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Les oiseaux migrateurs sont-ils plus à risque de contracter des maladies?

2008-08-12

Les oiseaux migrateurs sont-ils plus à risque de contracter des maladies?

Les oiseaux constituent d’excellents repères de la dégradation et des changements qui se produisent dans les écosystèmes. Ils se nourrissent sur des espaces qui souvent s’étendent sur tout un continent ou un hémisphère. Certains oiseaux sont au sommet du réseau trophique et sont vulnérables aux problèmes des niveaux trophiques inférieurs. Le défi permanent consiste à obtenir et à partager des renseignements utiles sur la santé des oiseaux sans être limité par les distances et les compétences.

Les populations d’oiseaux peuvent contracter un grand nombre de maladies. Les interactions au sein du réseau trophique peuvent les mettre en contact avec des bactéries et des virus porteurs de maladies. Les structures de la morbidité sont souvent entraînées par les échanges qui se produisent lorsque les oiseaux migrent. Les changements au sein des écosystèmes peuvent affecter les structures de la morbidité parmi les oiseaux.

Ces structures changent au fil du temps. Le choléra aviaire est maintenant un sujet de préoccupation dans l’est de l’Arctique. Le botulisme est apparu au cours de la dernière décennie et a causé la disparition rapide d’oiseaux aquatiques en Ontario. La grippe aviaire fait maintenant l’objet d’une surveillance mondiale depuis la propagation du virus connu sous le nom de souche aviaire H5N1 de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique. 

Il faut absolument collaborer davantage pour vérifier et partager les connaissances sur les maladies et les oiseaux migrateurs. Environnement Canada collabore avec de nombreuses organisations pour apporter un soutien scientifique à la gestion des maladies qui affectent la conservation de la faune, y compris celles qui pourraient avoir des effets négatifs sur les humains et les animaux domestiques.

La grippe aviaire sous surveillance à long terme

L’enquête pluripartite canadienne 2007 sur la grippe chez les oiseaux sauvages porte sur plus de 6 000 oiseaux vivants | Photo : Dr Catherine SoosL’enquête nationale pluripartite sur la grippe au sein des populations d’oiseaux a débuté en 2005. Ce qui a déclenché l’enquête est une éclosion majeure de grippe au sein de l’industrie avicole canadienne qui a fait ressortir l’importance de mieux comprendre la façon dont ces virus se comportent. Par la suite, une souche différente de grippe aviaire (la souche H5N1) est apparue et a constitué une menace possible pour la santé humaine. L’objectif de l’enquête consiste à déterminer les souches des virus grippaux nord-américains présentes chez les oiseaux sauvages et détecter dès le début les souches pathogènes importantes. Les résultats de l’enquête permettent de comprendre l’écologie des virus grippaux chez les oiseaux.  

Le Centre canadien coopératif de la santé de la faune coordonne l’enquête auquel participent Environnement Canada, les collèges vétérinaires, les laboratoires de diagnostic et d’autres organismes intéressés. Une importante enquête est aussi en cours aux États-Unis. Dans le cadre de l’enquête canadienne, on a prélevé un grand nombre d’échantillons sur les canards sauvages en 2005, 2006 et 2007 du fait que les canards constituent le réservoir naturel du patrimoine génétique de ces virus. On a aussi prélevé des échantillons sur un grand nombre d’autres espèces, mais à une moins grande échelle.

En 2007, les scientifiques ont piégé, échantillonné et relâché plus de 6 000 oiseaux sauvages et prélevé des échantillons sur plus de 3 000 oiseaux. Un peu plus de 1 300 oiseaux étaient infectés par les souches nord-américaines de la grippe aviaire, aucune n’étant pathogénique (à l’origine de maladies) pour les humains et les oiseaux domestiques. L’enquête porte maintenant sur toutes les espèces d’oiseaux sauvages trouvés morts.

Pour assurer une vigilance continue, il faudra disposer d’un soutien et de fonds importants à l’échelle nationale et régionale. L’arrivée de souches étrangères hautement pathogéniques de la grippe aviaire dans les Amériques constitue une constante préoccupation.  

Les morts dues au botulisme continuent dans les Grands Lac

Le botulisme de type E s’est transformé en épidémie annuelle dans les Grands Lacs vers la fin des années 90. Des éclosions se sont produites dans les lacs Ontario, Érié, Michigan et Huron. En 2007, la maladie s’est étendue à la péninsule Bruce et à la Baie Georgienne.

Ces éclosions semblent directement liées aux changements écologiques dans les lacs dus aux espèces envahissantes, comme la Moule zébrée, la Moule quagga et le Gobie à taches noires. Le sédiment dans les lits de moules retient la bactérie qui cause le botulisme et la bactérie entre dans le réseau trophique lorsque les moules sont mangées par les poissons de fond, comme le Gobie à taches noires. De plus, les moules filtrent l’eau et la clarifient, ce qui favorise la croissance d’algues et accroît la température de l’eau. À mesure que les algues se désintègrent, elles peuvent causer des conditions anaérobiques (pauvres en oxygène) qui, avec la hausse de la température de l’eau, favorise la croissance du botulisme.

Les enquêtes menées depuis 2004 permettent de démontrer que les populations locales de Goélands argentés et de Sternes caspiennes ont diminué de 25 p. 100 et que celle des Goélands marins de 90 p. 100. Dans l’est du lac Ontario, on a compté plus de 7 000 oiseaux morts au cours des enquêtes sur six sites de colonies d’oiseaux. Un sous-échantillon de ces oiseaux a été remis au Centre canadien coopératif de la santé de la faune et une autopsie a permis de révéler une exposition prédominante au botulisme de type E. Cela constitue une preuve probante que le botulisme affecte considérablement les oiseaux aquatiques piscivores.

Environnement Canada coordonne et partage avec ses contreparties des provinces et des États-Unis les renseignements pertinents, dont le nombre d’oiseaux trouvés et les résultats des analyses. Dans le cadre des études en cours, on cherche à déterminer les voies d’exposition (p. ex. chasser les aliments frais comparativement à charogner les carcasses exposées au botulisme) des oiseaux aquatiques. Les scientifiques d’Environnement Canada ont entrepris une nouvelle étude visant à retracer les habitudes alimentaires des oiseaux affectés à l’aide de marqueurs chimiques et biochimiques particuliers. On fera appel au Centre canadien coopératif de la santé de la faune pour le soutien en matière de diagnostic.

Le choléra aviaire est peut-être en voie de se propager

Cette maladie d’origine naturelle affecte surtout les sauvagines et ne menace pas les humains. Elle affecte grandement les populations de sauvagines, surtout les oies qui nichent dans l’Arctique. On a trouvé des traces de choléra aviaire dans l’est de l’Arctique en 2004 chez les Eiders et, en 2007, une éclosion s’est produite en mer à l’extérieur de la côte atlantique canadienne.

Dans l’est de l’Arctique, les éclosions de choléra se produisent chaque année. Un petit nombre d’eiders ont été trouvés morts dans la colonie de l’île Southhampton (Nunavut) la première année. Près de 3 500 oiseaux, soit une grande partie de la colonie, ont été trouvés morts après avoir contracté cette maladie en 2006.

Les scientifiques surveillent d’autres colonies d’Eiders à Kimmirut, Cape Dorset, Coral Harbour et Rankin Inlet. Ils ont aussi ajouté d’autres sites de surveillance (Igloolik et Sanikiluaq) et demeurent en communication avec des scientifiques du Groenland et des États-Unis postés dans le Nord. Ils ont aussi embauché des chasseurs et des trappeurs inuits pour repérer les signes de la maladie sur terre.

Les scientifiques examinent le retour d’une éclosion de choléra aviaire dans l’est de l’Arctique | Photo : Dr Grant GilchristL’expansion géographique de la maladie nous interpelle à savoir si les changements climatiques permettent à certains organismes de survivre plus au nord et d’infecter des espèces à un rythme accru. On ne peut affirmer avec certitude si la maladie «hiverne» dans la région ou si ce sont les oiseaux migrateurs qui la transportent. Les chercheurs prélèvent des échantillons dans l’environnement avant, pendant et après les éclosions et cherchent à déterminer la source de la maladie. Aussi, des Eiders sont bagués à la patte chaque année et ils sont capturés à nouveau, le cas échéant, afin de prélever des échantillons. Ils sont par la suite libérés.

Des oiseaux de mer sont morts massivement du choléra aviaire dans le nord de l’Arctique pendant l’hiver de 2007. L’éclosion s’est produite sur une vaste région s’étendant de la station pétrolifère Hibernia, au large de Terre-Neuve, où les premières mouettes mortes ont été découvertes, à la péninsule Avalon de Terre‑Neuve et à la côte du Labrador, jusqu’à la rive sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Les oiseaux découverts étaient surtout des Goélands marins, des Goélands bourgmestres, des Goélands islandais et des Mouettes tridactyles. Le milieu difficile de la haute mer a rendu difficile la détermination de l’ampleur de la maladie et le nombre de morts.     

Dans le cadre d’une étude permanente du choléra aviaire au Canada, les chercheurs s’efforcent de comprendre l’épidémiologie de la maladie au sein de différentes populations d’oiseaux, y compris en effectuant le typage de leur ADN et en enquêtant sur les liens possibles entre les éclosions.

Qu’est-ce qui motive Environnement Canada à faire le suivi de la maladie chez les oiseaux?

Les oiseaux sont d’excellents moniteurs de perturbation ou de contaminants au sein des écosystèmes. Les oiseaux constituent de précieux indicateurs de l’intégrité des écosystèmes et sont considérés comme un «parapluie». Si les oiseaux sont en santé, les autres organismes vivants sous eux dans le même écosystème sont généralement en santé. De même, les oiseaux sont des baromètres du changement et peuvent fournir des liens uniques entre l’habitat faunique et certains facteurs, comme les changements climatiques. Du fait que les migrateurs couvrent de grandes distances, leur santé doit être surveillée afin de détecter les premiers signes de dangers émergeants.

Les populations d’oiseaux locaux doivent être protégées et bien gérées pour leur valeur intrinsèque et leur valeur au sein de la biodiversité mondiale. La collaboration internationale est essentielle afin de partager les connaissances et les ressources qui permettent de suivre la progression des maladies qui peuvent avoir des effets importants à l’échelle mondiale sur la faune, les animaux domestiques et la santé humaine.

 

Maladie ou pathogène

Régions affectées

Aperçu

Botulisme aviaire de type EGrands LacsUne nouvelle épidémie a débuté en 1998 affectant les oiseaux se nourrissant de poissons et de moules. Elle est liée aux espèces envahissantes, comme la Moule zébrée, la Moule quagga et le Gobie à taches noires.
Grippe aviairePaysAucun changement connu.
Choléra aviaire

Arctique (Oies, Eiders)

Plaines boréales (Cormorans)

Estuaire du Saint-Laurent (Eiders)

Terre-Neuve et Labrador, golfe du Maine et plateau néo-écossais (surtout les goélands et les Mouettes tridactyles)

Tendance accrue d’intensité chez les sauvagines depuis 1960, possiblement liée au changement d’habitat. Les occurrences chez les eiders de l’Arctique et chez les oiseaux de mers pélagiques (haute mer). Occurrences régulièrement chez les Cormorans des plaines boréales.

Adapté du document « La maladie aviaire par écozone », préparé par Dr Ted Leighton du Centre canadien coopératif de la santé de la faune.


Liens

Centre national de la recherche faunique d’Environnement Canada

Bulletins d’information du Centre canadien coopératif de la santé de la faune

Expertise

Dr Laird Shutt (Environnement Canada)
Dr Grant Gilchrist (Environnement Canada)
Dr Ted Leighton (Centre canadien coopératif de la santé de la faune)