Le mercure en hausse chez les poissons du lac Érié?
À la suite de la mise en place de mesures réglementaires durant les années 1970, des études ont montré que la contamination par le mercure chez les poissons des Grands Lacs tendait à diminuer. Or, la tendance se renverse depuis les années 1990.
C’est ce qu’ont observé des scientifiques d’Environnement Canada grâce à l’analyse de données recueillies depuis 35 ans sur la contamination des poissons du lac Érié. Les concentrations de mercure auraient cessé de diminuer ou augmenteraient chez la plupart des espèces étudiées, comme le doré jaune, l’achigan à petite bouche, la perchaude et le bar blanc. Bien que les causes soient encore peu connues, les scientifiques soulèvent plusieurs hypothèses, dont les changements dans la chaîne alimentaire à la suite de l’introduction d’espèces exotiques envahissantes.
Le saviez-vous?
La bioaccumulation est le phénomène par lequel les concentrations de contaminants chez les organismes s’accroissent à mesure que l’on remonte la chaîne alimentaire. Ainsi, le mercure peut atteindre des concentrations dix fois plus élevées chez les prédateurs des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire en comparaison des concentrations mesurées dans l’eau. Pour plus de détails, consultez l’article sur le mercure dans la chaîne alimentaire.
La tendance à la baisse du mercure aurait commencé à ralentir à la suite de l’introduction des moules zébrées et des moules quagga ainsi que du gobie à taches noires dans les Grands Lacs à la fin des années 1980. Les moules ont la capacité de filtrer l’eau (environ 1 L/jour/moule) et, surtout, de concentrer plusieurs contaminants chimiques tels que le mercure.
Comme le gobie à taches noires est une espèce de poisson qui se nourrit de ces moules, le transfert du mercure dans la chaîne alimentaire se fait plus directement et le mercure peut s’accumuler. À son tour, le gobie est consommé par des prédateurs comme le doré jaune chez qui, d’ailleurs, on a mesuré les concentrations moyennes de mercure les plus élevées, soit 0,199 µg/g.
Malgré la présence de mercure dans la chair des poissons, la valeur nutritive du poisson à des fins de consommation humaine demeure excellente si l’on tient compte des avis en matière de consommation de poisson émis par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. En Ontario, les teneurs en mercure des poissons pour lesquelles des restrictions relatives au nombre de repas (entre zéro et huit par mois) s’appliquent sont d’au moins 0,26 µg/g pour les populations vulnérables (femmes enceintes et enfants) et de 0,61 µg/g pour la population en général (Guide de consommation du poisson gibier de l’Ontario – 2011-2012).
Référence : Azim, M.E., A. Kumarappah, S.P. Bhavsar, S.M. Backus et G. Arhonditsis. 2001. « Detection of the Spatiotemporal Trends of Mercury in Lake Erie Fish Communities: A Bayesian Approach(anglais seulement», Environ. Sci. Technol. 45(6) : 2217-2226.
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