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On doit diminuer le taux de mercure : Les analyses interdisciplinaires appuient les décisions du Canada portant sur la réduction

Par:  Julie Suzanne Pollock (Liaison S-T)

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Le problème

Au cours des dernières décennies, les émissions de mercure provenant des activités industrielles au Canada ont grandement diminué. Cependant, les dépôts de mercure déjà présents dans le sol et l’eau représentent toujours un problème. De plus, on retrouve du mercure au Canada parce que des sources étrangères le rejettent dans l’atmosphère.

Actuellement, la concentration en mercure dans l’environnement est de deux à quatre fois supérieure à la concentration à l’époque préindustrielle. Le mercure est présent naturellement dans l’environnement. Toutefois, les actions de l’homme, comme la combustion du charbon, la fusion des métaux de base, l’incinération des déchets, l’exploitation aurifère à petite échelle et la collecte d’eau dans des réservoirs, en produisent.

Le mercure est particulièrement dangereux lorsqu’il pénètre un milieu aquatique, alors qu’il emprunte sa forme la plus toxique (méthylmercure) et entre dans le réseau alimentaire. Les humains et les animaux sauvages sont exposés au méthylmercure lorsqu’ils consomment des aliments provenant de milieux dulcicoles et marins.

Les composés du mercure sont plus concentrés chez les poissons et les prédateurs sauvages qui se retrouvent à un niveau supérieur du réseau alimentaire. Parmi les effets d’une exposition au mercure, on compte un taux de reproduction inférieur, des changements négatifs sur le plan des systèmes hormonal et immunitaire, des changements sur le plan du fonctionnement du cerveau, ainsi que des anomalies sur le plan du comportement et de la vision. Il faut réduire le taux de mercure dans l’environnement à grande échelle. La communauté internationale doit agir.

La science favorise la collaboration à l’échelle mondiale en permettant de mieux comprendre qu’il faut adopter rapidement des mesures de protection contre une exposition nuisible.

Les Canadiens et Canadiennes ont mis au rebut 347 millions de piles en 2004. Chaque pile contenait des substances toxiques, comme le plomb et le mercure.

À la recherche de solutions au moyen des S et T

En général, les Canadiens et Canadiennes sont exposés au méthylmercure lorsqu’ils mangent du poisson ou certains aliments qu’on retrouve dans le nord du pays, comme des mammifères marins. Selon des analyses à long terme d’Environnement Canada, on a constaté qu’au cours des 30 dernières années, certains animaux sauvages qui consomment du poisson affichent un taux de mercure de plus en plus élevé. Le huard à collier et la loutre de rivière de la Nouvelle-Écosse affichent les taux de concentration dans les tissus les plus élevés enregistrés chez ces espèces. Dans le parc national Kejimkujik, 92 p. cent des huards adultes affichent une concentration de mercure dans leur sang qui représente un risque élevé pour la reproduction.  

Les scientifiques surveillent et en font une modélisation les mouvements atmosphériques et les dépôts de mercure à l’échelle mondiale, en plus d’effectuer des analyses interdisciplinaires de l’eau, des sédiments et de l’exposition des animaux sauvages. Un examen approfondi des plumes, du sang et des œufs du huard à collier a révélé que l’exposition au mercure s’accroît de l’ouest vers l’est, avec certaines variations régionales, ce qui correspond plus ou moins aux tendances en matière de dépôt atmosphérique.

Le graphique montre une baisse dramatique de la concentration des récepteurs du neurotransmetteur glutamate, alors que les concentrations de mercure augmentent dans le cerveau du vison sauvage trappé au Canada | Crédit : Dr Tony Scheuhammer

Le graphique montre une baisse dramatique de la concentration des récepteurs du neurotransmetteur glutamate, alors que les concentrations de mercure augmentent dans le cerveau du vison sauvage trappé au Canada. Ces changements, tout comme d'autres changements sur le plan neurochimique, se produisent même si les concentrations en mercure dans le cerveau sont inférieures aux concentrations requises pour entraîner une intoxication au méthylmercure apparente.

Le Réseau canadien de mesure du mercure atmosphérique (CAMNet) mesure le mercure en suspension dans l’air dans des lieux à proximité des zones urbaines, dans les zones rurales et à un endroit éloigné de l’Arctique. Lors d’une analyse importante des données du réseau, de 1995 à 2005, on n’a pu que constater une légère baisse dans la plupart des régions au Canada :

les concentrations dans les régions près des centres urbains de Toronto et de Montréal ont diminué de 15 p. cent;

les concentrations dans les régions rurales de l’Est du Canada ont affiché une baisse pouvant atteindre 7 p. cent;

les concentrations n’ont pas changé dans l’Arctique.

La modélisation par ordinateur démontre les modalités de déplacement, dans l’atmosphère de la planète, du mercure en suspension dans l’air qui provient des activités industrielles. Au cours des dernières décennies, les émissions de mercure en Europe ont diminué. Celles de l’Asie ont augmenté et contribuent de façon significative aux dépôts de mercure en Amérique du Nord, y compris dans l’Arctique.

La concentration de mercure est très préoccupante dans l’Arctique, où les vents dominants se déplacent selon un tracé circulaire et tirent les polluants atmosphériques d’une bonne partie de l’hémisphère nord. De plus, le lever de soleil polaire, qui met fin à des mois de noirceur hivernale, peut avoir des effets photochimiques. Le mercure peut retomber sur le sol dans une forme hautement réactive. Le devenir de ce mercure n’a toujours pas été déterminé. Toutefois, il pénètre dans un écosystème fragile qui subit actuellement des changements sans précédent, y compris le réchauffement des températures qui pourrait influer sur la conversion du mercure en méthylmercure.

Le mercure dans l’Arctique

Mouette blanche | Photo : Dr Grant Gilchrist

La mouette blanche est un oiseau marin rare qui s’accouple dans des endroits éloignés de l’Arctique, comme l’île Seymour (au Nunavut). La population de mouettes blanches décline grandement. Elle est protégée par la Loi sur les espèces en péril. Les connaissances en matière d’écologie obtenues auprès des résidents du Nord lors d’entrevues correspondent aux relevés scientifiques qui illustrent une baisse de 80 p. cent depuis le début des années 1980.

On a analysé les archives d’Environnement Canada sur les œufs d’oiseaux marins au Centre national de la recherche faunique (à Ottawa). On a pu constater que, au cours des trois dernières décennies, la concentration en mercure est demeurée élevée. Ce peut être un facteur d’agression important pour la population. Le mercure est facilement transmis aux œufs. Presque la totalité du mercure ainsi transmis s’avère toxique pour les oiseaux à naître.

Globalement, quelque 120 tonnes de mercure se déposent chaque année sur le Canada. Environ la moitié provient de sources anthropiques (humaines) et l’autre, des océans et des sols sous forme de mercure revolatilisé. Jusqu’à 19 p. 100 du mercure de source humaine qui se dépose sur le territoire canadien provient de l’Asie, 11 p. 100 des États-Unis, 4 p. 100 de l’Europe et 3,5 p. 100 de la Russie.

Mettre les connaissances en application

À qui ces résultats servent-ils?

La compréhension qu’a Environnement Canada des tendances en matière de dépôt de mercure et des effets de l’exposition chez les animaux sauvages jette les bases scientifiques des décisions que prennent le Canada et les autres pays en matière de réduction du mercure. Le fait de gérer le mercure est complexe en raison de sa nature volatile et de sa capacité à parcourir de longues distances dans l’atmosphère.

Modélisation du mercure à l’échelle mondiale : Les modèles mathématiques sont un précieux outil pour bien comprendre la problématique du transport du mercure dans l’atmosphère et établir des prévisions | Crédit : Dastoor and Davignon

Modélisation du mercure à l'échelle mondiale : Les modèles mathématiques sont un précieux outil pour bien comprendre la problématique du transport du mercure dans l'atmosphère et établir des prévisions. 

Dastoor, A. et D. Davignon. 2008. « Global Mercury Modelling at Environment Canada » dans Mercury Fate and Transport in the Global Atmosphere: Measurements, Models and Policy Implications. Sous la direction de N. Pirrone et de R. Mason. Rapport d'étape du Partenariat mondial du Programme des Nations Unies pour l'environnement pour la recherche sur le transport atmosphérique et le sort du mercure.

Le gouvernement fédéral jumelle la législation et les lignes directrices à l’intention de l’industrie aux programmes de recherche et de réduction. Le Conseil canadien des ministres de l’environnement appuie plusieurs standards pancanadiens pour réduire les émissions industrielles, comme  les standards sur les émissions provenant des centrales électriques alimentées au charbon. Parmi les autres lignes directrices, il y a une stratégie de gestion des risques pour les produits contenant du mercure, et une orientation relative aux actions municipales en ce qui a trait au registre environnemental de la LCPE.

Le Canada participe aux évaluations du mercure et à l’élaboration de politiques à l’échelle mondiale, y compris le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et le Conseil de l’Arctique. Le Canada investit dans la recherche pour améliorer la compréhension, à l’échelle internationale, du comportement du mercure et de ses effets sur les écosystèmes, et miser sur les analyses socioéconomiques et les modélisations prédictives par ordinateur de l’incidence sur l’utilisation du sol.

Avantages pour les Canadiens et Canadiennes

On prend au sérieux la prévention de la pollution

En 2002, les entreprises canadiennes ont dépensé 6,8 milliards de dollars pour protéger l’environnement (tiré de Dépenses de protection de l’environnement du secteur des entreprises).

En 2003-2004, les dépenses du gouvernement fédéral dans le secteur de la recherche et du développement en matière de prévention de la pollution et de protection de l’environnement ont atteint 349 millions de dollars (tiré de Statistiques des sciences, 1999 à 2005).

Depuis les années 1970, les émissions de mercure nationales au Canada ont diminué de 90 p. cent. Si les dépôts de mercure, à l’échelle internationale, diminuent, tous les écosystèmes aquatiques sains qui appuient la biodiversité locale et mondiale en tireront avantage. Ces écosystèmes sains soutiendront la pêche commerciale et sportive pendant plusieurs générations. Les gens qui vivent près des rives et des réservoirs, et ceux qui mangent du poisson, seront moins exposés au mercure.  

Pour de plus amples renseignements :

Site Web d’Environnement Canada sur le mercure (site complet d’Environnement Canada sur le mercure dans l’environnement)  

Le mercure : votre santé et l’environnement(Groupe de travail de Santé Canada de 2004 qui s’est penché sur les questions relatives au mercure)

Mercury in the Environment: A Primer (tiré de la série « Primer » de Pollution Probe, financé en partie par Environnement Canada)

Gestion du mercure : Législation et lignes directrices fédérales, y compris les Standards pancanadiens (Site Web d’Environnement Canada sur les lois et les programmes de réglementation)

Transport atmosphérique intercontinental de polluants anthropiques vers l’Arctique (projet de recherche sur les contaminants atmosphériques dans le cadre de l’Année polaire internationale)

Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord (liens d’Affaires indiennes et du Nord Canada vers des rapports non techniques et scientifiques dans le cadre de ce programme et de l’Arctic Monitoring and Assessment Programme)

Documents scientifiques

Braune, B.M. 2007. Temporal trends of organochlorines and mercury in seabird eggs from the Canadian Arctic, 1975 to 2003. Environmental Pollution 148(2): 599-613.

Braune, B.M., M.L. Mallory and H.G. Gilchrist. 2006. Elevated mercury levels in a declining population of ivory gulls in the Canadian Arctic. Marine Pollution Bulletin 52(8): 978-982.

Burgess, N.M. and M. Meyer. 2008. Methylmercury exposure associated with reduced productivity in common loons. Ecotoxicology 17(2): 83-91.

Scheuhammer, A.M., M.W. Meyer, M.B. Sandheinrich and M.W. Murray. 2007. Effects of environmental methylmercury on the health of wild birds, mammals, and fish. Ambio 36: 12-19.

  • Selon les indicateurs scientifiques essentiels de Thomson Reuters, ce document est un des documents les plus cités dans le domaine (environnement/écologie) qui ont été publiés au cours des deux dernières années. Voir le Science Watch Q&A de Tony Scheuhammer.

Scheuhammer, A.M. and M.B. Sandheinrich. 2008. Recent advances in the toxicology of methylmercury in wildlife. Ecotoxicology 17(2): 67-68.

Scheuhammer, A.M., N. Basu, N.M. Burgess, J.E. Elliott, G.D. Campbell, M. Wayland, L. Champoux and J. Rodrigue. 2008. Relationships among mercury, selenium, and neurochemical parameters in common loons (Gavia immer) and bald eagles (Haliaeetus leucocephalus). Ecotoxicology 17(2): 93-101.

Steffen, A., T. Douglas, M. Amyot, P. Ariya, K. Aspmo, T. Berg, J. Bottenheim, S. Brooks, F. Cobbett, A. Dastoor, A. Dommergue, R. Ebinghaus, C. Ferrari, K. Gardfeldt, M.E. Goodsite, D. Lean, A.J. Poulain, C. Scherz, H. Skov, J. Sommar and C. Temme. 2008. A synthesis of atmospheric mercury depletion event chemistry in the atmosphere and snow. Atmospheric Chemistry and Physics 8: 1445–1482.

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© Sa majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le Ministre de l'environnement, 2008.
No. de catalogue En164-15/9-2008F; ISBN 978-0-662-04742-1