Pourquoi des terres humides?
Ni terre ni eau, mais un mélange fluide des deux, les terres humides sont parmi les habitats les plus productifs de la planète. Elles se forment selon un phénomène simple : de l'eau s'emprisonne, parce que le terrain draine mal, parce qu'il est inondé périodiquement ou parce que des obstacles côtiers ou riverains, comme des barres de sable, l'empêche de s'échapper, et voilà qu'apparaît une terre humide.
Ainsi créées, les terres humides évoluent différemment, selon le climat local, les éléments nutritifs, la géographie et le type de sol. Elles se modifient avec le temps : un marais ouvert peut s'assécher suffisamment pour devenir un marécage boisé, puis revenir à son état initial après une grosse inondation.
On a autrefois considéré les terres humides comme des terrains inutilisables infestés de moustiques qu'il fallait drainer, remblayer ou revêtir en dur. On reconnaît maintenant de plus en plus qu'il s'agit d'écosystèmes dynamiques, productifs et diversifiés. Ce sont des pépinières et des zones d'élevage et de nidification, des aires d'alimentation et de repos, des filtres à eau et des réservoirs d'eau. Elles protègent les rives des dégâts causés par les tempêtes, limitent inondations, nettoient les eaux chargées de sédiments et attirent les poissons, les oiseaux, les amphibiens, les reptiles et les mammifères. Pour les humains, ce sont aussi des lieux très intéressants à explorer, où reprendre contact avec la nature.

En dépit de leurs valeurs, les terres humides continuent de reculer à un rythme alarmant. On les assèche pour l'agriculture et on les remblaie pour les lotir, elles sont polluées par les ruissellements toxiques, envahies par les espèces exotiques et dégradées par les modifications artificielles apportées aux niveaux d'eau. À l'heure actuelle, près des deux tiers des terres humides du Sud de l'Ontario ont été perdues ou se sont gravement dégradées, tandis que la santé de celles qui restent continue d'être menacée. Si on persiste à en perdre, un gros morceau du système naturel qui préserve la santé de notre monde disparaîtra.
Fonction et valeurs des terres humides
Stress des terres humides
Types d'habitat et espèces protégées
Définitions
Fonctions et valeurs des terres humides
Les terres humides constituent un des plus importants milieux vitaux naturels. Elles fournissent :
- Un système de filtration de l'eau... en éliminant les polluants, les particules en suspension et le surplus de nutriments, en améliorant la qualité de l'eau et en renouvelant les sources d'approvisionnement.
- Un habitat irremplaçable... pour de nombreuses espèces de sauvagine, d'animaux sauvages - tels les reptiles et les batraciens - et certaines espèces en péril qui viennent y nicher, se nourrir ou faire escale.
- Un milieu de qualité... pour le frai et l'alevinage de beaucoup d'espèces de poissons.
- Une protection naturelle du littoral... en empêchant l'érosion des rives.
- Un réservoir... qui aide à limiter les inondations en retenant et en absorbant le surplus d'eau.
- Une source d'oxygène et de vapeur d'eau... jouant un rôle vital dans les cycles atmosphériques et climatiques naturels.
- Des sites d'activités récréatives... comme la randonnée, l'observation d'oiseaux et la pêche.


Les fonctions et les valeurs des terres humides sont de mieux en mieux connues de ceux qui gèrent ces terres et des scientifiques. Le défi, c'est d'arriver à les expliquer d'une façon qui soit compréhensible par les propriétaires fonciers, les organes de réglementation et le public.
Dans d'autres secteurs de l'économie, la façon la plus courante de démontrer la valeur d'une chose consiste à lui attribuer un prix. Mais quel est le prix d'une terre humide? Toute une nouvelle branche de l'économie se consacre à l'estimation de la valeur écologique. Pour plus d'informations sur la façon d'évaluer les terres humides, voir Détermination de la valeur valeur économique des milieux humides - concepts, méthodes et considérations
Stress des terres humides

On reconnaît de plus en plus l'importance des terres humides pour les humains et pour les écosystèmes; de nombreuses agressions directes ou indirectes, naturelles ou produites par l'homme, continuent cependant de menacer les habitats. Beaucoup de terres humides réussissent à s'adapter aux perturbations naturelles causées par les tempêtes, les glaces ou le bas niveau de l'eau. Par contre, les interventions humaines entraînent souvent des changements si rapides et si radicaux que le milieu ne peut s'en remettre complètement. La brochure Intervenir dans les terres humides fournit aux propriétaires fonciers les informations de base pour réduire l'effet de leurs actions sur les terres humides avoisinantes.
Facteurs directs de stress
Les espèces envahissantes et les travaux pour draguer, remplir ou drainer les terres humides constituent des atteintes directes. Habituellement produites par les humains et très visibles, elles peuvent entraîner des changements rapides dans le milieu.

Sur les rives des Grands Lacs, les terres humides sont souvent situées aux embouchures des rivières, dans des sites protégés propices à des installations portuaires. Traditionnellement, ces secteurs ont donc été dragués pour permettre l'entrée sécuritaire des bateaux. Creuser le fond et retirer les sédiments met cependant les habitats en péril. De même, l'assèchement et le remblayage de secteurs marécageux pour favoriser le développement urbain et agricole font perdre, chaque année, une bonne part des terres humides et de leurs fonctions.
Les plantes envahissantes se reproduisent si facilement dans le milieu où elles s'établissent qu'elles finissent par y déloger les espèces indigènes. La salicaire pourpre et la myriophylle en épi sont deux des espèces les plus communes qui envahissent les sols humides. Les poissons et d'autres animaux agressifs peuvent aussi causer des problèmes. La carpe, introduite d'Europe, endommage les écosystèmes en déracinant les plantes submergées à travers lesquelles elle se nourrit et se reproduit, augmentant ainsi la turbidité de l'eau et empêchant la lumière nécessaire à la croissance des plantes de pénétrer.
Facteurs indirects de stress
Les agressions indirectes sont souvent moins prononcées et leurs effets sur les fonctions des terres humides ainsi que sur les populations végétales se remarquent à plus long terme. Il est généralement difficile d'identifier la source exacte de ces atteintes.
À cause des pratiques agricoles, des industries et des stations d'épuration des eaux d'égout, les eaux de ruissellement charrient davantage de nutriments, de sédiments et de produits toxiques dans les terres humides en aval. Les sources de contamination s'additionnant, il devient difficile de remédier au problème. Heureusement, les terres humides sont capables d'absorber un peu de nutriments et de produits toxiques grâce à l'assimilation par les plantes et à l'interaction entre l'eau en mouvement et les microbes actifs dans le sol. Ces organismes minuscules réussissent en effet à transformer et à dégrader des nutriments et quelques produits toxiques.
Régulariser le niveau d'eau de tout un lac, comme c'est le cas pour le lac Supérieur et encore davantage pour le lac Ontario, constitue un autre facteur indirect de stress. La régularisation vise à maintenir l'eau des Grands Lacs à des niveaux appropriés à la navigation, au transport, à la production hydroélectrique et aux activités des propriétaires riverains. La variabilité naturelle des niveaux d'eau à laquelle les terres humides riveraines se sont adaptées au fil des ans se trouve ainsi diminuée. L'alternance de hauts et de bas niveaux d'eau favorise souvent un peuplement végétal plus varié; maintenir le niveau constant produit, au contraire, des systèmes aquatiques peu diversifiés en éliminant les espèces qui tirent avantage d'une telle variation périodique.
Types d'habitat et espèces protégées
Une grande variété d'habitats humides et des espèces qui y vivent sont protégées dans le bassin des Grands Lacs au moyen d'initiatives de conservation réalisées en partenariat, notamment dans le contexte du Plan d'action en matière de conservation des terres humides des Grands Lacs (GLWCAP) et du Plan conjoint des habitats de l'Est. Les activités de protection visent les cinq grands types de terre humide d'eau douce : marais, marécage, tourbière haute, tourbière basse et zone d'eau de surface peu profonde. Le tableau qui suit donne des exemples, pour chaque type, de lieux préservés et d'espèces protégées qui y vivent.
Pour plus de renseignements sur certaines des espèces énumérées (et beaucoup d'autres espèces trouvées au Canada), consulter les sources suivantes du Service canadien de la faune :
Marais
Types D'habitat Humide
Terres humides inondées périodiquement ou continuellement par des eaux stagnantes ou à faible courant. Les marais sont riches en éléments nutritifs et présentent une végétation émergente composée de roseaux, de joncs, de quenouilles et de carex. L'eau reste dans la zone d'enracinement de ces plantes pendant presque toute la saison de végétation. Les marais sont les habitats humides les plus productifs.
Lieux Préservés
Marais de Long Point *
Baie Matchedash *
Rivière Sainte-ClaireT
Rivière DétroitT
Marais Dunnville * T
Tourbière Wainfleet *
Rivière NiagaraT
Secteur riverain de TorontoT
Marais Second d'Oshawa T
Port de Hamilton T
Baie de QuinteT
Baie Rondeau *T
Baie Big Sandy *
Ruisseau Hoasic *
Marais Pigeon *
Terres humides et dunes de Port Franks *
Marais Riley *
Espèces Protégées
Pygargue à tête blanche, sterne de Forster, pie-grièche migratrice, paruline orangée, buse à épaulettes, grue du Canada, pélican blanc, petite musaraigne, couleuvre à nez plat, couleuvre fauve, couleuvre royale, tortue à carapace molle, tortue ponctuée, crapaud de Fowler, sébaste à dos épineux, lépisosté tacheté
Marécages
Types D'habitat Humide
Les marécages sont dominés par des arbustes ou des arbres. Ils peuvent être inondés en saison ou pendant de longues périodes. Les marécages sont riches en éléments nutritifs et productifs. La végétation peut être composée de conifères ou d'essences à feuilles caduques ou, encore, de hauts fourrés. Les marécages sont courants dans les régions tempérées du Canada.
Lieux Préservés

Forêt marécageuse de North*
Tourbière du long marécage de Brockville *
Marécage Minesing *
Marécage Oxley Poison *
Lac de boue Westplain *
Ruisseau Hoasic (RN provinciale DuPont) *
Espèces Protégées
Ginseng à cinq folioles, micocoulier rabougri, habénaire blanchâtre, petit butor, pie-grièche migratrice, buse à épaulettes, tortue de Blanding, tortue ponctuée
Tourbières Hautes
Types D'habitat Humide
Les tourbières dites hautes ou oligotrophes sont des terres humides recouvertes de tourbe dans lesquelles la végétation révèle la présence d'une nappe phréatique élevée et une carence générale en éléments nutritifs. En raison du drainage médiocre et du pourrissement du matériel végétal, les eaux de surface sont fortement acides. Même si la sphaigne et les éricacées y sont dominantes, on y trouve aussi des arbres. Plus courantes dans le nord de l'Ontario et rares dans le sud, les tourbières hautes sont les terres humides les moins productives.
Lieux Préservés

Tourbière Wainfleet*
Tourbière du lac Fairlan
Espèces Protégées
Bartonie de Virginie, faux lysimaque à fruits, millepertuis de Virginie, chêne des marais, bident couronné, carex de Swan, jonc épars, linaire du Canada, glycérie obtuse de Torrey, lin de Virginie, paruline polyglotte, opossum d'Amérique, couleuvre obscure, massasauga, tortue ponctuée, crapaud de Fowler
Tourbières Basses
Types D'habitat Humide
Terres humides caractérisées par une nappe phréatique élevée et un drainage interne lent, qui se fait par suintement à faibles gradients. Les eaux de surface peuvent être acides ou alcalines. Les tourbières basses, ou minérotrophes, sont plus riches en éléments nutritifs que les tourbières hautes et, par conséquent, plus productives. Même si le carex y est dominant, on peut y trouver des arbustes et des arbres. Comme les tourbières hautes, les tourbières basses sont plus courantes dans le nord.
Lieux Préservés
Tourbière du long marécage de Brockville *
Lac de boue Westplain *
Terres humides du Bassin Alliston *
Espèces Protégées
Carex joli, habénaire blanchâtre, utriculaire à scapes géminés, épervier de Cooper, tortue de Blanding, tortue ponctuée, courte-queue olive
Eaux De Surface Peu Profondes
Types D'habitat Humide
Ces terres humides englobent les étangs, les mares ainsi que les eaux en bordure des rivières et des lacs. Elles sont en général relativement limitées, avec eaux stagnantes ou en mouvement, et correspondent habituellement à la zone de transition entre un marécage et un lac ou, encore, à une zone envahie par les eaux au printemps.
Lieux Préservés
Terres humides du bassin Alliston *
Espèces Protégées
Ginseng à cinq folioles, élyme des rivages
* lieu préservé
T lieu remis en état
Définitions
Terre Humide
Terre recouverte d'eau peu profonde pendant une partie de l'année ou en permanence, y compris une terre où la nappe phréatique se situe à la surface ou près de la surface du sol. L'eau abondante entraîne la formation de sols hydriques et favorise la prédominance de plantes hygrophytes ou qui tolèrent l'eau. Les cinq principaux types de terre humide sont : les marais, les marécages, les tourbières hautes ou oligotrophes, les tourbières basses ou minérotrophes et les zones d'eau de surface peu profonde.
Terre Humide Naturelle
Terre humide où domine le biote indigène dans un système biophysique qui s'est développé avec un minimum d'intervention humaine.
Terre Humide Perturbée
Terre humide dont les fonctions ont été modifiées, directement ou indirectement, par des forces extérieures humaines ou naturelles.
Terre Humide Améliorée
Terre humide où une activité prévue par l'homme s'attaque aux stress ou aux limitations imposés à une ou à plusieurs fonctions ou valeurs.
Remise En État D'une Terre Humide
Amélioration des fonctions ou des valeurs d'une terre humide dégradée.
Rétablissement D'une Terre Humide
Modification de la fonction et de la structure d'un habitat humide pour le ramener à son état passé.
Création D'une Terre Humide
Transformation d'un milieu sec ou d'une zone d'eau peu profonde éphémère en un milieu humide permanent.
*Définitions inspirées du Wetland Restoration Guide.
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