Discours

Notes d'allocution de

l'honorable Jim Prentice, C.P., c.r., député

ministre de l'Environnement,

prononcées à l'occasion de la conférence annuelle du Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale

Waterloo (Ontario)

le 1er octobre 2010

Introduction

Je vous remercie de votre présentation et de votre invitation à participer à cette conférence du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI) sur les changements climatiques.

Je félicite le CIGI et M. Jim Balsillie d’avoir réuni des experts d’un tel haut niveau pour discuter d’importantes questions internationales.

Le poste que j’occupe me permet de visiter les endroits les plus reculés, les plus majestueux et les plus inspirants du Canada. Au cours de l’été, j’ai visité l’archipel Haida Gwaïi, que certains ont décrit comme les Galapados canadiennes.

J’ai visité notre plus récent parc national dans les monts Torngat. Les plus vieilles montagnes de granite au monde s’élèvent 4 000 pieds au-dessus du niveau de la mer du Labrador. Les plages sont d’un rouge grenat, car c’est ce dont elles sont composées.    

Mais le clou de mes visites a été d’accompagner en juillet huit jeunes archéologues de Parcs Canada sur l’île Banks, à mille kilomètres au nord du cercle arctique.

Passage du Nord-Ouest

Là-bas, muni d’un vêtement étanche et d’un masque de plongée, j’ai regardé dans l’eau et j’ai vu, sous 30 pieds d’eau arctique limpide, le vaisseau amiral britannique HMS Investigator, entièrement intact. Il y a 155 ans de cela, l’Investigator a coulé; aucun être humain ne l’avait vu depuis 1855.  

Certains d’entre vous connaissent peut-être son histoire. En 1850, sous les ordres du capitaine Robert McClure, l’Investigator a été l’un des vaisseaux de la Marine royale à voguer à la recherche de l’explorateur Sir John Franklin. Le vaisseau s’est engagé dans l’archipel Arctique depuis l’ouest, et s’est aventuré plus loin que l’ont fait toute autre expédition européenne précédente, si loin que le capitaine McClure fut récompensé d’avoir découvert le passage du Nord-Ouest. 

Il s’agit donc du vaisseau qui a découvert le passage du Nord-Ouest.

Comme je regardais dans l’eau, je me suis demandé ce que le capitaine McClure et les membres de son équipage auraient pensé de voir ce qu’est devenu le Canada.  

Comprendraient-ils le rôle qu’ils ont joué en rendant possible notre présence dans l’Arctique?

J’aimerais pouvoir vous dire que je me suis alors arrêté pour m’émerveiller de tout ce que nous avons accompli en si peu de temps entre cette époque et la nôtre.

Honnêtement, ces pensées ont dû attendre. J’ai dû consacrer mon attention à autres choses.

Mon vêtement étanche prenait l’eau aux poignets et commençait à se remplir, exposant certaines de mes parties les plus chaudes à l’eau la plus glacée jamais sentie. Je me suis demandé alors combien de temps je pourrais survivre dans de telles conditions. 

C’est ce à quoi pensaient probablement le capitaine McClure et les membres de son équipage.

Se fonder sur les réalisations

Nous sommes forts des réalisations des autres. Au cours de la présente conférence, nous examinons comment les initiatives visant à lutter contre les changements climatiques sont élaborées dès le début. Quels sont les mécanismes de gouvernance qui contribueront à aligner ces initiatives sur les mesures multilatérales et binationales?

Lorsque nous abordons les questions liées aux changements climatiques, nous sommes des explorateurs comme le capitaine McClure. Nous cherchons à bâtir une économie qui exigera moins des écosystèmes de la planète. Nous cherchons de nouvelles façons de gérer, de nouvelles façons de superviser et de coordonner les activités.

Nous nous imaginons un passage vers une gestion plus durable, mais nous cherchons à tâtons dans le brouillard et nous stagnons parfois, comme si nous étions pris dans la glace. Un jour, nous trouverons ce passage.

Souvent lorsque des Canadiens se réunissent pour examiner ce qui a été fait, ce qu’il reste à faire et comment ils peuvent s’appuyer sur les réalisations, ils se sous-estiment.

Mythes

Nous sommes influencés par certains mythes qui ne nous donnent pas l’heure juste. J’en aborderai cinq.

Un premier mythe : Le Canada n’adopte pas une attitude positive lors des négociations internationales 

Examinons les faits. Nous sommes l’un des 17 pays qui ont travaillé régulièrement et activement au sein du Forum des économies majeures organisé par le président Obama, l’année dernière, pour faire progresser les négociations.

Nous représentons une force active au sein du soi-disant Groupe de coordination des Nations Unies dont les membres sont le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Russie.

Nous appuyons fermement l’Accord de Copenhague qui constitue un tournant décisif dans les négociations internationales sur le climat. Cet accord reçoit un net soutien politique de la part de 137 nations.

Ne croyez donc pas que le Canada n’est pas un partenaire engagé dans le cadre des négociations internationales.

Un autre mythe : La cible du Canada dans le cadre de l’Accord de Copenhague n’est pas ambitieuse

Notre cible, d’ici 2020, consiste à réduire de 17 % les gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005.

Faites l’expérience en famille. Cherchez à réduire vos émissions ménagères et de déplacements de 17 % d’ici 2020. Vous comprendrez alors.

Ne laissez donc personne vous dire que nos cibles ne sont pas ambitieuses.

Mythe : Le Canada n’est pas généreux envers les nations qui ont besoin d’aide

Au cours de la présente année financière, le Canada investira 400 millions de dollars dans le cadre du fonds de 30 milliards de dollars de financement accéléré établi à Copenhague.

Il s’agit de 400 millions de dollars consacrés à trois secteurs prioritaires, soit l’adaptation pour les nations les plus pauvres et les plus vulnérables, l’énergie propre et la préservation des forêts. Aujourd’hui, je suis heureux de révéler les détails sur la façon dont nous dépenserons ces fonds.

Mythe : Le Canada n’est pas ambitieux chez lui

Veuillez tenir compte de ce qui suit.  

Plus de la moitié de l’électricité aux États-Unis est produite par quelque 650 usines alimentées au charbon. Mises ensemble, elles constituent la plus importante source de GES au monde.

Le Canada est le seul pays qui élimine le charbon sale de sa production d’électricité.

Au début de l’année, nous avons annoncé un règlement qui obligera les usines alimentées au charbon à adopter les normes d’émission établies pour la combustion propre du gaz naturel.

En fin de vie utile, les usines qui ne se conformeront pas aux normes seront remplacées par de nouvelles installations hydrauliques ou éoliennes, des usines alimentées au gaz naturel ou des usines alimentées au charbon qui peuvent capter le carbone et respecter les normes établies pour le gaz naturel.  

Les vieilles usines alimentées au charbon seront remplacées par des installations de haute technologie qui engendreront une réduction de près de 60 % des émissions par gigawattheure produites.

Ne croyez donc pas que nous ne faisons rien au pays.

Mythe : Le Canada ne voit pas les changements climatiques d’un point de vue continental

L’administration Obama et le gouvernement Harper prennent les changements climatiques au sérieux et sont déterminés à réduire les gaz à effet de serre.

Nous avons aussi des normes réglementaires équivalentes sur les questions énergétiques et environnementales importantes, comme les normes d’émissions pour les voitures et les camions légers. Et, dans le cadre du Dialogue sur l’énergie propre, nous alignons nos initiatives pour développer et déployer l’énergie propre.

Ne croyez donc pas que nous n’alignons pas nos normes sur celles des États-Unis.

En dernier lieu, il existe un mythe voulant que le Canada soit trop axé sur les États-Unis et que nous n’en fassions pas assez avec d’autres partenaires bilatéraux

J’utiliserai la Chine comme exemple. Certains disent que nous ne sommes pas sérieux quant à nos liens avec un pays dont l’économie croît le plus rapidement au monde, mais qui est aussi le plus important émetteur de gaz à effet de serre au monde.

La Chine doit établir un équilibre très complexe entre ses objectifs environnementaux, économiques et sociaux, tout comme le doit le Canada. Les espoirs et les aspirations du peuple chinois, ses rêves pour leur famille et la place de la Chine au sein de la collectivité des nations sont en grande partie tributaires de leur prodigieuse production économique, laquelle a des répercussions sur l’environnement.

L’économie de grande consommation d’énergie du Canada nous confronte aux mêmes défis. Si nous sommes la superpuissance de l’énergie la plus propre au monde, comme je l’estime, nous avons beaucoup à offrir à la Chine.

Je suis allé en Chine, avec la gouverneure générale Michaëlle Jean, au mois de juillet, dans le cadre de l’une des nombreuses visites ministérielles et missions commerciales du Canada menées dans ce pays au cours des dernières années. La visite du premier ministre en décembre dernier a beaucoup contribué à renforcer les liens bilatéraux.  

Au cours de cette visite, la Chine et le Canada ont signé un protocole d’entente sur la coopération en matière de changements climatiques, ce qui nous aidera à travailler ensemble plus efficacement à la mise sur pied de mesures d’atténuation et d’adaptation. Ensemble, nous avons déterminé trois priorités : la capture et le stockage du carbone, les inventaires nationaux d’émissions de gaz à effet de serre et les technologies axées sur l’efficacité énergétique.

Ne croyez donc pas que nous ne travaillons pas avec des partenaires bilatéraux.

Conclusion

Cinq mythes sur l’approche du Canada en matière de changements climatiques. Cinq domaines où nos initiatives ne sont pas reconnues à juste titre.

Cela m’amène à parler des discussions sur les modèles de gouvernance pour une économie plus écologique. Devrons-nous promouvoir et favoriser des mesures préconisées par l’industrie, les organisations non gouvernementales et les structures hiérarchiques ascendantes? Évidemment.

Les mécanismes hiérarchiques descendants ne fonctionnent-ils pas? J’estime que sont nombreuses les preuves établissant que nous créons un fondement à l’échelle nationale, continentale et bilatérale, et dans le cadre des discussions internationales. Nous faisons aussi notre part pour aider les pays moins développés.

Entre-temps, nous continuons à fouiller les secteurs non explorés de l’économie durable et nous faisons des progrès. 

Mes amis, le Canada est le plus formidable des pays du monde.

Et nous sommes les personnes indiquées pour le bâtir.

Je sais qu’à mesure que nous le construisons nous aurons la grandeur d’âme requise pour protéger le patrimoine environnemental de nos enfants et de nos petits enfants.  

Il se trouve, sur la pointe nord du Labrador, tout près du tout nouveau parc national que nous avons créé dans les monts Torngats, une plage où le sable est d’un rouge vif. On l’ appelle le sable ferrugineux. Les Vikings l’avaient découvert.   

La plage est longue d’un kilomètre et elle est rouge, non pas en raison du fer, mais parce que le sable est formé de grenats, des grenats rouges aussi fins que les grains de sable de la plage à votre chalet. 

C’est extraordinaire!

À ce point extraordinaire que quelqu’un a présenté une proposition de les ramasser, de les expédier en Europe et d’en faire du papier verré. Ce serait certainement du papier verré rouge de haute qualité.

Cette plage se situe à l’extérieur du parc national. Nous n’en avons donc pas la responsabilité. Il incombera à la population locale des monts Torngats de décider de ce qui sera fait. Voilà ce que l’on appelle une décision prise selon une structure hiérarchique ascendante.

Un dirigeant inuit m’a demandé mon opinion.

Êtes-vous grand-père, lui ai-je demandé?

Il a acquiescé de la tête.

Souhaitez-vous être un grand-père qui prend ses petits enfants par la main pour marcher dans les sables ferrugineux?

Ou alors souhaitez-vous les amener là et tenter de décrire ce qu’était le paysage lorsque la brume matinale s’élevait de la mer du Labrador et que vous pouviez voir un tapis de sables de grenats d’un kilomètre de long… mais que vous les avez vendus pour faire du papier verré.

Il acquiesça simplement la tête à nouveau. Je sais qu’ils prendront la bonne décision.  

Et nous le ferons – en tant que pays. C’est ce que nous sommes.

Merci.