L'incendie à la sous-station sud de la Sysco a débuté le 25 mai 1994, vers 20 h 15. Six transformateurs à askarel (BPC) étaient en service sur les lieux de l'incendie. On trouvera ci-dessous un énoncé chronologique des mesures adoptées par les diverses agences appelées à participer aux opérations.
Sysco
Plusieurs personnes ont soit observé de visu le début de l'incendie, soit remarqué ses effets sous forme de panne de courant : des employés de chemin de fer qui manoeuvraient des wagons sur une voie adjacente et un superviseur de Sysco qui passait par hasard par le chemin Victoria ont remarqué le feu, tandis qu'un autre superviseur de Sysco, en poste à l'usine de finition, a remarqué la panne de courant.
Le premier appel est venu du superviseur de l'usine de finition, qui a communiqué avec la barrière pour signaler la panne provoquée par le début d'incendie. La barrière a appelé le Service des incendies de Sydney à 20 h 22.


Lorsque le superviseur de l'entretien de Sysco s'est aperçu que le feu faisait rage dans la sous-station sud, il a immédiatement vérifié la présence de BPC dans le bâtiment et en a avisé les pompiers sur les lieux. Les pompiers ont d'abord envisagé l'évacuation des quartiers sous le vent de l'incendie : à ce moment, le ciel était très couvert, avec des nuages bas, une pluie légère et un vent du nord.
Vers 21 h 30, Sysco avait mis en place un centre d'opération dans le bâtiment d'administration; un groupe de gestion a ainsi pu communiquer avec les opérations sur le terrain tout au long de l'incendie.
Ville de Sydney
Le Service des incendies de Sydney est arrivé à l'usine vers 20 h 30; il lui a toutefois été impossible de commencer à lutter contre les flammes, la sous-station étant toujours alimentée en électricité. Trois lignes sous tension étaient encore reliées à la sous-station. Il a fallu environ une heure aux représentants de Nova Scotia Power Inc. et de Sysco pour s'assurer que les trois lignes étaient hors circuit et sécuritaires; ce temps a été nécessaire à cause de la distance entre les différents postes de sectionnement. Les représentants de Nova Scotia Power, dépêchés de la sous-station de Victoria Junction, sont arrivés à l'usine à environ 21 h 25. Après une contre-vérification des connexions électriques vers 21 h 30, les pompiers ont commencé à combattre l'incendie.
Aux environs de 20 h 55, le Service des incendies a reçu la confirmation que la sous-station contenait des BPC; les responsables ont alors envisagé une évacuation des quartiers sous le vent du sinistre. Après consultation avec le Centre canadien d'urgence transport (CANUTEC), on a décidé d'aller de l'avant avec l'évacuation. L'opération a débuté vers 22 h 30, après qu'on ait pris des mesures pour héberger les personnes évacuées.
Les représentants des services de police et d'incendie ont procédé à une opération porte à porte pour aviser les résidents. Quelque 500 personnes ont été évacuées d'un secteur long de 800 m sous le vent de l'incendie. De nombreuses personnes ont refusé de quitter leur foyer, tandis que d'autres se sont rendues directement aux domiciles de parents ou d'amis, ce qui a compliqué les processus d'inscription et de demandes de renseignements au centre d'accueil. Plusieurs organismes civils ont collaboré aux opérations du centre d'accueil, notamment l'Ambulance Saint-Jean et l'Armée du salut.
Les flammes ont été maîtrisées peu après minuit, le 26 mai 1994. Une inspection visuelle de l'état des transformateurs n'a révélé aucune fissure et aucun déversement ou fuite de BPC. Les policiers et les pompiers ont quitté les lieux vers 0 h 30, le 26 mai 1994. Les habitants évacués ont été autorisés à rentrer chez eux deux heures plus tard, vers 2 h 30.
L'évacuation des résidents avait été entreprise sans que soit activé le Système d'alerte prévu dans le plan d'urgence de Sydney. Mis au courant de l'incendie à 22 h 14 par un appel à son domicile d'un conseiller municipal qu'on évacuait, le directeur municipal s'est immédiatement rendu au Centre des opérations d'urgence, à l'hôtel de ville, où il a réuni son personnel de gestion des urgences. Il a aussi demandé à un policier d'agir à titre d'agent d'information. L'envergure du secteur évacué a été circonscrite et les médias ont été informés.
Tous les membres du Centre des opérations d'urgence étaient en poste à environ 23 h. À ce moment-là, l'incendie était sous contrôle, les mesures d'intervention étaient bien coordonnées et l'évacuation était en cours. Dans ces circonstances, le Centre a pris les décisions suivantes : 1) ne pas activer la salle des opérations d'urgence; 2) ne pas désigner de gestionnaire du lieu de l'accident; 3) ne pas déclarer d'état d'urgence locale.
Le maire et le directeur municipal ont organisé une séance d'information pour les médias dans la salle du Conseil de ville. Les chefs des services de police et d'incendie étaient aussi sur place pour répondre aux questions.
Après que la sécurité des lieux ait été confirmée, peu après 0 h 15, le 26 mai, les employés d'intervention de la ville ont été graduellement autorisés à rentrer chez eux. Tous les membres de l'équipe d'intervention d'urgence sur les lieux ont été avisés de se rendre à l'hôpital pour surveillance et examen médicaux. Après consultation avec les divers intervenants, les résidents ont été autorisés à rentrer chez eux à environ 2 h 30, le 26 mai. À noter : les représentants des services de santé n'avaient pas encore été consultés.
Le 26 mai, le personnel de la ville de Sydney a participé à deux séances de compte rendu : la première, à 14 h, rassemblait le personnel d'intervention; la deuxième, à 15 h, le personnel du centre de contrôle. La principale préoccupation découlant de ces réunions a été que le Système d'alerte n'ait pas été déclenché conformément aux procédures établies; pour cette raison, la gestion de la crise n'a pas été aussi efficace qu'elle aurait pu l'être, malgré que le contrôle du théâtre des opérations ait été efficient, efficace et bien coordonné.
Au nombre des besoins soulevés à la suite de l'incident, mentionnons celui de former les employés pour les opérations d'urgence et celui de procéder à des exercices sur le plan d'urgence de la ville. Le besoin d'évacuer le personnel de Sysco qui travaillait sous le vent du brasier a aussi été évoqué.
Organismes gouvernementaux de Nouvelle-Écosse/Environnement Canada
La Emergency Measures Organization (EMO) de la Nouvelle-Écosse a été avisée par le Service des incendies à 21 h. L'EMO a transmis l'information à un agent du ministère de l'Environnement de la province, qui est arrivé sur les lieux à 21 h 30. On a aussi demandé conseil à CANUTEC sur la situation. Les procédures normales, décrites par CANUTEC, recommandent d'évacuer les résidents dans un rayon de 800 m de l'incendie. Donnant suite à cette information, le Service des incendies a demandé à la police d'entamer une évacuation des quartiers de Whitney Pier sous le vent de l'incendie, soit des rues situées entre le chemin Victoria, la rue Railroad et la rue Ferry.
À noter : CANUTEC a appelé le Centre d'opérations de la Garde côtière canadienne vers 22 h 25 pour lui signaler l'incident, tel que prévu par ses procédures normales. À son tour, vers 22 h 30, le Centre d'opérations de la Garde côtière a avisé le bureau de Halifax du ministère de l'Environnement de la Nouvelle-Écosse (MDENE) et Environnement Canada (EC). Tout au long de l'opération, il y a eu des communications entre le personnel d'urgence de Halifax et celui de Sydney. Le chef des pompiers a ensuite transmis à Environnement Canada les données techniques sur les transformateurs affectés.
À noter : la filière normale de compte rendu n'a pas été suivie au cours de cet accident.
Le représentant du ministère du Travail de la Nouvelle-Écosse a été informé de l'incendie par la radio. Il a communiqué avec Sysco à 21 h 30. Le lendemain, il est allé inspecter les lieux.


Les représentants du MDENE et ceux de Sysco se sont réunis au matin du 26 mai pour examiner les transformateurs. Une inspection visuelle a alors révélé que le contenu de quelques-uns des transformateurs s'était peut-être écoulé. Vers la fin de la journée, des représentants de Sysco ont ouvert les transformateurs et estimé que 180 litres de liquide contaminé avaient fui (un transformateur vide et un autre à demi-plein). Diverses hypothèses ont été formulées pour estimer la pire éventualité de déversement, qui a été fixée à 224 litres de produit au maximum. La quantité exacte du déversement ne sera cependant jamais connue.
Le 26 mai 1994, les ministères de l'Environnement du Canada et de la Nouvelle-Écosse ont tenu des discussions pour déterminer lequel prendrait la direction des activités : Environnement Canada, à qui incombe, en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (LCPE), le contrôle des transformateurs en service; ou le ministère provincial, à qui incombe la responsabilité des accidents de pollution terrestre. Il a été convenu que le MDENE prendrait la tête des activités et qu'EC, par l'entremise de sa Section des urgences environnementales, fournirait son expertise en matière d'échantillonnage et d'analyse.
Le 27 mai 1994, des représentants d'Environnement Canada ont eu une réunion avec les employés du MDENE à Sydney pour formuler le programme d'échantillonnage de surface, des réserves d'eau potable, des sols et de l'atmosphère. En tout, 31 échantillons ont été analysés pour y déceler la présence de BPC, et 23 autres pour évaluer leur teneur en dioxines et en furannes. De ces 54 échantillons, trois seulement ont excédé les limites prévues pour la dioxine; il s'agissait d'échantillons de surface prélevés à l'intérieur de l'armoire des transformateurs. Le programme d'échantillonnage a aussi pu profiter des données sur la qualité de l'air fournies par les postes de détection du Réseau national de surveillance de la pollution atmosphérique (RNSPA) et du Projet des étangs bitumineux, tous deux situés sous le vent durant l'incendie.


Plusieurs résidents des quartiers résidentiels sous le vent durant l'incendie ont aussi fait tester le sol de leurs propriétés; en tout, dix autres échantillons de sol et de rhubarbe ont été prélevés dans ces secteurs. Aucun BPC n'a été décelé dans ces échantillons; les propriétaires concernés en ont été avisés, mais l'information n'a pas été rendue publique.
Une campagne d'information publique porte à porte a été mise en oeuvre pour informer les résidents affectés par l'évacuation, sous la forme d'un document questions-réponses qui incluait les résultats de l'échantillonnage. À la suite de cette campagne, le MDENE a dû répondre aux préoccupations spécifiques d'une quinzaine de résidents.
Environnement Canada a communiqué directement au MDENE les résultats de l'échantillonnage; ce dernier ministère les a transmis aux autres organismes et au grand public.
Le médecin hygiéniste provincial s'est rendu à Sydney le 27 mai pour informer les résidents et les médias des risques associés à l'accident. Ses observations étaient basées sur le pire scénario, soit le déversement de tous les BPC. Il a qualifié de faibles les risques entraînés par l'incendie.
On a établi que les employés de Sysco et de la ville de Sydney qui étaient intervenus durant l'accident étaient les plus à risque de contamination. On a rencontré ces groupes à la faveur de réunions distinctes les 11 et 12 juin 1994.
Un représentant du ministère du Travail a visité les lieux de l'incendie le 26 mai 1994. L'accès au bâtiment avait été interdit, sauf aux personnes munies de vêtements protecteurs.
Le ministère du Travail a aussi discuté des mesures de décontamination des vêtements et de l'équipement avec les dirigeants des services de police et d'incendie. Les 11 et 12 juin 1994, il a aussi rencontré les travailleurs de Sysco et le personnel des services de police et d'incendie pour connaître leurs préoccupations.
Recommandations
Chaque organisme engagé a formulé des recommandations sur le processus d'intervention dans ce genre de circonstances à l'avenir. Sans présenter une liste exhaustive de ces recommandations, soulignons-en les principales ci-dessous.
- Chaque organisme d'intervention devrait désigner et faire connaître le plus tôt possible une personne autour de laquelle graviteront les renseignements techniques durant un accident.
- Toutes les communications et les activités durant une urgence devront être consignées.
- Le rapport initial sur l'accident a été lent à atteindre le système de rapport à guichet unique du Centre des opérations de la Garde côtière canadienne (1-800-565-1633). Dès le début de l'incident, une certaine confusion sur la question des dommages causés par l'incendie aux transformateurs et à leur contenu a retardé d'une journée l'inspection de ces appareils par des spécialistes en vêtements de protection et l'échantillonnage sur le terrain; cette confusion a aussi conduit les responsables à négliger d'obtenir des informations techniques utiles (prévisions météo, modèles de trajectoires, etc.) au moment où des décisions majeures ont été prises.
- Comme par le passé, le concept d'ERIU devrait être utilisé pour coordonner les activités des organismes de commande et de soutien. Les principaux organismes de soutien pourraient organiser une réunion ou une conférence téléphonique et des rapports de situation devraient être rédigés et distribués au moins une fois par jour pour faire circuler l'information et pour planifier les activités de la journée. Cette approche est applicable au niveau des politiques comme à celui des opérations.
- Un certain nombre d'organismes ont des responsabilités devant la loi en cas de rejet de produits chimiques; il faut donc s'entendre sur un mécanisme de coordination des activités d'exécution de la loi. L'organisme directeur devra assumer le leadership à cet égard.
- Le contrôle et la sécurité sur les lieux auraient pu être meilleurs. Ainsi, après l'extinction des flammes, un certain nombre de personnes ont travaillé autour du bâtiment sans vêtements de protection. À ce moment, les résultats de l'échantillonnage étaient inconnus et ces gens auraient pu être exposés à la contamination.
- Une divulgation complète des informations, une fois qu'elles ont été vérifiées et confirmées à l'interne, est l'approche privilégiée.
- Sysco devrait tenir un inventaire complet des substances dangereuses ou des produits chimiques qu'elle garde sur ses propriétés et dans ses usines, et fournir cet inventaire à tous les organismes gouvernementaux désignés (Travail, Environnement, services de police et d'incendie, etc.).
- Les représentants des services de police et d'incendie devraient inspecter l'usine une fois par an pour se familiariser avec son fonctionnement.
- Tous les employés de Sysco impliqués dans des accidents, des incendies et des déversements devraient avoir reçu une formation adéquate en utilisation d'équipement de protection personnel.
- La Sydney Steel Corporation désignera des représentants pour agir à titre de coordonnateurs d'urgence entre les services de l'usine et les organismes de l'extérieur.
- Un plan sera mis en oeuvre pour limiter l'accès à l'usine et au lieu de l'accident par le personnel non autorisé.
- Sysco fournira un centre d'opérations dans son bâtiment principal.
- Le MDENE rassemblera et tiendra à jour une liste de documents de référence et de spécialistes sur les produits. Des employés sur le terrain et du personnel en disponibilité seront formés à les localiser.
- Dans tous les cas où une évacuation est recommandée, le personnel du MDENE veillera à ce que le Plan d'urgence municipal soit appliqué et à ce que des représentants du Service de santé aient leur mot à dire quand viendra le temps de décider d'évacuer des résidents et de les autoriser à rentrer chez eux. Une fois l'ordre d'évacuation déclaré dans un accident mettant en cause des substances dangereuses, les résidents ne devront être autorisés à rentrer au foyer qu'une fois que la zone touchée aura été déclarée sécuritaire, soit après les activités d'échantillonnage et d'analyse appropriées.
- Le MDENE créera une formule standard de consignation des communications et tous les employés seront formés à l'importance de son utilisation.
- Le MDENE rappellera à tous les organismes d'intervention municipaux l'importance de signaler les déversements accidentels et les avantages d'une structure de rapport à guichet unique.
- Les employés du MDENE et des organismes municipaux recevront une formation additionnelle sur les rôles et les responsabilités de toutes les organisations d'intervention. d'urgence.
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