solvent Red 48, Phloxine B inclus ainsi que les noms et numéros CAS associés, ont été pris en compte dans l'évaluation des risques pour la santé humaine. Évaluation de l'expositionÀ partir des renseignements sur le profil d'utilisation et les propriétés physiques et chimiques du Solvent Red 48, l'exposition de l'ensemble de la population du Canada dans les milieux naturels devrait être négligeable (ChemCAN, 2003). L'exposition au Solvent Red 48 par l'utilisation de cosmétiques, incluants certains produits de soins personnels, a été estimée à l'aide de la version 4.1 de ConsExpo (ConsExpo, 2006) pour les produits figurant dans la base de données SDC (SDC, 2009) et les résultats sont résumés au tableau 8. Les détails des scénarios d'exposition sont fournis à l'annexe 3a) pour la voie orale et à l'annexe 3b) pour la voie cutanée. Pour les produits utilisés fréquemment, tels que les hydratants pour la peau, le maquillage pour les yeux et le visage, le rouge à lèvre, les nettoyants pour la peau et le parfum, on a calculé l'estimation de la limite supérieure d'exposition chronique pour l'utilisation de chaque produit ainsi que l'estimation de l'exposition totale pour l'utilisation de plusieurs produits identifiés comme contenant du Solvent Red 48. L’utilisation de rouge à lèvres a été identifiée comme étant la seule source parmis les produits déclarés qui mènerait à une exposition orale chronique, et l’estimation de la limite supérieure de l’utilisation a donné une valeure de 0.2 mg/kg p.c. par jour. Pour la voie cutanée, la principale contribution à l'exposition totale était l'utilisation d'hydratants pour la peau (2,0 mg/kg p.c. par jour de la dose appliquée), suivi par l’utilisation de produits de maquillage pour le visage (Fond-de-teint et fard). L'estimation de la limite supérieure de l'utilisation combinée de plusieurs produits a donné une dose appliquée de 4,2 mg/kg p.c. par jour pour la limite supérieure. Pour les produits de soins personnels utilisés moins fréquemment, notamment le maquillage pour le corps, les teintures pour cheveux, les préparations pour bains et les produits de préparation destinée aux soins des mains, on a estimé des expositions par utilisation de produit pour chaque utilisation. L'exposition estimée la plus élevée provenait de l'utilisation du maquillage pour le corps, pour laquelle l'estimation de la limite supérieure d'exposition était de 13,3 mg/kg p.c. de la dose appliquée par utilisation. Tableau 8. Limite supérieure de la dose appliquée de Solvent Red 48 issue de produits de soins personnels (expositions chronique et aiguë)
Comme la base de données SDC n'est pas directement associée aux numéros CAS, il existe des incertitudes liées au fait que la substance déclarée ne corresponde pas nécessairement au no CAS visé même si elle correspond au nom « Solvent Red 48 ». Compte tenu de la chimie complexe de cette substance comme colorant, tous les produits associés aux noms suivants sont considérés comme présentant de l’intérêt pour la présente évaluation : Solvent Red 48, C.I. 45410, D&C Red No.27, D&C Red No.28, Red 27 et Red 28 (annexe 2). Comme les fractions pondérales de Solvent Red 48 utilisées pour determiner les estimations d’exposition sont fondées sur la concentration maximale de la plage de concentration indiquée dans la base de données SDC, le niveau de confiance est élevé quant au fait que ces estimations de l'exposition sont des estimations prudentes. Comme le Solvent Red 48 n'est pas volatile, Par conséquent, il ne devrait pas y avoir d'exposition par inhalation découlant de l’utilisation de cette substance de soins personnels. Évaluation des effets sur la santéLe sommaire suivant des risques associés au Solvent Red 48 (acide) et à la phloxine B (sel de sodium) est fondé principalement sur les données citées dans les évaluations des risques réalisées par la US FDA [2] (Lipman, 1995; US FDA, 1982a; 1982b) et le Comité scientifique de l'alimentation sur les produits cosmétiques et les produits non alimentaires destinés à l'usage commercial (SCCNFP, 2004) [3]. Des études supplémentaires non citées dans ces évaluations ont également été utilisées lorsqu'elles étaient jugées pertinentes. Un sommaire des données sur les risques du Solvent Red 48 et de la phloxine B est présenté ci-après et les détails sont présentés aux annexes 4 et 5. [2] L'évaluation portait sur le D&C Red No.27 et le D&C Red No.28. Bon nombre des études originales soumises à la US FDA n'ont pas été examinées pour cette évaluation. Les détails et les conclusions de la US FDA ont plutôt été tirés d'une analyse documentaire réalisée par la US FDA (Lipman, 1995) ou des entrées connexes pour ces substances dans le Federal Register (US FDA, 1973, 1982a, 1982b). La US FDA a évalué l'innocuité du Solvent Red 48 (D&C Red No.27) et de la phloxine B (D&C Red No.28) à la suite d'une pétition visant à faire approuver leur utilisation comme additifs colorants dans les cosmétiques et les médicaments (Lipman, 1995; US FDA, 1982a; 1982b). La phloxine B est le sel disodique du Solvent Red 48; le Solvent Red 48 et la phloxine B sont donc un conjugué d'acide-base. Le passage du Solvent Red 48 à la phloxine B se produit à un pH entre 3,4 et 5,0 (CRC, 1986). On peut donc présumer que la phloxine B serait l'espèce dominante à un pH physiologique (approximativement 7,4). En outre, le Solvent Red 48 et la phloxine B ont été jugés comme des « équivalents toxicologiques » par la US FDA, et la conclusion du groupe sur l'innocuité était fondée sur des études portant sur les deux formes chimiques (US FDA, 1982a). Par conséquent, les données sur les deux substances sont prises globalement dans le cadre de cette évaluation préalable. Plusieurs études sur la cancérogénicité potentielle du Solvent Red 48 et de la phloxine B ont été répertoriées. Les études de toxicité chronique sur le Solvent Red 48 soumises à la FDA dans le cadre de la pétition visant l'utilisation des colorants comptaient plusieurs études d'exposition par voie orale chez les souris (Litton Bionetics, 1981a; Procter et Gamble, 1992), les rats (Litton Bionetics, 1981b; Industrial Bio-Test Labs, 1965a) et les beagles (Industrial Bio-Test Labs, 1965b) ainsi que des études d'exposition par voie cutanée chez les lapins (Leberco Laboratories, 1968) et les souris (Hazleton Laboratories, 1969; Carson, 1984). Vu les limites de certaines études plus anciennes soumises, la FDA a utilisé les données déterminantes pour la conclusion sur la cancérogénicité des études de toxicité chronique les plus récentes chez les souris (Litton Bionetics, 1981a; Procter et Gamble, 1992) et les rats (Litton Bionetics, 1981b), qui ont été menées conformément aux normes à jour de la FDA (Lipman, 1995). D'après ces études de toxicité chronique plus récentes, la US FDA a conclu que les D&C Red No. 27 & 28 (Solvent Red 48 et son sel disodique) n'étaient pas cancérogènes chez les rats ni chez les souris après une exposition alimentaire à vie, et les substances ne présentaient pas de danger comme colorants dans les médicaments et les cosmétiques (US FDA, 1982b; Lipman, 1995). Pour la phloxine B, on a recensé une étude de toxicité chronique chez les souris, qui ont été exposées aux substances par voie alimentaire à des concentrations allant jusqu'à 0,4 % (environ 520 mg/kg p.c. par jour) pendant 90 semaines. Bien qu'une incidence accrue des tumeurs de l'hypophyse ait été signalée chez les souris femelles, ces augmentations n'étaient pas liées à la dose. Les auteurs de l'étude en ont conclu que la phloxine B n'était pas cancérogène chez les souris (Ito et al., 1994). L'examen de l'étude d'Ito et al. réalisé par le Comité scientifique sur les cosmétiques et les produits non-commestibles SCCNFP n'a pas permis de tirer de conclusion quant à la cancérogénicité de la substance, et il a été jugé que cette étude n'était pas déclarée adéquatement (SCCNFP, 2004). Le Solvent Red 48 a entraîné des mutations chez les souches TA97, TA98, TA100, TA102, TA 104, TA 1535 et TA1537 de Salmonella typhimurium avec ou sans activation métabolique (NTP, 2002), alors que les essais de réparation de l'ADN ont donné des résultats non probants chez les souches H17 et M45 de Bacillus subtilis (GENETOX, 1991). Aucune étude de génotoxicité in vivo n'a été relevée dans la littérature scientifique pour le Solvent Red 48. La phloxine B s'est avérée non clastogène in vivo (moelle épinière des souris) et n’a pas causé de mutation génétique dans des cellules de lymphomes de souris ni chez Salmonella typhimurium avec et sans activation métabolique (SCCNFP, 2004; Maus et al., 1981). Bien que des résultats positifs aient été obtenus chez les souches B/r WP2 de Escherichia coli pour les mutations inverses (Kada et al., 1972), des résultats négatifs ont été obtenus dans des conditions expérimentales similaires (Maus et al., 1981). Un résumé des doses minimales avec effet observé pour les effets non cancérogènes après une exposition à doses répétées au Solvent Red 48 et à la phloxine B est présenté ci-après. Pour le Solvent Red 48, la dose minimale avec effet observé par voie orale (DMEO) recensée dans les études à doses répétées variait de 500 mg/kg p.c. par jour dans une étude de toxicité chronique chez les rats [4] (CSEO [pas de seuil à effet visible] de 125 mg/kg p.c. par jour; Litton Bionetics, 1981b) à 1 000 mg/kg p.c. par jour dans une étude de toxicité subchronique chez les rats fondée sur les baisses de croissance en fonction du traitement (CSEO = 500 mg/kg p.c. par jour; Hansen et al., 1958, résumé seulement). Aucun autre effet n'a été relevé dans la littérature scientifique pour le Solvent Red 48. Les diverses études précédentes présentées à la US FDA ne semblaient pas avoir démontré d'effet lié à l'exposition par voie alimentaire et par gavage quant à la toxicité sur le plan du développement ou de la reproduction, respectivement (cité dans NTP, 2000). De plus, aucun effet lié à l'exposition n'a été signalé dans le cadre d'une série d'études d'exposition par voie cutanée présentée à la US FDA, dont l'exposition sous-chronique à court terme chez les lapins (5 fois par semaine à des concentrations de 0,1 et 1 %; Leberco Laboratories, 1968) et l'exposition chronique chez les souris (2 fois par semaine à une concentration de 1 %; Carson et al., 1984). Bien que l'examen microscopique effectué dans l'étude d'exposition chronique était principalement axé sur la peau et seulement les tissus particulièrement anormaux, l'absence d'effets observée dans ces études laisse supposer que cette substance présente un faible risque à la suite d'une exposition par voie cutanée. En raison de leurs limites, la US FDA a jugé que ces études plus anciennes ne satisfaisaient pas aux normes actuelles en matière d'essais toxicologiques (US FDA, 1982b). Aucune étude sur l'irritation ou la sensibilisation n'a été relevée dans la littérature scientifique pour le Solvent Red 48. [4] Les effets précis associés à la CSEO/DMEO observés dans cette étude n'étaient pas mentionnés dans la source secondaire (Litton Bionetics, 1981b, citée dans Lipman, 1995) et l'étude originale non publiée n'était pas disponible. Consulter l'annexe pour de plus amples renseignements. La FDA a établi l'apport quotidien acceptable (AQA) pour le D&C Red No. 27 et No. 28 à 1,25 mg/kg p.c. par jour, d'après une CSEO de 125 mg/kg p.c. par jour calculée à partir des résultats de l'étude d'exposition chronique chez les rats décrite plus haut (Lipman, 1995). [5] [5] L'AQA calculée par la US FDA était fondé sur les études sur le D&C Red No. 27 (forme acide, Solvent Red 48) et ne tenait pas compte des études sur le sel de sodium examinées par le SCCNFP (2004). Pour la phloxine B, des effets sur le développement ainsi que des effets nocifs sur le tractus gastro-intestinal (TGI), le foie et la chimique clinique ont été observés chez des rongeurs après une exposition à doses répétées par voie orale. Aucune étude d'exposition par inhalation ou voie cutanée n'a été relevée. La valeur la plus faible pour la DMEO relativement à des expositions à court terme par voie orale était de 250 mg/kg p.c. par jour (CSEO de 50 mg/kg p.c. par jour) d'après une baisse de la numération des basophiles et une hausse de la numération plaquettaire chez les rats femelles exposés pendant 4 semaines par l'eau potable (SCCNFP, 2004). La valeur la plus faible pour la DMEO relativement à une exposition sous-chronique par l'eau potable pendant 13 semaines chez les rats était également de 250 mg/kg p.c. par jour (CSEO de 50 mg/kg p.c. par jour) d'après de multiples effets (myosis, diminution de l'activité motrice, hausse de la numération absolue des éosinophiles, modification de la chimie clinique, diminution de la capacité de concentration de l'urine, augmentation du pH de l'urine) [SCCNFP, 2004]. De plus, une irritation de l'estomac et des matières fécales de teinte rouge étaient des résultats fréquents dans les études décrites ci-dessus. Il est donc plausible que les effets hématologiques, biochimiques et sur l'analyse d'urine mentionnés précédemment soient liés à l'irritation de l'estomac, de sorte que la pertinence des résultats d'un point de vue toxicologique n'était pas sans équivoque. Par conséquent, la CSEO et les DMEO indiquées plus haut ne représentent que les niveaux d'effet. Dans la seule étude de toxicité chronique réalisée sur la phloxine B, l'exposition des souris par voie alimentaire sur une période de 90 semaines (0, 0,1 ou 0,4 %) a entraîné une augmentation statistiquement significative et liée à la dose du poids moyen du foie aux deux doses administrées (environ 130 et 520 mg/kg p.c. par jour, respectivement). L'augmentation du poids corporel et l’accumulation de graisses chez les mâles et les femelles des deux groupes de traitement indiquaient une appétibilité accrue pour les aliments traités à la phloxine B (Ito et al., 1994), ce qui vient accentuer les incertitudes quant à l'interprétation de l'augmentation du poids du foie. Une étude d'exposition par voie orale a également signalé des effets sur le développement à la dose à l'essai la plus faible de 1 % de phloxine B dans l'alimentation (environ 1 300 mg/kg p.c. par jour) d'après l'incidence de la séparation de l'arc des vertèbres cervicales liée à la dose chez les fœtus des rats exposés in utero (Seno et al., 1984). Une autre étude menée chez des rates exposées à la substance par voie orale à des concentrations allant jusqu'à 3 % pendant la gestion n'a démontré aucun effet apparent sur le développement attribuable à l'exposition, bien que les auteurs de l'étude aient observé une exposition systémique par détection de fluorescence du colorant dans les tissus des mères et des fœtus (Nakaura et al., 1975). Un sommaire des autres données sur les risques du Solvent Red 48 et de la phloxine B est aux annexes 4 et 5. Bien qu'aucun signe évident de toxicité systémique n'ait pu être observé, l'ensemble des données sur la toxicité laisse supposer que la forme ionisée (phloxine B) pourrait être plus active sur le plan biologique que la forme acide (Solvent Red 48), probablement en raison de la conversion moléculaire entre les deux espèces. Tel qu'il a été mentionné précédemment, la forme quinonoïde ionisée serait la forme prédominante à un pH neutre, puis aux pH plus élevés, alors que la forme acide ne serait présente qu'à des pH très faibles. En raison de sa faible hydrosolubilité, l'acide tendrait à précipiter, tel qu'il a été observé dans le cas de l'éosine, un colorant de type xanthène analogue (Levillain et Fompeydie, 1985). Même si, dans le cadre d'une étude sur un animal donné, on indique que l'acide est la forme administrée (c.-à-d. toutes les études présentées à la US FDA porteraient sur le D&C Red No. 27, la forme acide), la conversion à la forme quinonoïde ionisée aurait tendance à se produire dans le milieu aqueux basique du tractus gastro-intestinal inférieur (TGI). Comme l'acide lactonique est incolore, la coloration rouge observée dans les matières fécales et le TGI lors de l'autopsie des études au cours desquelles on aurait administré la forme acide appuierait davantage la théorie selon laquelle cette conversion aurait bel et bien lieu (acide lactonique → acide quinonoïde → quinonoïde ionisé). Toutefois, comme le taux de cette conversion est inconnu, il se peut fort bien que le temps nécessaire pour que la conversion complète à la forme ionisée soluble se produise dans le TIG soit insuffisant. Il est donc possible que les études d'exposition à la substance sous forme acide présentent une solubilité relativement plus faible comparativement à l'exposition à la substance sous forme de sel, qui sersait entièrement dissociée et soluble avant de pénétrer dans le TIG. À titre d'illustration, les DMEO pour l'exposition alimentaire chronique par voie orale au Solvent Red 48 (acide) et à la phloxine B (sel) étaient de 500 et inférieures ou égales 130 à 250 mg/kg p.c. par jour respectivement. Les détails sur les formes administrées dans bon nombre des études déclarées sont toutefois insuffisants pour tirer des conclusions définitives sur des risques différentiels pour les deux espèces de molécules. Concernant les modèles de métabolism et d’excrétion du Solvent Red 48 Il a été déclaré la forme acide du Solvent Red 48 présentait un taux de récupération (approximatif) de 100 % dans les excréments après une exposition par voie orale chez les rats, ce qui indique soit une absorption orale très limitée et une absorption suivie d’une élimination hépathique presque complète (Webb et al., 1962). L'absorption orale très limitée de cette substance est appuyée par une étude plus récente portant sur la forme de sel, qui indiquait une biodisponibilité orale de 0,35 à 1,5 % après l'administration d'un bolus unique par voie orale (50 et 500 mg/kg p.c. par jour respectivement), l'excrétion fécale représentant 98 % de la dose administrée (Sweet et al., 2004). Les auteurs ont attribué la plage d'absorption la plus élevée de 1,5 % à l'irritation du TIG provoquée par la dose administrée en bolus la plus élevée de 500 mg/kg p.c. par jour. Par conséquent, le taux d'absorption de 0,35 % pour la dose administrée en bolus de 50 mg/kg p.c. par jour s'applique davantage à l'exposition par voie alimentaire étant donné qu'aucune irritation du TIG n'a été observée à cette dose. De plus, comme il a été estimé que 0,14 % du 0,35 % absorbé a été recueilli dans la bile 3 heures après l'administration, l'excrétion rapide par le foie limiterait davantage la présence de substance pour l'exposition systémique à la fraction absobée déjà limitée. L’absorption cutanée a été considéré négligeable in vitro concernant l'absorption cutanée de l'acide et du sel de sodium (D&C Red No. 27 et 28) sur la peau des humains, pour laquelle aucune de ces substances n’a été detectée au seuil de détection de 5ng/ml dans le liquide du recepteur même pendant 24 heures après administration (communications personnelles de la US NTP au Bureau de l'évaluation des risques des substances existantes de Santé Canada, 2010, source non-citée). L'absence d'effets observés dans les études d'absorption cutanée à doses répétées menées chez les lapins et les souris laissent également supposer un potentiel d'absorption cutanée limité. De plus, des pénétrations cutanées limitées ont été observées pour l’analogue Rose Bengal (iode au lieu d’une substitution bromine) à la suite d’une seule exposition chez la souris mais après des doses répétées chez le lapin (Wachter et al. 2003). Par conséquent, à la lumière des renseignements disponibles, on juge que l'absorption du Solvent Red 48 (acide) et de la phloxine B (sel sodium) devrait être très faible après une exposition par voie cutanée ou orale. La phototoxicité potentielle du Solvent Red 48 et de la phloxine B a également été décrite (NTP, 2000). La photo-excitation de ces colorants peut entraîner la formation de radicaux libres (mécanisme de l'activité photodynamique de type I) ou d'oxygène singulet (mécanisme de l'activité photodynamique de type II) [NTP, 2000]. Vu les effets phototoxiques provoqués par la phloxine B, une étude sur son utilisation en tant qu'insecticide photoactif potentiel a été menée aux États-Unis (Heitz, 1997). En raison de cet effet possible sur la santé, une étude sur l’absorption cutanée potentielle a été entreprise par la US FDA/NTP (voir plus haut), cependant, les résultats de ces études indiquent un potentiel limité d'absorption cutanée (communications personnelles de la US NTP au Bureau de l'évaluation des risques des substances existantes de Santé Canada, source no-citée). La phototoxicité n'est donc pas considérée comme un effet critique sur la santé dans cette évaluation. Bien que des données sur les risques du Solvent Red 48 et de la phloxine B aient été relevées pour plusieurs paramètres, dont la toxicité aiguë et à doses répétées, la toxicité pour le développement et la reproduction, la génotoxicité et la cancérogénicité, le niveau de confiance à l'égard des données toxicologiques est quelque peu diminué en raison du peu de détails disponibles et de l'accès limité aux références principales. En outre, aucune étude épidémiologique n'était disponible dans les publications scientifiques pour ces substances. Caractérisation du risque pour la santé humaineDans de nombreuses études de toxicité chronique réalisées sur des rats et des souris pour le Solvent Red 48 qu'a évaluées l'US FDA, aucun signe de cancérogénicité n'a été relevé. Bien qu'une étude de mutagénicité ait donné des résultats positifs chez les bactéries pour le Solvent Red 48, de nombreuses études de génotoxicité in vivo et in vitro ont donné des résultats négatifs pour la phloxine B. Par conséquent, se fondant sur les données collectives des deux formes moléculaires, le Solvent Red 48 n'est donc pas considéré comme génotoxique. On considère que la principale source d'exposition au Solvent Red 48 est l'utilisation de produits de soins personnels contenant cette substance. On a estimé que l'exposition chronique par voie orale de la limite supérieure découlant de l'utilisation de rouge à lèvres était de 0,2 mg/kg p.c. par jour, un chiffre bien inférieur à l'apport quotidien admissible (AQA) par voie orale (1,25 mg/kg p.c. par jour) fixé par l'US FDA. Alors qu'on a estimé que l'exposition chronique globale par voie cutanée de la limite supérieure au Solvent Red 48 découlant de l'utilisation de plusieurs produits (hydratant pour la peau, maquillage pour les yeux et le visage, nettoyant pour la peau et parfum) le même jour était de 4,2 mg/kg p.c. par jour de la dose appliquée, la plupart de la contribution est due à l'exposition aux hydratants pour la peau et aux produits de maquillage pour le visage. L'utilisation occasionnelle d'autres produits peut entraîner des expositions aiguës plus élevées par voie cutanée. Étant donné que la base de données relative aux effets du Solvent Red 48 sur la santé n'indique pas un grave risque, que le nombre restreint d'études de toxicité par voie cutanée n'ont pas démontré d'effets systémiques et que le potentiel en matière d'absorption cutanée est très limité, on a considéré que les expositions par voie cutanée n'étaient pas inquiétantes pour la santé humaine. Incertitudes de l'évaluation des risques pour la santé humaineIl existe des incertitudes dans la base de données des risques, du fait des nombreuses études citées par la US FDA et le SCCNFP, qui, pour la plupart, n'ont pas été publiées ou que l'on retrouvait uniquement sous forme de résumé. Par exemple, les effets critiques associés à la CSEO pour l'exposition chronique par voie orale et l'AQA calculée pour le D&C Red No. 27 (Solvent Red 48) n'étaient pas indiqués dans les évaluations secondaires limitées (Litton Bionetics, 1981b, cité dans Lipman, 1995 et NTP, 2000). Bien qu'aucune des études non publiées citées ici n'ait été évaluée de façon critique par Santé Canada aux fins de la présente évaluation, les résultats de l'étude ont été tirés d'études secondaires fiables (c'est-à-dire de la US FDA et du SCCNFP). Il convient également de noter que, bien que l'évaluation de la US FDA mettait l'accent sur l'équivalence toxicologique du D&C Red No. 27 (Solvent Red 48, acide) et du D&C Red No. 28 (phloxine B, sel), les études sur la forme ionisée et la forme de sel examinées par le SCCNFP (2004) n'étaient pas explicitement prises en compte dans l'évaluation de la US FDA. Il existe également des incertitudes quant à la phototoxicité potentielle du Solvent Red 48 et de la phloxine B (NTP, 2000), cependant, la pénétration cutanée limitée observée dans les études in vitro d'absorption percutanée sur ces substances (communications personnelles de la US FDA au Bureau de l'évaluation des risques des substances existantes de Santé Canada, source non-citée) laisse supposer un faible risque potentiel associé à cet effet. Le degré d'incertitude est élevé concernant la portée de l'exposition de la population générale au Solvent Red 48 découlant de produits de soins personnels. Cependant, comme tous les renseignements associés au Solvent Red 48 dans la base de données du Système de déclaration des cosmétiques (SDC) ont été pris en considération pour obtenir des estimations de l'exposition à cette substance issue de produits de soins personnels, le niveau de confiance est élevé quant au fait que les estimations obtenues pour l'exposition sont très prudentes. En outre, on a utilisé la concentration maximale dans la plage de concentration déclarée pour calculer les estimations de l'exposition; par conséquent, les renseignements supplémentaires sur la concentration réelle de Solvent Red 48 dans les produits cosmétiques peaufineraient davantage la caractérisation des risques. Certaines incertitudes sont associées à l'exposition potentielle au Solvent Red 48 issue des produits pharmaceutiques, des produits de santé naturels et des médicaments vétérinaires, qui contribueraient à l'exposition orale. ConclusionSelon le rapport d’évaluation préalable, le Solvent Red 48 ne pénètre pas dans l’environnement en une quantité, à une concentration ou dans des conditions qui ont ou peuvent avoir un effet nocif immédiat ou à long terme sur l’environnement ou la diversité biologique. De plus, à la lumière des renseignements disponibles, il est proposé de conclure que le Solvent Red 48 n'est pas une substance qui pénètre dans l'environnement en quantité, à des concentrations ou dans des conditions qui constituent ou peuvent constituer un risque pour la vie ou la santé humaine. Par conséquent, il est proposé de conclure que le Solvent Red 48 ne répond pas à aucun des critères énoncée dans l’article 64 de la LCPE (1999). De plus, cette substance répond aux critères de la persistance dans l'eau, le sol et les sédiments, mais pas à ceux du potentiel de bioaccumulation énoncés dans le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation (Canada, 2000). Cette substance sera considérée pour inclusion dans la prochaine initiative de mise à jour de l'inventaire de la Liste intérieure des substances. De plus, des activités de recherche et de surveillance viendront, le cas échéant, appuyer la vérification des hypothèses formulées au cours de l'évaluation préalable. 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Metabolism and Excretion Patterns of Fluorescein and Certain Halogenated Fluorescein Dyes in Rats. Am. J. Pharm. Exp. Therap. 137:141-147. Wei, R.R., Wamer, W., Bell, S., Kornhauser, A. 1995. Photooxidative Damage in Human Skin Fibroblasts Sensitized by Fluorescein Dyes. Photochem. Photobiol. 61 Suppl.: Abstract F35. [cité dans NTP, 2000]. [WSKOWWIN] Water Solubility for Organic Compounds Program for Microsoft Windows [modèle d'évaluation]. 2000. Version 1.41. Washington (DC) : U.S. Environmental Protection Agency, Office of Pollution Prevention and Toxics; Syracuse (NY) : Syracuse Research Corporation. [consulté le 10 décembre 2009]. Accès : www.epa.gov/oppt/exposure/pubs/episuite.htm Yoshikawa, K., Kurata, H., Iwahara, S., Kada, T. 1978. Photodynamic Action of Fluorescein Dyes in DNA-Damage and In Vitro Inactivation of Transforming DNA in Bacteria. Mutat. Res. 56:359-362. [cité dans NTP, 2000]. Zuckerman, S. 1974. Color in Cosmetics. In: Cosmetics Science and Technology, 2e éd.Vol. 3, p. 539-572. New York (NY) : John Wiley and Sons. Annexe I. Tableau sommaire des intrants des modèles de la persistance, de la bioaccumulation et de la toxicité
Annexe 2. Sommaire de l'association structurale des numéros CAS et des noms communs (Amat-Guerri et al., 1990; PCPC 2010; US FDA, 1982c; Levillain et Fompeydie, 1985; US FDA 1982c; Zuckerman, 1974, Kirk-Othmer)
Annexe 3 a) : Limites supérieures de l'exposition par voie orale au Solvent Red 48 présent dans les rouges à lèvres, estimées à l'aide de la version 4.1 du modèle ConsExpo (ConsExpo, 2006)
- poids corporel de 70,9 kg pour un adulte; - type d'exposition contact cutané direct » pour l'application instantanée (ConsExpo, 2006). 2 D'après les concentrations figurant dans le Système de déclaration des cosmétiques (SDC, 2009). 3 Dose orale chronique calculée par amortissement sur un an. Annexe 3 b) : Limites supérieures de l'exposition par voie cutanée au Solvent Red 48 présent dans les produits de soins personnels, estimées à l'aide de la version 4.1 du modèle ConsExpo (ConsExpo, 2006)
- poids corporel de 70,9 kg pour un adulte; - fraction d'absorption de 1,5 % pour l'absorption cutanée et orale; - type d'exposition contact cutané direct » pour l'application instantanée (ConsExpo, 2006). 2 D'après les concentrations figurant dans le Système de déclaration des cosmétiques (SDC, 2009). 3 Dose chronique appliquée calculée par amortissement sur un an. 4 Calculé en multipliant les quantités de produit indiquées dans RIVM 2006 par le ratio de la surface corporelle touchée indiquée par Santé Canada (1995) et celle indiquée dans RIVM (2006). Annexe 4. Résumé des renseignements relatifs aux effets du Solvent Red 48 (acide) sur la santé
1. CL50 = concentration létale médiane; DL50 = dose létale médiane; CMEO = concentration minimale avec effet observé; DMEO = dose minimale avec effet observé. 2. Facteur de conversion alimentaire pour les rats (% dans l'alimentation à mg/kg/jour) : 1 % dans l'alimentation = 10 000 ppm = 500 mg/kg par jour (Santé Canada, 1994). 3. Facteur de conversion alimentaire pour les souris (% dans l'alimentation à mg/kg/jour) : 1 % dans l'alimentation = 10 000 ppm = 1 300 mg/kg par jour (Santé Canada, 1994). 4. Facteur de conversion alimentaire pour les chiens (% dans l'alimentation à mg/kg/jour) : 1 % dans l'alimentation = 10 000 ppm = 300 mg/kg par jour (Santé Canada, 1994). 5. Facteur de conversion pour l'exposition cutanée : 1 mg/gramme appliqué sur la peau 2 fois par semaine = dose appliquée approximative de 9,5 mg/kg p.c. par jour (= 2 mg/semaine = 0,29 mg/jour, poids corporel du rat = 0,30 kg) [Santé Canada, 1994]. [6] Bien que l'évaluation complète de cette étude réalisée par la FDA n'était pas disponible, on présme que l'étude de Litton Bionetics (1981b) correspond à la « nouvelle » étude de toxicité chronique chez les rats citée dans Lipman (1995), qui a été utilisée pour calculer l'AQA de 1,25 mg/kg p.c. par jour fondé sur une CSEO de 125 mg/kg p.c. par jour (0,25 % dans l'alimentation). Lipman (1995) ne mentionne pas précisément la DMEO ou les effets observés dans le cadre de l'étude, mais on présume que la DMEO pour cette étude est de 500 mg/kg p.c. par jour, d'après la dose suivante la plus élevée par voie alimentaire de 1 %. Annexe 5. Résumé des renseignements relatifs aux effets de la phloxine B (sel de sodium) sur la santé
1. CL50 = concentration létale médiane; DL50 = dose létale médiane; CMEO = concentration minimale avec effet observé; DMEO = dose minimale avec effet observé. 2. Facteur de conversion alimentaire pour les souris (% dans l'alimentation à mg/kg par jour) : 1 % dans l'alimentation = 10 000 ppm = 1 300 mg/kg par jour (Santé Canada, 1994). [1] La détermination du fait qu’un ou plusieurs des critères de la section 64 sont remplis est basée sur une évaluation des risques potentiels pour l'environnement et/ou la santé humaine associés aux expositions dans l'environnement en général. Pour les humains, cela inclut, sans toutefois s'y limiter, les expositions par l'air ambiant et intérieur, l'eau potable, les produits alimentaires et l'utilisation de produits de consommation. Une conclusion établie en vertu de la LCPE (1999) sur les substances dans les lots 1 à 12 du Plan de gestion des produits chimiques n'est pas pertinente à une évaluation, qu'elle n'empêche pas non plus, par rapport aux critères de risque définis dans le Règlement sur les produits contrôlés, qui fait partie d'un cadre réglementaire pour le Système d'information sur les matières dangereuses au travail (SIMDUT) pour les produits destinés à être utilisés au travail. Avis : Bien que l’on ait veillé à ce que l’information fournie sur ce site Web reflète les exigences prévues dans la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999), veuillez noter qu’en cas de différend, les documents juridiques, publiés dans la Gazette du Canada, auront préséance. |
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