Des scientifiques d’Environnement Canada ont les cyanobactéries à l’œil

Présentes partout dans le monde, les cyanobactéries existent depuis trois milliards d’années, parfois dans des conditions environnementales extrêmes. Elles sont microscopiques mais lorsqu’elles sont présentes en grande quantité, elles sont bien visibles à l’œil. Leur prolifération au pays et dans le monde constitue un problème grandissant dont les effets sur le milieu naturel sont encore méconnus.

En 2005, les lacs Saint-Louis et Saint-Pierre n’y ont pas échappé. Des scientifiques d’Environnement Canada ont observé la présence d’une cyanobactérie couvrant une superficie de plus de 25 km2 de ces grands lacs fluviaux du Saint-Laurent. Cette cyanobactérie (Lyngbya wollei) forme un tapis noir de filaments sur le fond du fleuve, parfois rejeté sur la rive lors de tempêtes. Sa présence souligne la nécessité d’évaluer les effets cumulatifs de l’enrichissement des eaux du Saint-Laurent par les tributaires agricoles et les rejets urbains.

Lac Saint-Pierre
Lac Saint-Pierre

Pour comprendre les facteurs qui entraînent le développement des cyanobactéries et leurs effets sur l’écosystème, une équipe de scientifiques d’Environnement Canada a été formée au sein de la section «Recherche sur les écosystèmes fluviaux» sous la gouverne d’Yves de Lafontaine, de la Direction des Sciences et de la technologie de l’eau. Elle est composée de Christiane Hudon (écologie), Christian Gagnon (chimie), François Gagné (écotoxicologie) et André Lajeunesse (chimie).

Menés en collaboration avec les ministères provinciaux et le milieu universitaire, les travaux de ce groupe de recherche permettront d’identifier et de mesurer les toxines produites par les cyanobactéries et leur persistance afin de mieux comprendre leurs effets sur l’écosystème. « La prolifération des Lyngbya wollei coïncide avec la disparition des plantes aquatiques, qui constituent l’habitat et la source d’alimentation de nombreuses espèces d’invertébrés et de poissons du Saint-Laurent », précise Christiane Hudon.

Ces travaux de recherche ont pour but de comprendre l’écotoxicité pour la faune aquatique. Pour y arriver, on utilise les biomarqueurs d’effet. « Des biomarqueurs, ce sont comme des tests sanguins où divers paramètres biochimiques sont mesurés pour caractériser l’état de santé d’un organisme et permettre de confirmer une problématique écotoxicologique de la présence de cyanobactéries dans l’environnement », spécifie François Gagné.

 « Nous tentons également d’identifier des espèces sentinelles aquatiques, c’est-à-dire des espèces sensibles aux cyanobactéries. Ces sentinelles sont des éclaireurs qui nous informent des effets toxiques dans la faune aquatique. »

 Les résultats permettront, selon les conditions environnementales, d’identifier les causes de la prolifération des cyanobactéries, d’en suivre la distribution, l’abondance et les teneurs en toxines afin d’anticiper l’effet cumulatif en interaction avec d’autres contaminants.

Cyanobactéries
Cyanobactéries Lyngbya
Cyanobactéries Lyngbya wollei
Cyanobactéries Lyngbya wollei