Discours

Notes d’allocution
de l’honorable Jim Prentice, C.P., C.R., député, ministre de l’Environnement
Adressées au
Conseil patronal de l’environnement du Québec 
Montréal (Québec) le 4 décembre 2009

Je suis toujours ravi de venir ici à Montréal. De plus, aujourd’hui, grâce à votre invitation, j’ai l’occasion de joindre l’utile à l’agréable. Cette journée est aussi le 100e anniversaire des Canadiens de Montréal.  J’aime les Canadiens mais je note aussi, mon père est le plus jeune joueur des Maple Leafs dans l’histoire.  Mais j’aime les Canadiens, absolument.

Une des nombreuses choses que j’ai constatées depuis que je suis ministre de l’Environnement, c’est que les affaires et l’économie sont toujours des priorités de premier plan.

Cela me fait chaud au cœur de rencontrer un groupe de gens d’affaires aussi diversifié que le vôtre, des gens qui partagent la même vision à l’égard de la durabilité de l’environnement. 

Comme tous les membres de votre organisation, je me suis engagé fermement à relever les nombreux défis environnementaux, notamment les changements climatiques et la durabilité de l’environnement, auxquels sont confrontés notre pays et les populations des nations.

Mais notre volonté de mettre en œuvre les mesures requises pour atteindre nos objectifs communs doit être mise en équilibre avec la réalité économique qui nous concerne.

En bout de ligne, la seule politique efficace en matière d’environnement sera une politique qui tient compte de la compétitivité de l’économie canadienne – et qui nous permettra de préserver les emplois des Canadiens et des Canadiennes – aujourd’hui et aussi pour les années à venir. 

En tant que chefs d’entreprise, vous avez une bonne idée des choix difficiles que vous aurez à faire. Soyons francs : il est difficile de dire aux gens ce qu’ils ne veulent surtout pas entendre. Par contre, vous savez très bien que vous le faites pour les bonnes raisons.

Dans exactement une semaine, je partirai pour Copenhague pour participer à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Les négociations s’annoncent difficiles pour le Canada, mais nous sommes bien préparés à ce qui nous s’annonce.

Le Canada comptera sur une équipe expérimentée. Pour ma part, j’ai plus de 25 ans d’expérience comme avocat spécialisé dans les négociations.  

Au cours des derniers mois, nous avons dû faire face à des critiques de plus en plus cinglantes et à d’énormes pressions. Nous avons écouté et nous respectons les opinions et les préoccupations de tous les intervenants, mais nous devons, à titre de dirigeants, prendre une position –qu’elle soit populaire ou non.  

Au cours des négociations – comme pour les autres tribunes –, nous devons avant tout agir dans le meilleur intérêt des Canadiens et des Canadiennes à long terme.

C’est-à-dire que nous devons protéger leurs emplois ET aussi l’environnement.

C’est pourquoi nous sommes déterminés à aligner nos politiques sur celles des États-Unis. Il s’agit d’une position constante à laquelle nous n’avons jamais dérivée. À l’arrivée de la conférence de Copenhague, le président Obama a annoncé que les États-Unis visaient des cibles provisoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre : une réduction de 17 p. 100 d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005. Compte tenu de l’intégration de nos deux économies, il est essentiel que nos cibles soient alignées – ni plus, ni moins.

Il s’agit d’une position entièrement fondée sur la réalité canadienne. 

En tant que chefs d’entreprise, vous connaissez cette réalité aussi bien que moi : notre économie est entièrement intégrée à celle des États-Unis, qui sont notre plus grand partenaire économique et notre plus grand marché.

De plus, le Canada joue un rôle majeur dans l’équation énergétique nord-américaine, tant à titre de fournisseur qu’à titre de partenaire. Nous ne sommes pas seulement le plus grand et l’unique fournisseur de pétrole, de gaz naturel, d’hydroélectricité et d’uranium du marché des États-Unis, nous sommes également un fournisseur indispensable pour les États enclavés du Nord des États-Unis.

Nous cogérons et copossédons des oléoducs et des réseaux électriques qui traversent la frontière. En tant que membre de la North American Electricity Reliability Corporation, nous devons en permanence maintenir une source fiable d’électricité au Canada et aux États-Unis.

Dans le cadre du Programme international de l’énergie de 1974, réaffirmé dans l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), nous nous sommes engagés à partager notre pétrole avec les États-Unis en cas de pénurie et d’insécurité énergétique d’urgence.

Notre indépendance sur les plans environnemental, économique et énergétique est une raison pour laquelle il est logique que tous les pays de l’Amérique du Nord contribuent à une cause commune et qu’ils mettent en œuvre des politiques alignées en matière de changements climatiques. Mais, il existe une autre raison de le faire – une raison très pratique.

Si nous en faisons plus que les États-Unis, nous subirons des conséquences économiques sans tirer de véritables avantages sur le plan environnemental –, des conséquences économiques qui pourraient nuire à notre capacité d’investir dans de nouvelles technologies propres ou d’autres solutions innovatrices pour lutter contre les changements climatiques.

Si nous en faisons moins, nous risquerons de faire face à de nouveaux obstacles sur le marché des États-Unis.

Bref, nous devons établir un système nord-américain efficace en matière de changements climatiques accompagné de politiques nationales alignées, cohérentes et libres de conflits. Il nous faut un système continental qui comporte des politiques et des règlements nationaux dont la valeur est égale et dont les effets sont semblables pour nous permettre de favoriser une concurrence équitable et de maintenir un libre-­échange dans le marché nord‑américain intégré.

Si nous voulons remettre l’économie canadienne sur des bases solides le plus rapidement possible, nous ne pouvons nous permettre d’échouer. Nous devons faire ce qui est nécessaire, avec les outils dont nous disposons. Aussi l’alignement de nos politiques en matière de changements climatiques sur celles des États-Unis est une étape importante dans l’avenir pour notre pays.

En raison de la diversité des pays participants – et de leur état variable de développement économique –, les négociations qui se dérouleront à Copenhague, au Danemark, s’annoncent ardues.

Il y a quelques semaines, j’ai fait partie d’un petit cercle de ministres de l’Environnement du monde entier, qui ont été invités par Connie Hedegaard, présidente du Sommet de la 15e Conférence des Parties, à se réunir pour une dernière fois avant la tenue de l’événement qui se déroulera sur deux semaines. Il s’agissait de la dernière réunion ministérielle tenue avant la conférence de Copenhague.

Nous avons eu un échange constructif et nous avons décidé que notre prochaine rencontre serait pour conclure un accord politique susceptible de donner un élan à l’élaboration d’un document de grande portée, précis et exhaustif en 2010.

Il y a eu beaucoup de confusion autour de la conférence de Copenhague. Cependant, notre politique est en fait très, très simple : nous voulons conclure un accord avec les grands émetteurs et aligner nos cibles et nos règlements sur ceux de notre partenaire, les Etats‑Unis, tout en établissant un système d’échanges pour le carbone.

Entendons-nous bien, nous comprenons parfaitement l’urgence des questions environnementales et je me fais un devoir de rencontrer régulièrement les entreprises canadiennes, les associations et les organisations non gouvernementales environnementales qui partagent ce désir d’aller de l’avant coûte que coûte.

Mais nous refusons de répéter les erreurs du passé.

Il est donc impératif que nous ne nous précipitions pas vers un accord uniquement pour dire que nous avons pris des mesures. Ce type d’événement international entraîne toujours un important battage médiatique qui, en grande partie, vise à forcer la main des participants.

Nous garderons notre calme. Nous croyons aux mesures que nous prenons à l’échelle nationale et continentale. De plus, le cadre de travail qui verra le jour à la suite de la conférence de Copenhague n’entrera pas en vigueur avant 2012 de toute façon, soit à l’expiration de la première phase du Protocole de Kyoto.

Mes amis, les Canadiennes et les Canadiens ont déjà pu constater, avec le Protocole de Kyoto, ce qui se passe lorsqu’un pays signe un accord sans tenir entièrement compte des conséquences. Contrairement aux gouvernements précédents, nous ne signerons pas un accord irréaliste que nous n’avons pas l’intention de mener à bien.

Nous avons tiré deux leçons simples, mais importantes de cette expérience antérieure.

La première est qu’un accord multilatéral efficace sur les changements climatiques requiert la participation de tous les grands émetteurs.

La seconde est que nous devons absolument faire ce que nous avons toujours dit que nous ferions, c’est-à-dire prendre des mesures qui s’alignent sur celles des États-Unis

Nous irons à Copenhague bien déterminés à réussir notre mission. C’est-à-dire : négocier un accord international sur les changements climatiques pour le bien du Canada, de son environnement et aussi de son économie.

Nous avons tous les ingrédients nécessaires pour réussir.

Nous suivrons cette voie dans le cadre du Dialogue sur l’énergie propre avec les États-Unis et notre engagement continu visant à réaligner et à aligner nos politiques et règlements respectifs.

Nous appuierons les initiatives sur l’énergie propre et continuerons d’investir dans la recherche, le développement et la mise en œuvre de ces énergies.

Nous continuerons également nos audacieux travaux dans le domaine de la conservation, un secteur dans lequel nous avons déjà pris quelques mesures comme l’agrandissement du parc national Nahanni, qui est maintenant six fois sa taille originale, et l’investissement de dizaines de millions de dollars dans des parcs, dont le parc Forillon, à Gaspé, et bien d’autres au pays.

Mais par dessus tout, nous superviserons et appuierons toutes les mesures prises individuellement par des entreprises et des citoyens qui – comme vous –souhaitent assembler leurs forces pour créer une différence positive dans l’avenir du Canada et de la population canadienne.

Merci mes amis pour votre attention.