Canning, Nouvelle-Écosse

(Extraits de RESPONSE AND ENVIRONMENTAL MONITORING DURING THE CANNING PESTICIDE WAREHOUSE FIRE, R. Percy, W. Ernst; H. Samant, P. Hennigar, L.Trip, Environnement Canada et F. Potter, ministère de l'Environnement de la Nouvelle-Écosse.

Aux premières heures du 31 mai 1986, un feu a pris naissance dans l'entrepôt de pesticide de la Maple Leaf Farm Supplies Limited situé sur la rue principale (Main Street), à Canning, en Nouvelle­Écosse. Le bâtiment abritait des produits agricoles variés et nombreux, y compris des pesticides, des herbicides, des fumigants et des engrais, ainsi que des graines de semences, des semences et des pommes de terre de consommation, des bouteilles de propane et différentes machines agricoles.

Quelque 1,2 million de litres d'eau ont été utilisés lors des opérations de lutte contre l'incendie; la majeure partie de ces eaux contaminées se sont écoulées hors du site et ont ruisselé sur les terrains résidentiels adjacents pour se retrouver dans l'étang d'une exploitation agricole d'où elles ont fini par gagner, via des fossés de drainage et des collecteurs d'eau pluviale, la rivière Habitant.

Ces eaux ont détruit sur leur passage la végétation et un grand nombre de vers de terre; des poissons et des invertébrés sont morts dans l'étang d'un agriculteur local et en aval, dans la rivière Habitant.

Lors du nettoyage, on a creusé une tranchée pour intercepter les eaux de ruissellement contaminées et l'eau de lavage, mais après que la majeure partie de l'eau employée pour l'extinction se soit écoulée hors du site. À peu près 100 00 litres d'eau ont été traités avant d'être évacués à l'aide d'un procédé de filtration sur membrane, appelé osmose inverse, qui élimine les contaminants.

Photo aérienne où on indique les principales voies d'écoulement de l'eau à partir du lieu de l'incendie

Schéma d'écoulement principal de l'eau hors du site de l'incendie.

Plusieurs heures après la découverte de l'incendie, les autorités municipales et les responsables du service local de police et d'incendie ont commencé à évacuer la population du village de Canning; les résidents qui habitaient tout près du site de l'incendie n'ont pu réintégrer leurs foyers que six jours plus tard. Une équipe multidisciplinaire d'intervention d'urgence et de nettoyage s'est mise immédiatement à l'oeuvre.

Le site du déversement
Canning est une petite collectivité rurale d'environ 750 habitants située dans le comté de Kings, dans une vallée à vocation surtout agricole, la vallée de l'Annapolis, en Nouvelle­Écosse. Le village se trouve à une dizaine de kilomètres de Kentville, ville du comté où se trouve le quartier général désigné d'intervention en cas de déversement. La rue principale (Main Street) longe la rivière Habitant qui court sur 1,5 km pour se jeter dans un aboiteau, à son point de confluence avec le bassin Minas.

Situé sur une colline faisant face à la rue principale, l'entrepôt de la Maple Leaf Farm Supplies Limited était un bâtiment à parement métallique érigé sur une dalle de béton. Les pesticides étaient entreposés dans divers types de contenants en métal, en plastique et en papier. Le bâtiment abritait également un grand nombre de bouteilles de propane ainsi que deux bouteilles de bromométhane, le contenu de ces dernières ne s'étant pas répandu lors de l'incendie. Un point de vente au détail de divers produits agricoles situé non loin n'a pas été endommagé par le feu. Les registres des stocks de l'entrepôt étaient conservés dans ce dernier et n'ont donc pas été détruits dans l'incendie.

Activités d'intervention, de confinement et de nettoyage
Le service d'incendie local, composé de pompiers volontaires, a répondu à l'appel à 2 h du matin, le 31 mai 1996; après avoir évalué la situation, le chef du service d'incendie a demandé et reçu l'aide d'autres services constitués de volontaires, en vertu d'un plan d'aide mutuelle. Il a également communiqué avec le bureau du CANUTEC de Transports Canada pour obtenir des renseignements sur les dangers potentiels des produits soupçonnés d'être entreposés dans le bâtiment en feu.

Les autorités de la municipalité et du comté de Kings ont rapidement reçu l'information nécessaire et ont déclenché l'application du Plan d'intervention d'urgence du comté qui, fort heureusement, avait fait l'objet d'essais approfondis seulement quelques jours avant l'incendie. Dès 3 h du matin, les pompiers et des agents de la GRC avaient commencé à évacuer les résidents de la localité. Une résidence pour personnes âgées était située très près des lieux de l'incendie. Une fois l'évacuation terminée, seuls les membres de l'équipe d'intervention ont eu accès au site.

À 3 h 19, le CANUTEC transmettait l'information demandée au Centre de circulation de la Garde côtière canadienne qui, à son tour, informait le ministère de l'Environnement de la Nouvelle­Écosse (MDENE) et Environnement Canada (EC) et, par la suite, les autres organismes intéressés. Des représentants des organismes de protection de l'environnement étaient sur place à 5 h 30, le matin du 31 mai 1986.

Vingt­trois pompiers et agents de police ainsi qu'un résident de la localité ont été transportés à l'hôpital en raison d'une exposition possible à des vapeurs de produits chimiques et ont par la suite obtenu leur congé.

Tel que mentionné précédemment, plus de 1,2 million de litres d'eau ont été employés pour combattre l'incendie; de la mousse a également été utilisée, mais beaucoup plus tard; les eaux contaminées se sont écoulées hors du site même, ruisselant sur les terrains adjacents. Une tranchée a été creusée pour capter l'eau s'écoulant du foyer d'incendie.

Le Commissaire des incendies de la N.­É et la GRC ont entrepris une enquête poussée sur la cause de l'incendie, car il y avait eu un certain nombre d'incendies d'origine suspecte dans la vallée de l'Annapolis au cours des semaines et des mois précédents. Le site est resté sous le contrôle du Commissaire des incendies pendant cinq jours, ce qui n'a toutefois pas empêché les activités de surveillance et de nettoyage de se dérouler.

Les organismes de protection de l'environnement ont travaillé en étroite collaboration avec le propriétaire de l'entrepôt pour dresser une liste détaillée et à jour des produits stockés dans le bâtiment et avec les fabricants des produits pour établir les méthodes les plus sûres et les plus appropriées de confinement, de neutralisation et de nettoyage.

Les équipes d'intervention évaluent les dommages causés par le feu

Les équipes d'intervention des fabricants de pesticides se sont rendues sur place pour donner des conseils techniques et récupérer des produits identifiables à des fins d'élimination ou de réemploi.

Intervenant (matières dangereuses) prélèvant des échantillons

Environnement Canada a prélevé des échantillons dans l’environnement et a demandé à plusieurs laboratoires de se tenir prêts à analyser en priorité les échantillons.

Le Service de santé de Fundy du ministère de la Santé de la province a immédiatement interdit toute utilisation de l'eau provenant du réseau municipal d'aqueduc jusqu'à ce que la qualité de l'eau potable ait été confirmée par des essais le 5 juin. Un avis concernant cinq puits privés de la région est toutefois resté en vigueur après cette date. Le ministère de la Santé a également coordonné un programme de prélèvement et d'analyse d'échantillons de sang et d'urine (acétylcholinestérase, fonction hépatique et rénale) à l'intention des membres des équipes d'intervention et d'autres personnes ayant pu être exposés à des produits chimiques. Les résultats de ces nombreuses analyses n'ont révélé aucune anomalie. Par prudence, on a ramassé le lait des troupeaux laitiers locaux à des fins d'analyses des résidus de pesticides, et le bétail de la région immédiate a été soumis à des analyses sanguines et placé sous observation vétérinaire.

Photo d'un mélange d'eau et de produits chimiques sur le plancher de l'entrepôt

« Soupe chimique »


Le 3 juin 1986, le MDENE passait un arrêté ministériel exigeant que le pollueur nettoie complètement le site. Le propriétaire de l'entrepôt n'était pas en mesure de financer lui­même une opération de cette envergure. Après que la province se soit prévalue des dispositions de la Good Samaritan Act (loi du bon samaritain), l'Association canadienne des produits chimiques agricoles (maintenant connue sous le nom d'Institut canadien pour la protection des cultures) a accepté, au nom de l'industrie, de financer l'opération de nettoyage et l'élimination définitive des débris contaminés du bâtiment et de la « soupe chimique » résiduelle. Environnement Canada a contribué aux efforts de nettoyage en fournissant une unité mobile d'osmose inverse pour traiter l'eau contaminée.

Les débris ont été triés; les matériaux de construction non contaminés ont été éliminés dans la décharge locale, tandis que les résidus de pesticides, les débris contaminés et les vieux filtres de l'unité d'osmose inverse ont été placés dans des barils et éliminés dans un site approuvé d'élimination des déchets dangereux situé à l'extérieur de la province.

Pendant toute la durée de l'incident, des points de presse ont été présentés régulièrement et les médias ont été autorisés à se rendre sur place, sous surveillance, pour y prendre des photos. On a organisé des réunions à l'intention des résidents touchés pour leur donner des renseignements détaillés sur la nature des produits chimiques déversés et sur les incidences possibles sur la santé et sur l'environnement ainsi que pour leur permettre de faire connaître les inquiétudes qu'ils pourraient nourrir au sujet de l'évacuation, de l'intervention d'urgence et des activités de nettoyage.

L'ordre d'évacuation pour les résidents du voisinage immédiat de l'incendie n'a été levé que pendant la soirée du 6 juin 1986; les personnes les plus directement touchées avaient pu auparavant interroger les responsables de la protection de l'environnement et de la santé sur les constatations des études menées.

Traitement des eaux et des débris contaminés
Les fabricants/fournisseurs de pesticides dont les produits se trouvaient dans l'entrepôt de la Maple Leaf Farm Supplies Limited au moment de l'incendie (Chipman Chemicals, Union Carbide, Dupont Chemicals, Velsicol Canada, BASF, Ciba­Geigi et Hoechst Canada Inc.) ont répondu rapidement aux demandes de renseignements détaillés et de directives pour le nettoyage de leurs produits; ils ont également dépêché sur les lieux des représentants chargés de récupérer les produits pesticides identifiables à des fins de retraitement et d'élimination. Deux bouteilles intactes de bromométhane, un fumigant, ont pu être récupérées sur les lieux de l'incendie par le fournisseur. L'Union Carbide a récupéré 13 barils de résidus de Temik à Canning et les a expédiés le 4 juin 1986.

Une fois cette étape du nettoyage terminée, on a retenu les services d'un entrepreneur spécialisé dans les déchets dangereux, la Sanexen International, pour entreprendre le nettoyage du site de l'entrepôt. L'entreprise a utilisé un camion gros porteur de 40 pi comme centre des opérations de nettoyage. Les équipes de travailleurs ont porté des vêtements protecteurs pour se protéger des résidus de pesticides ainsi que des solutions de nettoyage caustiques. La structure de l'entrepôt a été démantelée, et les matériaux ainsi que les autres gros débris ont été décontaminés à l'aide d'un jet de fines gouttelettes de détergent et d'une solution faiblement caustique et temporairement entreposés sur une levée de terre chaulée adjacente au site de l'incendie. L'entreprise a séparé les débris contaminés des débris non contaminés; tous les gros matériaux non contaminés et décontaminés ont été éliminés dans une décharge locale. À titre documentaire, on a noté sur une carte à quel endroit de la décharge tous ces objets ont été déposés.

Tri des barils et enlèvement de ceux qui ne sont pas endommagés

Les récipients brisés et les produits chimiques répandus sur le sol ont été ramassés à la pelle et placés dans des barils d'acier étiquetés qui ont ensuite été scellés. Le liquide résiduel a été confiné et ensuite aspiré dans des barils ou traités au bicarbonate de soude et absorbés par des argiles. Ces résidus ont également été placés dans des barils et étiquetés.

Les équipes de nettoyage ont pu quitter définitivement Canning un mois après l'incendie, mais il a fallu attendre presque un an (mars 1987) pour que les déchets restés sur le site (50 barils de résidus de Manzate, 20 barils de résidus produits par l'unité d'osmose inverse, 111 barils de déchets provenant du nettoyage effectué par Sanexen) soient expédiés en Ontario pour y être traités et éliminés dans un lieu d'enfouissement sécuritaire de produits chimiques. Ce retard était attribuable à un manque d'espace et la société exploitant ce lieu d'enfouissement a dû obtenir l'autorisation d'accroître sa capacité de stockage et ensuite procéder à son aménagement.

Les activités de nettoyage du site ont produit environ 100 000 litres d'eau de ruissellement et d'eaux usées contaminées qui ont été recueillies dans une tranchée creusée au bas de la colline où était situé l'entrepôt. Ces eaux étaient périodiquement pompées dans un camion citerne pour permettre la décantation des substances particulaires, avant leur traitement et leur élimination. Le pompage des eaux de la tranchée a également contribué à décontaminer et à assécher le site de l'incendie. Une unité d'osmose inverse (un système de filtration mobile) appartenant à Environnement Canada a servi à traiter les eaux usées. Cette unité se compose d'une pompe d'alimentation, de deux préfiltres de 5-25 um, d'une pompe haute pression et de récipients sous pression où se trouvent les membranes d'osmose inverse. Cette unité a été sur place du 10 au 29 juin 1986. Combinée à des filtres à charbon actif, l'unité a réussi à éliminer 99 % des résidus de pesticides. Les concentrations présentes dans l'eau ont été ramenées en deçà des niveaux naturels avant que l'eau ne soit rejetée dans la rivière Habitant. On a utilisé de l'alun pour améliorer l'élimination des matières solides en suspension avant la filtration. Cette floculation avait également tendance à réduire sensiblement la concentration de certains pesticides dans la solution surnageante avant un traitement ultérieur; ainsi, les niveaux d'atrazine sont passés de 9 000 à 200 parties par milliards.

Le volume originel d'eaux usées mentionné ci­dessus a été ramené à quelque 4 000 litres de boues et de concentrat et à 400 litres de carbone usé. Ces matières ont été placées dans des barils et éliminées hors de la province avec les autres contaminants.