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Produits pharmaceutiques et de soins personnels dans l’environnement : Ce que nous savons et ce que nous devons savoir |
| 2008-10-27 |
Produits pharmaceutiques et de soins personnels dans l’environnement : Ce que nous savons et ce que nous devons savoir
Des millions de Canadiens et Canadiennes utilisent régulièrement des produits pharmaceutiques, (p. ex. des médicaments antidouleur et hypocholestorélémiants, des pilules anticonceptionnelles, des antibiotiques, des antidépresseurs, etc.) et des produits de soins personnels, comme les cosmétiques, les parfums et les filtres solaires. Les bienfaits de ces produits chimiques sont nombreux pour les utilisateurs, mais quels sont leurs effets possibles une fois qu’ils se retrouvent dans nos systèmes d’eau?
Des traces de produits pharmaceutiques et de soins personnels (PPSP) ont été trouvées dans les eaux usées municipales, dans les eaux de surface, dans les eaux souterraines et, par conséquent, dans l’eau potable. On sait qu’ils pénètrent dans l’environnement lorsqu’ils sont éliminés par les excrétions humaines ou le lavage de la peau ou lorsque des quantités non utilisées sont éliminées en les jetant aux égouts ou aux déchets. De plus, les produits pharmaceutiques excrétés par les animaux d’élevage peuvent pénétrer dans les eaux de surface lorsque le fumier est épandu sur les terres.
Les PPSP dans l’eau
La détection des PPSP dans l’eau remonte à des études effectuées vers la fin des années 70, lorsque des composés comme l’acide clofibrique (un médicament hypocholestorélémiant) et l’acide salicylique (un métabolite de l’aspirine) ont été trouvés dans l’effluent des installations municipales de traitement des eaux usées aux États‑Unis. Toutefois, ce n’était pas avant la fin des années 90 qu’une série d’études en Europe et aux États-Unis ont permis de déterminer la présence considérable de PPSP dans les effluents des installations de traitement des eaux usées, les eaux de surface et la mer du Nord.
Les résultats obtenus lors d’études plus récentes menées au Canada confirment cet état de fait. Les chercheurs d’Environnement Canada et leurs partenaires ont trouvé des traces de produits pharmaceutiques acides et neutres (p. ex. médicaments analgésiques et anti-inflammatoires, régulateurs des lipides dans le sang), des hormones de contrôle des naissances, des antibiotiques, des parfums musqués et des antimicrobiens dans les installations municipales de traitement des effluents, les eaux de surface et l’eau potable au Canada. De nombreux médicaments vétérinaires et produits de soins des animaux ont été décelés dans les bassins hydrographiques agricoles.
Grâce à l’avancement des méthodes de détection et d’analyse et à l’élargissement des programmes de surveillance, on en connaît davantage sur l’exposition environnementale à ces produits chimiques. On accorde une grande importance à déterminer dans quelle mesure les PPSP dans l’environnement peuvent toucher les écosystèmes naturels et les êtres humains.
Effets sur l’environnement et la santé
Bien que les concentrations documentées dans les systèmes d’eau soient très faibles (variant de 1 ng/L ou partie par trillion à 1 µg/L ou partie par milliard), le rejet continu de médicaments et d’autres composés peut avoir divers effets sur les organismes non ciblés.
Les chercheurs d’Environnement Canada, en collaboration avec d’autres chercheurs gouvernementaux et universitaires, ont mené des études en laboratoire et sur le terrain pour mesurer les niveaux de PPSP et leurs effets dans les organismes aquatiques. Ces effets sont mesurés à l’aide de biomarqueurs connus, par exemple, des biomarqueurs pertinents sur le plan écologique (ceux qui contribuent à déterminer et à prévoir les changements physiologiques chez les personnes et les populations) ou des biomarqueurs axés sur les cibles des médicaments (ceux qui mesurent l’intégrité des cibles des médicaments au sein d’un organisme susceptible de nuire à la santé et à la reproduction de l’organisme). Les résultats des recherches démontrent, en règle générale, que des effets mortels aigus et à court terme ne se produiront probablement pas dans l’environnement, mais que des effets chroniques à long terme pourraient se produire en raison d’une exposition continue à certains de ces produits chimiques.
De faibles quantités de PPSP peuvent s’accumuler dans les tissus biologiques de certains organismes aquatiques et nuire à leur croissance et à leur reproduction. Par exemple, chez les tête-de-boules exposées toute leur vie en laboratoire au mélange de PPSP trouvé dans les effluents des eaux usées municipales de traitement des effluents en Ontario, on a constaté une diminution de la production d’œufs et des caractéristiques mâles. L’exposition à de faibles niveaux (moins de 1 ng/L) d’œstrogènes des pilules anticonceptionnelles peut réduire la capacité du poisson mâle à fertiliser les œufs avec succès.
Il est aussi intéressant de constater la façon dont les produits pharmaceutiques persistants peuvent être bioaccumulables et bioamplifies dans les organismes aquatiques par la chaîne alimentaire. Par exemple, la carbamazépine est transformée dans les invertébrés (les moules et les hydres) sans produire un stress oxydant important pouvant endommager l’ADN. Toutefois, il a été démontré que le même médicament s’accumule rapidement dans les algues et se transfère efficacement aux microcrustacés en quête de nourriture, ce qui engendre des effets toxiques.
La propagation de bactéries résistantes aux antibiotiques dans les sources d’eau constitue un problème de santé publique sans cesse croissant. Des études démontrent que les bactéries entériques (p. ex. E. coli) provenant des sources municipales d’eaux usées sont plus résistantes aux antibiotiques que celles provenant des matières fécales des animaux de compagnie ou des animaux sauvages. Cette résistance accrue due à l’ingestion d’antibiotiques signifie qu’il est possible que ces médicaments ne sont plus utiles pour traiter les maladies infectieuses contractées par l’utilisation de l’eau, comme pour l’irrigation, les loisirs et la consommation.
Options pour réduire l’exposition
Il est de première importance d’obtenir des renseignements sur le devenir, la distribution et les effets des PPSP, et ce, afin de déterminer les risques éventuels aux Canadiens et Canadiennes et à leur environnement au fil du temps et pour trouver des options visant à réduire ces risques. Les évaluations des risques sont menées conjointement par Santé Canada et Environnement Canada en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) (LCPE 1999). Les ingrédients cosmétiques et pharmaceutiques pèsent pour la majorité des substances devant être déclarées en vertu du Règlement sur les renseignements concernant les substances nouvelles de la LCPE.
Du fait que les gens continueront à requérir leurs médicaments essentiels, il ne serait pas réaliste de s’attendre à une réduction de leur utilisation. Toutefois, d’autres options s’offrent à nous pour réduire leur rejet dans l’environnement.
Les installations de traitement des eaux usées constituent une importante source possible de pénétration des PPSP dans l’environnement aquatique, mais aussi un moyen important de centraliser les rejets. Des chercheurs d’Environnement Canada, du ministère de l’Environnement de l’Ontario et de plusieurs universités étudient la façon dont les technologies traditionnelles et avancées de traitement des eaux usées peuvent être modifiées ou appliquées pour réduire les PPSP dans les effluents d’eaux usées. Les recherches permettent de démontrer que certaines technologies, comme l’ozonisation, la filtration sur charbon activé et la filtration à travers une membrane dense, peuvent être efficaces. Toutefois, la mise en application de ces technologies est coûteuse et peut ne pas être requise avant que nous déterminions avec précision les PPSP qui ont des effets biologiques sur les environnements canadiens et qui devraient être éliminés des effluents. Ces technologies avancées sont déjà utilisées pour le traitement de l’eau potable en vue de contrôler son goût et son odeur.
Les processus de traitement des eaux usées pourraient être améliorés par le triage ou la réglementation des quantités et des types de déchets qui entrent dans les installations. Le traitement des eaux usées provenant des industries, des maisons de soins infirmiers et des hôpitaux avant leur rejet et/ou la réglementation de la composition des eaux usées qui entrent dans les égouts par l’adoption de règlements municipaux connexes en sont des exemples.
Une autre source de PPSP dans les écosystèmes aquatiques provient des biosolides appliqués sur les terres agricoles pour recycler les nutriants et les matières organiques. Nos connaissances sont toujours limitées sur le devenir et le transport des PPSP lors des applications terrestres, mais des recherches ont été entreprises pour trouver de meilleures pratiques de gestion afin de réduire au minimum le transport des biosolides pendant et entre les applications.
Une autre mesure consiste à empêcher les PPSP d’entrer dans le flux des eaux usées. Accroître la sensibilisation du public par l’étiquetage écologique et l’éducation, offrir des programmes de reprise de rechange et d’élimination sécuritaire des médicaments et promouvoir le recours à des choix thérapeutiques et à des soins de santé différents constituent des pratiques qui sont examinées au Canada et dans le monde entier. L’utilisation avertie des médicaments en agriculture, en particulier des antibiotiques, réduirait aussi au minimum leur rejet dans l’environnement. En dernier lieu, l’accroissement de la responsabilité du fabricant ou la gestion du cycle de vie d’un produit pourrait engendrer un déplacement vers les produits écologiques.
Besoin d’en savoir plus
L’état des connaissances sur les PPSP au Canada s’est amélioré considérablement au cours des dernières années. Toutefois, de nombreuses questions sont demeurées sans réponses et la science doit être ciblée pour documenter les décisions qui visent à protéger notre santé et notre environnement. C’est le message commun qu’ont émis des scientifiques et des représentants d’organismes de réglementation de partout au Canada qui se sont réunis récemment pour évaluer l’état actuel des recherches canadiennes et recommander des orientations en matière de recherche et de politiques sur cette nouvelle question (consulter le site Web : Les produits pharmaceutiques et de soins personnels dans l'environnement au Canada: Directions de la recherche et des politiques pour obtenir de plus amples renseignements). Leurs principales recommandations sont présentées ci-dessous.
- Continuer la recherche et la surveillance permettant de quantifier les principales sources d’entrée des PPSP dans l’environnement ainsi que leurs concentrations et leurs effets environnementaux.
- Évaluer la vulnérabilité des écosystèmes à l’aide de mesures de surveillance des effets à long terme et d’études panécosystémitques où les effets les plus graves ont été observés ou risquent de l’être.
- Enquêter sur les effets combinés des PPSP sur les populations et les écosystèmes, tout en continuant d’étudier les caractéristiques et les effets des PPSP individuels et les mélanges de ces composés.
- Créer un réseau de surveillance pour satisfaire aux besoins ci-dessus mentionnés, un répertoire national spécialisé des renseignements et des activités de recherche et de surveillance ainsi qu’un cadre cohérent pour l’analyse chimique des concentrations de PPSP.
- Déterminer la rentabilité des programmes de contrôle des sources et des technologies de traitement.
- Améliorer les communications entre les chercheurs et les utilisateurs scientifiques, comme les évaluateurs des risques, les représentants des organismes de réglementation et les gestionnaires des eaux usées.
La mise en œuvre de programmes de recherche et de surveillance bien planifiés peut contribuer à combler les lacunes, à obtenir une meilleure idée des effets de ces produits chimiques sur notre environnement aquatique et à nous engager dans la voie de la prévention.
Références clés
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