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Des pesticides voyagent jusqu'au fleuve Saint-Laurent par ses tributaires

Plusieurs pesticides sont détectés dans l'eau de certains tributaires du lac Saint-Pierre. C'est ce qu'ont observé les scientifiques d'Environnement Canada à la lumière des résultats des travaux réalisés depuis 2003.

Échantillonnage de l'eau pour détecter les pesticides à l'embouchure des rivières Yamaska, Saint-François et Nicolet

Échantillonnage de l'eau pour détecter les pesticides à l'embouchure des rivières Yamaska, Saint-François et Nicolet

En 2000, le lac Saint-Pierre a été déclaré Réserve mondiale de la biosphère par l'UNESCO après avoir reçu, en 1998, la désignation de site Ramsar en vertu de la Convention relative aux zones humides d'importance internationale. Cet écosystème unique, qui se caractérise par une diversité biologique remarquable, se situe dans une région rurale où les activités agricoles sont susceptibles d'en menacer l'intégrité écologique.

Herbicide, insecticide, fongicide... sont-ils tous des pesticides ?

Pesticide
est un terme générique pour une substance ou un produit chimique capable de contrôler, attirer, repousser ou détruire des organismes vivants (microbiens, animaux ou végétaux) considérés comme nuisibles ou de s'opposer à leur développement (Wikipédia, 2004). Ces produits se distinguent selon qu’ils agissent spécifiquement sur le contrôle des végétaux (herbicides), des insectes (insecticides) ou des champignons microscopiques (fongicides).

Au Québec, l'épandage de pesticides couvrait une superficie de 10 516 km2 en 2006, soit 49 p. 100 de plus qu'en 1996 (Statistique Canada, 2006). Ce sont surtout des herbicides qui sont appliqués. Les eaux du fleuve Saint-Laurent, notamment celles du lac Saint-Pierre, sont vulnérables à la contamination par les pesticides puisque plusieurs tributaires drainant des régions agricoles s'y déversent. C'est le cas notamment des bassins versants des rivières Nicolet, Saint-François et Yamaska, situés au sud du lac Saint-Pierre, qui possèdent des superficies utilisées pour la production agricole relativement importantes.

Pesticides mesurés dans la rivière Yamaska en 2008

Pesticides dans la rivière Yamaska en 2008

Le bassin de la rivière Yamaska présente la plus forte proportion de territoire utilisé à des fins agricoles, soit la moitié de sa superficie. Les cultures de maïs et de soja y dominent. On estime la quantité de pesticides appliquée annuellement à 400 tonnes (Poissant et al., 2008). C'est d'ailleurs à l'embouchure de la rivière Yamaska que l'on a détecté le plus grand nombre de pesticides différents parmi les sites échantillonnés. L'atrazine et le métolachlore demeurent ceux qui sont les plus fréquemment détectés, et ce, en plus grande concentration. Les résultats obtenus sont présentés ci-dessous.

Pesticides et produits de dégradation les plus fréquemment détectés de 2003 à 2008
Pesticides / produits de dégradation

Yamaska
(% des échantillons)

 

Saint-François
(% des échantillons)
Nicolet
(% des échantillons)
2,4-D
25
26
10
Atrazine
98
69
90
Deethyl-atrazine
74
6
43
Bentazone
65
0
23
Dicamba
62
20
42
Diméthénamide
42
0
1
Glyphosate
65
n/a
n/a
AMPA
94
n/a
n/a
MCPA
28
4
29
Mécocrop
27
10
4
Metolachlore
100
38
69

Photo présentant une moissonneuse dans un champ de maïs. Le Québec en images - CCDMD

Saviez-vous que ? Le degré de contamination de l'eau dépend des propriétés physicochimiques des pesticides, de la quantité de produits appliquée, de l'hydrologie du bassin versant et des conditions climatiques qui prévalent autour de la période d'application.

Dépassements des critères de qualité de 2003 à 2008
 Dépassement des critères pour l'irrigation des culturesDépassement des critères
pour la protection de la vie aquatique
Yamaska
Dicamba (62 % des échantillons)
MCPA (23 % des échantillons)
Chlorpyrifos (ponctuels)
Atrazine (une seule fois)
Saint-François
Dicamba (20 % des échantillons)
Chlorpyrifos (ponctuels)
Diazinon (ponctuels)
Chlorothalonil (une seule fois)
Nicolet
Dicamba (42% des échantillons)
MCPA (24% des échantillons)
Chlorpyrifos ( ponctuels)

Les résultats montrent que la majorité des concentrations de pesticides détectées dans le milieu aquatique sont inférieures aux critères de qualité. Elles sont maximales généralement dans le mois qui suit l'application du produit, en juin, et lors de fortes précipitations (10 mm et plus). À l'occasion, les critères de qualité pour la protection de la vie aquatique sont cependant dépassés par les concentrations de chlorpyrifos, un insecticide organophosphorés largement utilisé pour lutter contre les moustiques. De manière plus fréquente, les critères de qualité pour l'irrigation des cultures sont dépassés notamment par les concentrations d'herbicide dicamba dans les trois rivières ainsi que de MCPA dans les rivières Yamaska et Nicolet.

Quels sont les effets potentiels des dépassements de critères de qualité ?

L'irrigation est nécessaire principalement pour les cultures maraîchères et la production ornementale. Lorsque les concentrations de pesticides dans l'eau dépassent les critères pour l'irrigation des cultures, il devient risqué d'utiliser cette eau comme source d'alimentation pour l'irrigation puisque les cultures pourraient être endommagées.

En ce qui a trait aux effets potentiels du chlorpyrifos sur les organismes aquatiques, on retrouve une bioaccumulation de la substance chez les poissons et les algues. Les symptômes d'une intoxication au chlorpyrifos sont liés principalement à des troubles de la motricité, de la croissance et de la reproduction (Conseil canadien des ministres de l'environnement, 2008).

Par ailleurs, l'effet cumulatif des différents pesticides qui se retrouvent simultanément dans les cours d'eau est à considérer. Même si les concentrations des pesticides, pris individuellement, sont inférieures aux critères de qualité de l'eau, des effets sur les espèces aquatiques peuvent néanmoins se produire. De plus, l'absence de critères de qualité pour plusieurs pesticides est susceptible de sous-estimer leur effet potentiel sur le milieu.

Le lac Ontario : principale source d'herbicides dans le Saint-Laurent ?

Les Grands Lacs sont de loin la source la plus importante de contamination du Saint-Laurent par les herbicides (atrazine, simazine et cyanazine). Les résultats d’analyse d’une équipe de scientifiques d'Environnement Canada révèlent que le lac Ontario est la source de 90 % des triazines mesurées dans le fleuve Saint-Laurent au cours des années 1990.

Lac Ontario
Lac Ontario

En général, on observe des concentrations d’herbicides dans le Saint-Laurent plus élevées en été, correspondant à la période d’épandage. L’origine de ces hausses sporadiques de concentrations d’herbicides proviendrait toutefois des affluents du Saint-Laurent situés en milieu agricole. Ces derniers sont responsables de 10 % des quantités mesurées durant cette même période.

Estimation des charges estivales (30 mai au 30 août) au lac Saint-Pierre de 2003 à 2008
 Atrazine (kg)Metolachlore (kg)Dicamba (kg)
Yamaska
 113 à 270
57 à 284
60 à 196
Saint-François
40 à 125
27 à 44
-
Nicolet
40 à 100
3 à 48
8 à 49

Même si l'apport de pesticides provenant des tributaires échantillonnés semble négligeable comparativement à la quantité de pesticides issue des Grands Lacs, la rivière Yamaska, dont les apports quotidiens en atrazine peuvent atteindre jusqu'à 27,7 kg, est susceptible de contribuer de manière significative à la contamination de l'eau du lac Saint-Pierre.  

Que fait Environnement Canada ?

Différents programmes existent dans les ministères fédéraux concernés par les pesticides (Agriculture et Agroalimentaire, Environnement, Ressources naturelles, Santé, Pêches et Océans) afin d'étudier les impacts de leur présence dans l'environnement. Environnement Canada réalise principalement des recherches sur la contamination des eaux de surface et de la faune.

Les travaux se poursuivent donc à Environnement Canada afin d'approfondir les connaissances notamment sur la présence et le devenir des pesticides dans l'eau des tributaires du lac Saint-Pierre ainsi qu'à la sortie du fleuve à Québec.

Liens pertinents

Ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec – Les pesticides

Centre d'expertise en analyse environnementale du Québec

Environnement Canada – Pesticides dans certains écosystèmes aquatiques canadiens – faits saillants 2003-2005

Documentation

Conseil canadien des ministres de l'environnement. 2008. Recommandations canadiennes pour la qualité des eaux visant la protection de la vie aquatique – chlorpyrifos. Dans : Recommandations canadiennes pour la qualité de l'environnement, 1999, Conseil canadien des ministres de l'environnement, Winnipeg.

Pham, T.T., B. Rondeau, H. Sabik, S. Proulx et D. Cossa. 2000. « Lake Ontario: The predominant source of triazine herbicides in the St. Lawrence River ». Journal canadien des sciences halieutiques et aquatiques, vol. 57, p. 78-85.*

Poissant, L., C. Beauvais, P. Lafrance et C. Deblois. 2008. « Pesticides in fluvial wetlands catchments under intensive agricultural activities ». Science of the Total Environment , 404 (1) : 182-195.

Statistique Canada. Recensement de l'agriculture de 2006 (en ligne). Consulté en avril 2009.

Trudeau, V. et M. Rondeau. 2010. Cocktails de pesticides entrant dans les milieux humides du lac Saint-Pierre. Affiche présentée à la 14e Conférence internationale IWA des spécialistes sur la pollution diffuse et l'eutrophisation.

Trudeau, V., M. Rondeau et A. Simard. 2010. Pesticides aux embouchures de tributaires du lac Saint-Pierre (2003-2008).
Montréal, Environnement Canada, Direction des sciences et de la technologie de l'eau, Section Monitoring et surveillance de la
qualité de l'eau au Québec, 62 + xiv pages.