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Plus ou moins de milieux humides le long du Saint-Laurent ?

Selon les résultats de travaux d’Environnement Canada, la superficie des milieux humides (marais et marécages) le long du Saint-Laurent aurait globalement augmenté de près de 3 p. 100 entre 1990-1991 et 2000-2002. Bien qu’ils aient augmenté surtout dans la partie estuarienne, en aval de Trois-Rivières, les milieux humides ont subi des pertes nettes dans le tronçon fluvial, notamment près de Montréal et au lac Saint-Pierre.

Secteur d'étude du suivi des milieux humides du Saint-Laurent de Cornwall à Rivière-du-Loup

Le saviez-vous ? La superficie des milieux humides du Saint-Laurent est passée de 28 228 ha en 1990 à 28 992 ha au début des années 2000. Parce qu’ils accomplissent des fonctions écologiques essentielles, les milieux humides du Saint-Laurent sont précieux. Ce sont de véritables stations d’épuration naturelles. Abritant une biodiversité remarquable, ils constituent des réserves alimentaires pour la faune et des zones tampons contre l’érosion des rives.

Milieux humides du Saint-Laurent
© Caroline Savage, Environnement Canada

La figure représente les changements observés dans les milieux humides du Saint Laurent, près de Montréal, entre les années 1970 et 1990. Plus de 40 hectares de milieux humides, soit l’équivalent d’environ 30 terrains de soccer, ont été transformés durant cette période.
La figure représente les changements observés dans les milieux humides du Saint-Laurent, près de Montréal, entre les années 1970 et 1990. Plus de 40 hectares de milieux humides, soit l’équivalent d’environ 30 terrains de soccer, ont été transformés durant cette période.

Montréal, là où l’artificialisation des milieux humides a été importante

L’urbanisation des rives à Montréal, à Boucherville, sur l’île Charron et en bordure des chenaux des îles de Boucherville a causé la perte de plus de 25 ha de milieux humides entre 1970 et 1990. À cela, s’ajoutent près d’une quinzaine d’hectares remplacés par des friches ou des forêts. À partir des années 1990 jusqu’au début des années 2000, c’est surtout au profit de l’eau libre que plus d’une dizaine d’hectares de marais et marécages ont disparu, notamment autour des Grandes battures Tailhandier. 

Le saviez-vous ? L’hydrosère est le profil de l’étagement des milieux humides le long du gradient d’humidité qui part du fleuve jusqu’aux milieux secs. Le gradient d’humidité varie selon les régions hydrographiques du fleuve, la nature du substrat et la qualité de l’eau et influe sur la composition des communautés végétales qui s’y développent.

La perte de milieux humides dans le Saint-Laurent n’est pas un phénomène récent. Par exemple, au début de la colonisation, la grande région de Montréal comptait cinq fois plus de ces écosystèmes. Leur disparition s’est toutefois accélérée près des centres urbains durant les années 1940, et ce, jusque dans les années 1970. Selon Martin Jean, chargé de projets pour le suivi des milieux humides, « la dynamique des milieux humides du Saint-Laurent est complexe; ils disparaissent à certains endroits et apparaissent normalement ailleurs. Bien que leur superficie soit relativement stable depuis une trentaine d’année, les milieux humides subissent des changements internes importants. »

En effet, les scientifiques observent que 37 hectares de bas marais se sont transformés en hauts marais dans le Saint-Laurent, près de Montréal. Ces transformations naturelles se sont produites de manière particulièrement rapide. En 2000-2002, l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea) et le phragmite commun (Phragmites australis), deux espèces végétales envahissantes, colonisaient presque tous ces nouveaux hauts marais.

Haut marais récemment colonisé par le phragmite
© Caroline Savage, Environnement Canada
Haut marais récemment colonisé par le phragmite commun

Lac Saint-Pierre, là où l’agriculture empiète sur les milieux humides

Au lac Saint-Pierre, se concentre la plus grande étendue de marais et marécages de tout le Saint-Laurent, soit 16 098 ha en 2000-2002, sans compter les herbiers aquatiques. Cette région, qui compte un refuge d’oiseaux migrateurs (Nicolet) ainsi qu’une réserve écologique (Marcel-Léger), est devenue un site Ramsar en 1998 selon la Convention relative aux zones humides d’importance internationale.

Les pertes de marais et marécages atteignaient 82 ha entre 1990-1991 et 2000-2002. Elles se sont surtout produites au profit de l’agriculture sur la rive sud et au profit de l’eau libre ailleurs. Comme dans la région de Montréal, le passage rapide de bas marais à hauts marais compte parmi les changements internes majeurs au lac Saint-Pierre. La colonisation de ces milieux par les espèces envahissantes est observée notamment au pourtour de la baie de Lavallière et de la baie Saint-François.

L’estuaire fluvial, là où les milieux humides ont gagné du terrain

La situation est différente dans l’estuaire fluvial, puisque les milieux humides ont gagné du terrain sur presque 450 hectares, passant de 5589 ha en 1991 à 6036 ha en 2000-2002. Ces gains se sont produits surtout le long de la rive sud du fleuve, et ce, au détriment de l’eau libre. Ce secteur du Saint-Laurent se caractérise par la présence de marées dont les niveaux ne semblent toutefois pas expliquer ces changements de superficie. Une hypothèse pour expliquer les gains de milieux humides serait le développement rapide de la végétation dans des secteurs ouverts à la suite d’un dépôt de sédiments.

Enfin, les scientifiques ont observé la transformation de bas marais en marécages arborés à proximité du port de Gentilly durant cette même période. Aucune espèce de plantes envahissantes ne semblait avoir colonisé l’estuaire fluvial au début des années 2000.

Quelles sont les conséquences de ces changements ?

Des changements dans la superficie ou la structure des milieux humides sont susceptibles de modifier l’intégrité de leurs fonctions écologiques. Ainsi, des impacts potentiels sur l’hydrodynamique, la qualité de l’eau, l’érosion, la sédimentation, la biodiversité sont à prévoir dans les écosystèmes aquatiques à la suite de tels changements dans les milieux humides.

Les niveaux d’eau aussi en cause ?

Les pressions directes sur les milieux humides sont bien connues : urbanisation, agriculture, activités portuaires, remblayage, dragage, érosion, assèchement, etc. De façon générale, les scientifiques observent une tendance à l’assèchement des milieux humides qui transforme les bas marais en haut marais. Bien que l’assèchement puisse être naturel, la baisse des niveaux d’eau du Saint-Laurent enregistrée durant les années 1990 pourrait avoir accéléré le phénomène, surtout au lac Saint-Pierre.

Les fluctuations des niveaux d’eau dans le bassin Grands Lacs–Saint-Laurent favorisent le développement de milieux humides plus importants, plus diversifiés et plus productifs qu’un système hydrographique sans fluctuation. ― Martin Jean, chargé de projets à Environnement Canada

Les variations interannuelles des niveaux d’eau assurent qu’aucune communauté végétale n’envahit et ne domine le milieu au détriment des autres. Les niveaux d’eau influencent donc la diversité et la superficie des milieux humides. Selon les scientifiques, la préservation à long terme de cette diversité pourrait être assurée en maintenant un niveau d’eau de référence autour duquel oscilleraient les fluctuations interannuelles.

Que fait le gouvernement du Canada ?

La Politique fédérale sur la conservation des terres humides approuvée en 1991 est un des outils dont s’est doté le Canada pour respecter son engagement à l’égard des directives d’utilisation rationnelle des milieux humides sur les terres publiques fédérales. Cette politique recommande entre autres, que les milieux humides situés sur les terres fédérales fassent l’objet d’un suivi afin de détecter des signes de détérioration. Diverses dispositions légales sont en vigueur au Canada pour protéger les milieux humides, comme :

  • la Loi sur les espèces sauvages du Canada;
  • la Loi canadienne sur la protection de l'environnement;
  • la Loi sur les pêches et la Politique de gestion de l'habitat du poisson;
  • le Règlement sur les canaux historiques;
  • la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs;
  • la Loi sur les parcs nationaux du Canada;
  • la Loi sur la protection des eaux navigables.

Toutefois, il faut constater que les milieux humides subissent encore d’importantes pressions. La vigilance est de rigueur, et seul un engagement à long terme de poursuivre le suivi de l’état des milieux humides permettra d’orienter les actions.

Pour en savoir plus…

Jean, Martin et Guy Létourneau. 2008. Changements dans les milieux humides du fleuve Saint-Laurent de 1970-2002. Environnement Canada, Direction générale des sciences et de la technologie, Monitoring et surveillance de la qualité de l’eau au Québec. Rapport scientifique et technique.

Savage, C. et M. Jean. 2008. Espèces végétales envahissantes des milieux humides du Saint-Laurent. Environnement Canada – Région du Québec et ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec. Fiche d’information de la collection « Suivi de l’état du Saint-Laurent ».