Nouvelles de la science faunique et paysagère

Automne 2010

Populations sauvages

Habitats et écosystèmes

Effets des produits toxiques sur la santé

À propos de ce infobulletin

Populations sauvages

> L'environnement changeant de l'Arctique pourrait augmenter la prédation de nids d'oiseaux par l'ours blanc

Les scientifiques ont observé des ours blancs consommant de grandes quantités d'œufs et d'oisillons dans la baie d'Hudson, ce qui pourrait s'avérer de plus en plus commun et qui découle probablement de la dislocation hâtive de la glace de mer de la région.

Ours blanc parcourant une colonie de guillemots de Brünnich | Photo : Kerry WooDans le passé, l'ours blanc de la baie d'Hudson arrivait sur la côte à la fin juillet, après l'éclosion de la majorité des œufs. Cependant, les scientifiques peuvent maintenant y observer des ours jusqu'à un mois plus tôt qu'il y a 20 ans, leur arrivée coïncidant approximativement avec la date plus hâtive de la dislocation de la glace de mer. Habituellement, les proies de l'ours blanc sont surtout les mammifères marins. Les scientifiques attribuent l'utilisation des œufs comme source de nourriture au décalage phénologique dans l'environnement changeant de l'Arctique. Le début de la nidification des oiseaux de l’Arctique, y compris celle de l'oie des neiges et du guillemot de Brünnich, n'a pas suivi le rythme des changements. Pour cette raison, l'arrivée des ours sur la côte se fait en même temps que la nidification.

Ours blanc escaladant une falaise dans une colonie d'oiseaux de mer sur l'île Coats | Photo : Kerry WooLe nombre d’incursions d'ours blancs dans les colonies d'oiseaux dans d'autres régions de l'Arctique a peut-être également augmenté. En 2000 et en 2003, deux ours ont escaladé des falaises pour se nourrir d'œufs et de jeunes guillemots de Brünnich de l'île Coats. Ce comportement n'a jamais été observé auparavant sur cette île. En 2004, un ours solitaire a décimé une colonie d'oies des neiges sur l'île Southampton et a complètement empêché leur reproduction locale. L’observation de plusieurs ours s’emparant de nids d'oies des neiges a également été effectuée sur l'île Coats en 2006.

Certains ours blancs ont été observés en train de manger de la nourriture terrestre dans le passé, y compris des herbes, des algues et des baies. Ils mangent également des poissons, des rongeurs, des caribous et des oiseaux. Chasseurs opportunistes sur terre, ils n’en retireraient que peu d’apport nutritionnel, vivant plutôt du gras accumulé au cours des saisons sans glace. Les œufs semblent offrir une source alimentaire potentiellement importante.

Ces observations inhabituelles, bien qu'anecdotiques, mettent en évidence les interactions écologiques complexes qui ont lieu dans l'environnement changeant de l'Arctique. D'autres facteurs pourraient également augmenter les activités concomitantes entre les ours et les oiseaux, tels que l'augmentation de la population d'oies des neiges formant de nouvelles colonies dans des régions fréquentées par l'ours blanc.

Les observations ont été publiées dans la revue scientifique Polar Biology :

Smith, P.A., K.H. Elliott, A.J. Gaston et H.G. Gilchrist. 2010. Has early ice clearance increased predation on breeding birds by polar bears?Polar Biology 33 : 8 (1149-1153).

Personne-ressource : Paul Smith 613-998-7362

> Six mesures prioritaires nécessaires à la conservation de populations d'oiseaux terrestres vulnérables

Des centaines de scientifiques à travers le Canada, les États-Unis et le Mexique ont réalisé une évaluation en matière de conservation de toutes les espèces d'oiseaux terrestres en Amérique du Nord. L'abondance et la diversité des oiseaux terrestres ont connu des déclins marqués au cours des 50 dernières années.

Parmi les 882 espèces d'oiseaux, 148 (17 %) nécessitent des mesures de conservation immédiates, y compris les aigles huppés, les tétras des prairies, les gréophases, les perdrix des bois, les quetzals, les tétras des armoises, les geais Cyanolyca et les aras. Les habitats nécessitant le plus de protection pour soutenir les populations d'oiseaux sont les forêts tropicales et les forêts de pins et de chênes au Mexique, les forêts tempérées, les terres humides et les prairiesSauvegardons nos oiseaux en commun.

Le rapport, intitulé Sauvegardons nos oiseaux en commun, recommande six mesures prioritaires visant à protéger, à restaurer et à améliorer les populations et habitats d'oiseaux. L'équipe scientifique responsable du rapport a attribué des priorités de conservation continentales et régionales par le biais du processus d'évaluation. Chacune des espèces a été classée selon la vulnérabilité, en fonction de facteurs tels que la taille, la répartition et les tendances de la population, ainsi que les menaces qui la mettent en danger. Les aires de répartition des espèces ont été superposées sur des cartes numériques afin de déterminer les zones géographiques dans lesquelles le besoin de mesures de conservation est le plus urgent.

Six mesures de conservation à prendre :

  • assurer la protection et le rétablissement des espèces le plus à risque au moyen de réseaux d'aires protégées, particulièrement dans les forêts tropicales ainsi que dans les forêts de pins et de chênes au Mexique;
  • conserver les habitats et les fonctions d'écosystème grâce à la modification de politiques qui appuient l'agriculture, la foresterie et la planification urbaine durables, ainsi que les programmes incitatifs pour augmenter l'adoption des modifications dans les collectivités et les entreprises;
  • réduire les sources de mortalité d'oiseaux telles que les collisions contre les fenêtres, les empoisonnements au pesticide, la prédation par les chats domestiques, ainsi que le piégeage non durable pour le secteur des animaux de compagnie;
  • assurer l'expansion du savoir scientifique sur les tendances de répartition, la connectivité des déplacements migratoires, les facteurs qui limitent la survie et la productivité des oiseaux, ainsi que la réaction des populations aux pratiques de gestion;
  • inciter les collectivités à prendre des mesures de conservation;
  • renforcer les partenariats internationaux tels que les Plans conjoints et les partenariats communautaires, et élaborer de nouveaux mécanismes permettant d'inciter les secteurs commercial, industriel et des organisations non gouvernementales à trouver des solutions de conservation rentables.

La perte d'habitat attribuable à l'agriculture, à la foresterie, à l'urbanisation et aux changements climatiques a émergé pour former la principale menace aux oiseaux les plus vulnérables. Il faut des plans de conservation qui prennent en compte les besoins socioéconomiques des collectivités humaines dans des régions de hautes pressions.

Partenaires d'envol est un partenariat visant à protéger les oiseaux, réunissant gouvernements, industries et organismes non gouvernementaux, ainsi que bon nombre d'autres groupes.

Apprenez-en davantage sur le processus d'évaluation sous-jacent au rapport :

Référence du rapport :

Berlanga, H., J. A. Kennedy, T. D. Rich, M. C. Arizmendi, C. J. Beardmore, P.J. Blancher, G. S. Butcher, A. R. Couturier, A. A. Dayer, D. W. Demarest, W. E. Easton, M. Gustafson, E. Inigo-Elias, E. A. Krebs, A. O. Panjabi, V. Rodriguez Contreras, K. V. Rosenberg, J. M. Ruth, E. Santana Castellon, R. Ma. Vidal et T. Will. 2010. Sauvegardons nos oiseaux en commun : Vision tri-nationale de Partenaires d'envol pour la conservation des oiseaux terrestres. Cornell Lab of Ornithology : Ithaca (New York)

Personne-ressource : Judith Kennedy 819-934-6065 ou Peter Blancher 613-998-7311

> Les pies-grièches migratrices de l’est relâchées dans la nature se reproduisent à l'état sauvage

Une paire de pies-grièches migratrices de l'est en péril ont permis à trois jeunes oiseaux de prendre leur envol au Québec. Il s'agit de la seule reproduction de pie réussie connue au Québec au cours des 15 dernières années. La Pie-grièche migratrice de l'est a été désignée en péril par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) et est disparue d'une grande part de son aire de répartition historique.

Pie-grièche migratrice de l'est | Photo : G. PerezLa femelle a été relâchée à Carden (Ontario) en 2009 dans le cadre d'un programme de reproduction en captivité et de remise en liberté. Elle a pris comme partenaire un mâle d'un an n’ayant pas été bagué. Cet événement confirme le lien entre les populations de pies de l'ouest du Québec et de l'Ontario. Il donne également à penser que les jeunes pies relâchées se disperseront grandement à partir de leur site natal. En 2009, un mâle relâché à Breckenridge (Québec) l'année précédente a été retrouvé se reproduisant à 253 km au sud-ouest du site d'envol. La dispersion sur un large territoire rend complexe les relevés de population, mais indique que l'établissement d'un site où les oiseaux sont relâchés peut aider à rétablir la population à plusieurs endroits.

Au Canada, les retours d'oiseaux dans la nature pour la reproduction confirment l'importance du programme de remise en liberté dans le cadre du soutien au rétablissement de l'espèce. Un autre oiseau du programme s'est reproduit en Ontario cette année, se joignant à moins de 100 individus environ se reproduisant dans cette province. En raison des conditions difficiles des aires d'hivernage des oiseaux au cours de la dernière année, on s'attendait à une baisse de reproduction par rapport aux 31 couples documentés en 2009. Seulement 22 couples ont été relevés en 2010.

Le programme de remise en liberté, entamé en 1997, est supervisé par l'Équipe de rétablissement de la pie-grièche migratrice de l'est qui comprend Environnement Canada (Service canadien de la faune), Études d'Oiseaux Canada, la Federation of Ontario Naturalists, l'Université McGill, le ministère des Ressources naturelles de l'Ontario, le Metro Toronto Zoo et Wildlife Preservation Canada. Ce programme est un des premiers au monde à s’occuper d’un passereau migrateur et les leçons retenues devraient faciliter le rétablissement d'autres espèces.

Personne-ressource : Jean-Pierre Savard 418-648-3500

Habitats et écosystèmes

> Tendances en ce qui concerne les incidences de l'agriculture et le rétablissement de zones humides des prairies canadiennes

Une étude à grande échelle a documenté la dégradation des zones humides à travers les prairies canadiennes. Plus de 90 % des zones humides étudiées avaient subi des incidences agricoles visibles, selon l'analyse de plus de 10 000 zones humides au cours de deux décennies. En fonction du taux d'incidence élevé et du faible taux de rétablissement dans les zones humides des prairies, les chercheurs recommandent de plus fortes mesures de protection des zones humides.

L'étude a intégré les données sur les habitats de zones humides recueillies sur les trajets de relevés de la sauvagine au moyen d'une nouvelle méthode afin d'explorer la façon dont l'agriculture a eu une incidence sur les zones humides touchés et sur le rétablissement au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta. L'analyse a traité les incidences tant sur les marges des zones humides - la partie immédiate entourant les bassins inondés - que sur les bassins eux-mêmes, et a pris en compte des variables telles que l'emplacement, l'année, l'humidité saisonnière, la permanence de l'eau des zones humides et l'utilisation des terres avoisinantes.

Zones humides saisonnières | Photo : Bob ClarkLes recherches indiquent que les zones humides le plus à risque d'incidences à long terme sont peu profondes, temporaires et saisonnières, et se trouvent sur des terres cultivées ou des pâturages. Les chercheurs estiment que ces zones humides et toute zone humide vierge restante devraient constituer la priorité de conservation la plus élevée. En comparaison, les zones humides situées dans des régions boisées et d'herbe naturelle, et dont l’eau présente un plus haut degré de permanence, sont moins touchées par l'agriculture et connaissent un rétablissement plus rapide. Les chercheurs indiquent que cela met en évidence l'importance de prendre en compte l'utilisation de terres adjacentes dans la planification de la conservation d'habitats et d'espèces telles que les oiseaux et les amphibiens.

Le pourcentage de zones humides ayant des marges touchées s'est stabilisé au début des années 1990 et s'est maintenu à ces niveaux jusqu'à l'achèvement de l'étude. En général, les marges des zones humides dans les trois provinces, quels que soient les types de terres humides, avaient des taux d'incidence supérieurs aux taux de rétablissement, et étaient plus susceptibles d'être touchées par l'agriculture que les bassins. Les bassins des zones humides avaient tendance à fluctuer, selon les conditions d'humidité saisonnièrerétablissement. Au cours d'années plus humides, les taux d'incidence étaient plus faibles et les taux de rétablissement plus élevés, indiquant par là que ces systèmes sont résilients et peuvent se rétablir rapidement si une protection leur est offerte.

Bien que la conversion des terres en terres agricoles ait ralenti, les activités sur les terres agricoles existantes se sont intensifiées, augmentant éventuellement la pression sur les marges des zones humides et offrant moins de possibilités de rétablissement. Si le climat des prairies devient progressivement plus aride, comme certains modèles climatiques le prévoient, les pratiques agricoles auront une incidence plus importante sur ces écosystèmes.

Il s'agit d'une des premières études à appliquer des modèles à états multiples pour quantifier les taux d'incidence et de rétablissement, et aussi une des premières à prendre en compte la variation de ces taux attribuable aux inondations, à l'emplacement et à l'utilisation des terres. Les scientifiques donnent à penser que leur méthodologie pourrait servir à mesurer les taux de rétablissement et d'incidence dans ces systèmes et d'autres, par exemple, en réponse à des modifications de politiques ou à d'autres interventions.

L'étude a été publiée dans la revue scientifique Ecological Applications :

Bartzen, B.A., K.W. Dufour, R.G. Clark et F.D. Caswell, 2010. Trends in agricultural impact and recovery of wetlands in prairie Canada. Ecological Applications 20(2) : 525-538.

Personne-ressource : Bob Clark 306-975-4110

Effets des produits toxiques sur la santé

> Les amphibiens vivant dans des paysages agricoles traités aux pesticides démontrent une capacité d'éclosion réduite

Douze pesticides utilisés à l'heure actuelle et sept paramètres chimiques de l'eau ont été liés à une réduction importante du succès d'éclosion des amphibiens, selon une étude de deux ans dans la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique. La vallée est représentative de conditions dans d'autres régions à forte exploitation agricole en Amérique du Nord telles que le sud de l'Ontario et la vallée centrale de la Californie.

L'étude ciblait le succès d'éclosion d'œufs sur les terres agricoles traitées aux pesticides, dans des vergers biologiques et les aires de conservation utilisées en tant que sites de contrôle. Les chercheurs ont détecté des pesticides sur des sites jusqu'à 500 mètres à partir des sites d'application, indiquant que la majorité des étangs dans la vallée de l'Okanagan sont exposés aux pesticides.

Crapaud du Grand Bassin | Photo : Karl W. LarseLe succès d'éclosion variait entre les espèces et les sites. Le crapaud du Grand Bassin, une espèce menacée d'extinction, a complètement été incapable d'éclore sur certaines terres agricoles traitées aux pesticides, comparativement à un taux de succès général de 80 % dans les aires de conservation non agricoles. Le crapaud de l'Ouest, une espèce particulièrement préoccupante, et la grenouille maculée de Columbia ont démontré une incapacité semblable sur les terres traitées aux pesticides. Le succès d'éclosion de la rainette du Pacifique, la plus commune des quatre espèces étudiées, était associé aux caractéristiques chimiques de l'eau et non aux pesticides.

Les concentrations de produits chimiques particuliers observées dans les étangs n’ont pas suffi à causer des réactions toxiques sévères dans les larves amphibiennes. Cependant, la concentration collective et la combinaison de produits chimiques peuvent agir ensemble pour réduire la survie et la croissance des larves. Les interactions parmi les produits chimiques, combinées aux paramètres chimiques de l'eau, peuvent exercer une influence sur le développement des amphibiens à des niveaux qui ne sont pas jugés toxiques à l'heure actuelle pour la vie aquatique. Les lignes directrices en matière de qualité de l'eau de la vie aquatique sont à l'heure actuelle fondées en grande partie sur la toxicité pour les poissons et les invertébrés, et non pour les amphibiens.

Le travail mené par les scientifiques d'Environnement Canada sur la tolérance des amphibiens aux paramètres chimiques de l'eau dans la vallée du bas Fraser a contribué au programme de l'Aquarium de Vancouver pour assurer le succès de la reproduction de la grenouille maculée de l'Oregon en captivité. Participer à la collecte d'œufs sauvages et partager les données scientifiques sur les exigences chimiques de l'eau pour une éclosion réussie chez les grenouilles sauvages a aidé à créer des conditions en captivité qui ont contribué à l'atteinte d'un important jalon dans le potentiel de rétablissement de cette espèce.

L'étude a été publiée dans la revue scientifique intitulée Environmental Toxicology and Chemistry :

Bishop, C.A., S.L. Ashpole, A.M. Edwards, G. van Aggelen et J.E. Elliott. 2010. Hatching success and pesticide exposures in amphibians living in agricultural habitats of the South Okanagan Valley, British Columbia, Canada (2004-2006). Environmental Toxicology and Chemistry 25 : 2526-2532.

Personne-ressource : Christine Bishop 604-940-4671

> Espèces d'acariens pouvant servir à l'élaboration d'une nouvelle méthode d'essai

Des recherches récentes ont confirmé qu’une espèce d'acariens oribates était une bonne candidate à l'élaboration d'une nouvelle méthode d'essai toxicologique normalisée pour permettre de déterminer les répercussions environnementales des polluants. Il s'agit d'une contribution importante à la création d'une série d'outils pour aider l'industrie et les gestionnaires de ressources dans les zones écologiques boréales du Nord à évaluer les risques, les mesures correctives et d'autres décisions en matière de gestion.

Des scientifiques recueillant des échantillons de sol aux fins d'essais | Photo : Lee BeaudetteLes acariens oribates sont parmi les microarthropodes les plus abondants et les plus variés dans les sols de la forêt boréale. Leur activité aide à maintenir la qualité du sol boréal et est importante pour la santé de l'écosystème. Non seulement l'acarien est-il une espèce représentative des zones boréales, mais son utilisation judicieuse dans le travail de laboratoire et les connaissances relativement approfondies sur son cycle de vie en font un candidat convenable à l'élaboration d'essais toxicologiques.

Les scientifiques ont examiné le rendement d'une espèce d'acarien oribate sur 15 horizons, ou couches de sol, différents, à partir de sols de référence partout au Canada. Ils ont également examiné la réaction des acariens à une substance toxique à l'intérieur des horizons du sol. Oppia nitens a démontré des repères fiables en matière de survie et de reproduction. Les acariens ont survécu dans tous les types et toutes les couches de sol, mais leur capacité de reproduction a varié en fonction de la présence de matière organique.

La détermination de l'applicabilité de l'acarien permettra d’assurer l'élaboration d'outils scientifiques robustes nécessaires à la compréhension de la réaction de diverses espèces aux activités industrielles du Nord telles que la foresterie, l'exploitation minière et la prospection de pétrole et de gaz. Des méthodes d'essai toxicologique normalisées pour l'Oppia nitens sont en cours d'élaboration.

La représentation graphique de la sensibilité et de la répartition d'un éventail diversifié de biotes permettra aux gestionnaires de mieux comprendre les incidences d'activités et de contaminants sur les écosystèmes, déterminera les niveaux acceptables de risque dans leurs activités, apportera une connaissance plus approfondie des mesures correctives et mènera à l'amélioration de l'utilisation et de la protection d'écosystèmes du sol.

Les scientifiques d'Environnement Canada ont produit une série de méthodes d'essai biologique pour les zones boréales afin d'évaluer la réaction des contaminants dans les vers de terre et les collemboles nivicoles, ainsi que les espèces d'arbres et de plantes de sous-étage.

L'étude a été financée par le Programme de recherche et de développement énergétiques  du gouvernement du Canada :

Princz, J.I., V.M. Behan-Pelletier, R.P. Scroggins et S.D. Siciliano, 2010. Oribatid mites in soil toxicity testing – the use of Oppianitens (C.L. Koch) as a new test species. Environ. Toxicol. Chem. 29 : 971-979.

Personne-ressource : Juliska Princz 613-990-9544

> Effets sur le développement mesurés chez les oiseaux prédateurs exposés à des produits chimiques ignifuges

Kim Fernie (Ph. D.) dirige des études visant à déterminer les effets de l'exposition aux ignifuges sur la reproduction et le développement d'oiseaux prédateurs. Des crécerelles d'Amérique mâles élevées en captivité ont été exposées in ovo par l’intermédiaire du régime de leur mère au produit chimique ignifuge éther diphénylique polybromé (EDP), et ce, à des niveaux significatifs sur le plan environnemental. Les jeunes oiseaux ont ensuite été observés et les changements éventuels ont été consignés en ce qui a trait à leur succès de reproduction, à leur physiologie et à leurs comportements procréateurs. Il semble s'agir du premier effort visant à déterminer les incidences de l'exposition à plusieurs types d'ignifuges sur plusieurs générations d'oiseaux. Les résultats pourraient aider à extrapoler les incidences potentielles sur les espèces sauvages.

Crécerelle d'Amérique mâle couvant des œufs dans le nichoir | Photo : Glenn BarrettUne année après l'exposition embryonnaire, les oiseaux mâles ont été accouplés avec des femelles « libres de produits chimiques ». Le succès de la reproduction était plus faible chez les couples ayant subi une exposition élevée : 43 % n'ont pas réussi à pondre et les autres ont pondu des couvées plus petites et produit des œufs plus petits avec une fertilité réduite. Les comportements de parade nuptiale typiques étaient réduits chez tous les mâles ayant subi une exposition, avec des tendances à la baisse en fonction des niveaux d'exposition lors de l'accouplement, des comportements dans le nichoir et de l'élevage des jeunes.

La réduction de la taille des couvées et de la fertilité était liée aux fréquences réduites de comportements de parade nuptiale des mâles, ainsi qu'aux concentrations croissantes des produits chimiques ignifuges. De plus, les mâles ayant subi une forte exposition avaient des niveaux de testostérone plus faibles, un nombre accru de spermatozoïdes et des testicules plus lourds : des changements histologiques étaient évidents et liés aux concentrations in ovo d'éther diphénylique polybromé et de congénères particuliers.

Bon nombre d'ignifuges sont des composés chimiques persistants dans l'environnement et bioaccumulatifs. Ils sont particulièrement préoccupants pour les espèces au sommet du réseau alimentaire, telles que les oiseaux prédateurs. Les ignifuges, y compris l'éther diphénylique polybromé, sont ajoutés à bon nombre de produits commerciaux, plastiques, ordinateurs et matériaux domestiques. Le mélange utilisé dans l'étude, le mélange commercial de penta-ED DE-71, n'est plus en production depuis 2006. Le mélange DE-71 a été utilisé à grande échelle à travers le monde et est composé de plusieurs congénères chimiques connexes : ED-99 (44 %), ED-47 (38 %), ED-100 (13 %) et ED-153 (5,5 %). Il s'agit des congénères d'éther diphénylique polybromé  les plus frappants présents dans l'environnement, chez les espèces sauvages et chez l'être humain.

Les jeunes crécerelles d'Amérique mâles sont la descendance d'une étude d'exposition par voie alimentaire de 2006. Les parents des mâles traités avaient été exposés à un des niveaux environnementalement pertinents de DE-71 présents dans les œufs de goélands argentés des Grands Lacs et les faucons pèlerins européens. Les oiseaux maternels ont été exposés à partir de trois semaines avant l'accouplement jusqu'à l'incubation (moyenne de 75 jours) jusqu'à l'éclosion du premier œuf. Ainsi, les sujets d'exposition in ovo de cette étude n'ont jamais été exposés par voie alimentaire, mais uniquement au cours de la période embryonnaire de 28 jours par voie de transfert maternel direct à l'œuf. Les résultats de l'étude actuelle confirment les effets observés dans la première génération et démontrent que des niveaux environnementalement pertinents d'exposition ont une incidence sur plusieurs générations de cette espèce d'oiseau prédateur.

Cette recherche a été menée par la toute dernière étudiante de cycle supérieur de Mme Fernie (Ph. D.), Mme Sarah Marteinson (Ph. D.) (Université McGill). Les recherches sur les oiseaux et les produits chimiques ignifuges en cours de Mme Fernie comprennent ses recherches sur le beta-TBECH et l'hexabromocyclododécane (HBCD), ce dernier produit chimique ayant été récemment ajouté à la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (annexe 1). Mme Fernie est une collaboratrice experte invitée dans le cadre du profil de risque provisoire de l'HBCD de la Convention de Stockholm de l'Organisation des Nations Unies, de l'Action Plan on HBCD de l'Environmental Protection Agency des États-Unis et du Plan de gestion des produits chimiques du Canada. Ses recherches sont rendues possibles grâce à des collaborations avec des scientifiques d’Environnement Canada, de Pêches et Océans Canada et de l'Université McGill.

Les résultats ont été publiés dans Environmental Toxicology and Chemistry :

Marteinson, S.C., Bird, D.M., Shutt, J.L., Letcher, R.J., Ritchie, I.J. et Fernie, K.J, 2010. Multi-generational effects of polybrominated diphenylethers exposure: Embryonic exposure of male American kestrels (Falco sparverius) to DE-71 alters reproductive success and behaviors. Environmental Toxicology and Chemistry 29 : 1740-1747. doi: 10.1002/etc.200

Un nouveau travail a été accepté par Toxicological Sciences :

Marteinson, S.C., Kimmins, S., Bird, D.M., Shutt, J.L., Letcher, R.J., Ritchie, I.J. et Fernie, K.J. Accepté sous réserve de modifications. Embryonic exposure to the polybrominated diphenyl ether mixture, DE-71, affects testes and circulating testosterone concentrations in adult American kestrels (Falco sparverius).

Personne-ressource : Kim Fernie 905-336-4843

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