Discours

Notes d'allocution prononcées par

l’honorable Peter Kent, C.P., député,

ministre de l’Environnement,

prononcées à l’occasion de la 16e conférence annuelle sur les changements climatiques à Chatham House

Londres (Royaume-Uni)

Le 15 octobre 2012

 

Bonjour,

C’est un plaisir pour moi d’être ici aujourd’hui afin de participer à cette discussion sur la politique internationale en matière de changements climatiques. J’aimerais vous entretenir essentiellement sur la dynamique entre les négociations internationales et les intérêts nationaux d’une perspective canadienne. 

En fait, il existe une interaction marquée entre ces deux notions.

  • En tant que pays de l’Arctique, environ 40 % de notre masse terrestre et de nos ressources d’eau douce se trouvent dans un environnement septentrional vulnérable aux effets des changements climatiques.
  • Tandis que les intérêts nationaux comme les nôtres encouragent l’action nationale, les négociations internationales jouent aussi un rôle important en stimulant l’action nationale. Chaque pays doit assumer sa part, et il est essentiel d’exercer un bon leadership à l’échelle nationale du gouvernement.
  • Dans chaque pays, pour que les citoyens et les entreprises approuvent individuellement et collectivement les mesures nécessaires à la lutte contre les changements climatiques, ils doivent être convaincus que ces mesures seront complétées par une action concrète et efficace de la part d’autres pays. Cela nécessite alors des accords internationaux.

Nous devons aussi vraiment reconnaître que nous sommes en train de négocier un nouvel accord en matière de changements climatiques, qui entrera en vigueur après 2020.

Aujourd’hui, le contexte international est très différent de ce qu’il était en 1990. Et il le sera tout autant après 2020.

Il y a eu des changements de cap majeurs en ce qui a trait aux sources d’émissions. Les économies émergentes d’aujourd’hui contribuent une part beaucoup plus grande aux émissions mondiales, et l’équilibre continuera d’être perturbé.

Donc, le nouvel accord en matière de changements climatiques que nous négocions actuellement doit comporter des mesures d’action concrètes de la part de tous les grands émetteurs pour mener à des réductions d’émissions.

Cet état de fait a été reconnu dans la plate-forme de Durban pour une action renforcée. Cette plate-forme nous réunit tous, pour la première fois, sous le même toit pour discuter d’un accord qui nécessiterait la plus grande coopération possible de la part de tous les pays et qui s’appliquerait à toutes les Parties.

La plate-forme de Durban marque un progrès remarquable, et nous avançons déjà à cet égard. Nous avons élu deux coprésidents aguerris, l’un de l’Inde et l’autre de la Norvège, pour faire progresser les négociations, nous avons établi un solide programme, et nous avons amorcé un dialogue très positif et très productif au cours des négociations intersessions qui se sont tenues vers la fin d’août à Bangkok.

Le mois dernier, les grandes économies du monde se sont réunies dans le cadre du Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat, à New York, dans l’État de New York, pour discuter des questions clés entourant les négociations et favoriser des progrès continus à Doha plus tard cette année. Ce dialogue a aussi été très positif. Je suis donc persuadé que notre travail aboutira à un recadrage fondamental de la contribution que tous les pays peuvent – et doivent – apporter.

Je souligne également le travail accompli en vue de réduire les polluants de courte durée de vie ayant un effet sur le climat, par exemple le carbone noir, le méthane et l’ozone, un travail qui constitue un complément au cadre et aux négociations des Nations Unies. 

Ce travail est important, car il nous permet de prendre des mesures à court terme à l’échelle mondiale afin de réduire les gaz à effet de serre. Le Canada et ses partenaires continentaux – les États-Unis et le Mexique – sont des membres fondateurs de la nouvelle coalition pour le climat et l’air pur visant à réduire les polluants de courte durée ayant un effet sur le climat. 

Cette coalition est aujourd’hui soutenue par les dirigeants du G8 et s’est élargie pour y inclure près de deux douzaines de pays, dont le Royaume-Uni, qui nous accueille aujourd’hui. En plus de l’effet immédiat du travail de cette coalition, la collaboration, de par sa nature intrinsèque, a un effet d’entraînement positif pour le processus de négociation avec les Nations Unies.

Parlons maintenant des aspects nationaux.

S’il nous est possible de prendre le temps de négocier la nouvelle plate-forme de Durban, c’est que cette dernière s’appuie sur l’Accord de Copenhague et les accords de Cancún. C’est au titre de ces accords que le Canada et bon nombre d’autres pays ont pris des engagements en vue d’atteindre les cibles qu’ils se sont fixées d’ici 2020. Donner suite à ces engagements est un élément clé pour progresser par rapport à la mise en place d’un nouvel accord pour l’après-2020.

La cible que le Canada compte atteindre d’ici 2020 est très ambitieuse – diminuer les émissions de 17 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2020. Elle correspond à celle des États-Unis, ce qui est important, puisque nos économies sont intégrées, tout comme l’économie européenne. Cette cible se compare également à celle de l’Union européenne quant à son niveau d’ambition.

Pour cette raison, nous sommes alignés étroitement sur les États-Unis afin de maximiser les réductions des gaz à effet de serre, d’une part, et de maintenir la compétitivité économique, d’autre part.

Par exemple, notre alignement fructueux avec les États-Unis en ce qui concerne les normes visant le secteur du transport signifie que les émissions moyennes des gaz à effet de serre provenant des automobiles à passagers et des camions légers de l’année modèle 2016 seront environ 25 % inférieures à celles des véhicules vendus au Canada en 2008. Nous nous fondons actuellement sur les règlements existants visant les années modèles de 2011 à 2016 afin d’établir de nouvelles normes visant la période de 2017 à 2025.

Nous avons avancé ensemble en ce qui concerne les normes visant les camions lourds, et, récemment, le Canada a publié un règlement applicable au secteur maritime.

Le Canada est une fédération, et les gouvernements provinciaux et territoriaux jouent un rôle déterminant dans la réduction des émissions.

Conformément à notre plan national, nous sommes en train d’élaborer et de mettre en œuvre une approche réglementaire sectorielle et nous travaillons avec les gouvernements provinciaux, qui prennent aussi des mesures pour réduire les émissions.

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada ont combiné leurs actions afin de réduire les émissions du secteur de l’électricité par l’intermédiaire d’une série de mesures visant à abandonner les sources d’électricité à fortes émissions, à accroître les sources d’énergie renouvelable et à réduire la demande grâce à l’efficacité énergétique. 

En septembre dernier, le Canada est devenu le premier grand consommateur de charbon à bannir la construction d’installations traditionnelles qui produisent de l’électricité à partir du charbon et à établir une norme de rendement pour ces dernières à la fin de leur vie utile.

Il faut dire que cette action combinée porte ses fruits. On prévoit à l’heure actuelle que les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’électricité diminueront d’un tiers d’ici 2020 comparativement aux niveaux de 2005, malgré les augmentations considérables de l’activité économique et de la production d’électricité durant cette période.

Quant à notre rapport d’inventaire national, il fait foi du succès que commence à connaître le Canada en dissociant le lien entre l’économie et les émissions, ce qui lui permet de jouir à la fois d’une croissance économique et d’une réduction des émissions. Pour la période 2005-2010, le rapport révèle que la croissance du PIB du Canada s’élevait à 6,2 %, tandis que les émissions de gaz à effet de serre avaient diminué de 6,5 %.

Nos actions collectives ont permis au Canada de se rendre à mi-chemin des cibles de réduction générales d’émissions de gaz à effet de serre auxquelles il s’est engagé au titre de l’Accord de Copenhague.

Pour ce qui est de la prochaine étape, nous avons déjà commencé à nous pencher, en collaboration avec l’industrie et d’autres intervenants, sur les émissions de gaz à effet de serre du secteur pétrolier et gazier.

Le Canada cheminera en utilisant l’approche systématique et consultative que nous avons utilisée jusqu’à maintenant, en mettant l’accent sur la surveillance environnementale.

Ainsi, nous serons assurés de disposer des données scientifiques de la meilleure qualité possible pour pouvoir comparer et éclairer l’exploitation future de nos ressources – notamment les sables bitumineux.

Ceux-ci ont suscité une attention considérable sur la scène internationale malgré le fait qu’ils représentent seulement 5 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

En terminant, je tiens à vous rappeler que le Canada demeure pleinement engagé à assumer sa juste part dans la lutte contre les changements climatiques, et ce, au pays comme à l’étranger. Nous avons adopté une approche et nous sommes convaincus qu’elle fonctionne. Et cette conviction vient du fait que nous sommes à mi-chemin de notre engagement pris au titre de l’Accord de Copenhague. Il me tarde donc de poursuivre les travaux avec toutes les grandes nations au cours de la prochaine Conférence des Parties, des travaux qui mèneront à un accord global juste et efficace.