Discours

Notes pour un discours de
l'honorable Jim Prentice, C.P., C.R., député,
ministre de l'Environnement,
à l'occasion de la 39e conférence du « Council of the Americas »
13 mai 2009

Tel que prononcé

Merci de m’avoir invité à m’adresser aux participants de cette trente-neuvième conférence du Council of the Americas. C’est avec plaisir que j’ai eu le privilège de prendre la parole à la conférence de l'an dernier. Je suis content de me retrouver parmi vous, et reprendre contact avec les amis et les voisins du Canada.

Notre rencontre d’aujourd’hui à Washington suit de quelques semaines à peine le cinquième Sommet des Amériques qui a eu lieu à Port of Spain. Au cours de cette réunion à Trinidad, les 34 dirigeants ont parlé de promotion de la prospérité, de sécurité énergétique et de durabilité de l’environnement. Et la déclaration finale constituait un appel :

  • à un système d’échange multilatéral ouvert, transparent, fondé sur des règles;
  • à un protocole post-Kyoto sur les changements climatiques, issu des négociations de Copenhague qui auront lieu plus tard cette année.

Le Canada est depuis longtemps partisan d’un système d’échange multilatéral ouvert fondé sur le respect des règles de droit négociées. C’est une position qui est non seulement logique, mais qui a permis à bien des États, y compris le Canada, de concrétiser des promesses de prospérité.

Nous croyons que le libre échange, les avantages comparatifs et la concurrence favorisent la prospérité, le choix et les possibilités qui constituent à leur tour les fondements du sentiment de sécurité chez l’humain et du progrès social. Le Canada ne reste donc pas immobile. Il agit en fonction de ses croyances.

Nous avons entrepris avec l'Union européenne des négociations d'envergure dont les répercussions pourraient être très importantes; nous élargissons aussi l’échelle et la portée de nos relations dans notre hémisphère – nos voisins du Mexique et du Chili dans les 1990, plus récemment la Colombie et le Pérou et bientôt, nous l’espérons, Panama et les pays du CA4, soit le Honduras, le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala.

L’histoire et l’économie nous apprennent qu'un marché ouvert, multilatéral et fondé sur des règles favorise les intérêts de la communauté mondiale. Les mathématiques et la science nous imposent d’atteindre cette année une entente multilatérale sur les changements climatiques. Échouer à conclure un tel accord n’est pas une situation acceptable. Non seulement serait-il mal de rester divisés, mais ceux d’entre nous qui occupons des fonctions de responsabilité sont dans l’obligation de s’assurer qu’ils font ce qu’il faut.

Le gouvernement du Canada a l’intention de jouer un rôle constructif dans l’élaboration d'un accord efficace et équitable sur les changements climatiques. Nous abordons le défi avec optimisme et confiance. Notre confiance est renforcée par la formation d’un forum des grandes puissances économiques qui regroupe non seulement les États-Unis et le Canada, mais aussi le Mexique et le Brésil. Notre optimisme est façonné par la conviction qu’« aucun de nous n’est aussi intelligent que nous le sommes tous ensemble » et il existe une volonté commune de prendre part au processus du forum des grandes puissances économiques, qui vient s’ajouter au processus de la CCNUCC de Copenhague.

Il est temps de prendre les choses au sérieux – de faire des progrès tangibles en se fondant sur des principes alliés au pragmatisme qui permettra de faire évoluer le monde où nous sommes vers un monde idéal.

Nous sommes d’avis que le meilleur moyen d’obtenir un cadre efficace et équitable à Copenhague est de mettre en pratique les excellents principes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, l’Accord de Rio conclu en 1992 et soutenu par les 192 nations signataires.

Cela veut dire de respecter le principe selon lequel « le développement économique est essentiel à l’adoption de mesures s’attaquant aux changements climatiques ». Il faut reconnaître que la prospérité économique est le chemin vers le progrès environnemental et que la pauvreté abjecte en est le plus grand obstacle.

Cela veut dire de comprendre que la stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre est un processus de longue haleine. Bien sûr, nous devrons commencer prochainement à courir plus vite, mais nous devons le faire en gardant à l’esprit le fait que nous avons un marathon à courir, et non un sprint.

Cela veut dire de reconnaître qu’un accord international approprié doit pouvoir compter sur la collaboration la plus grande possible de tous les pays. Évidemment, les pays développés doivent agir comme chefs de file, étant donné leurs émissions antérieures et leurs possibilités actuelles. Cependant, toutes les grandes économies doivent y participer.

Trois des cinq pays qui en émettent le plus, et huit des vingt pays de la même liste sont des pays émergents. Cette puissance accrue s’accompagne de responsabilités plus grandes. Il est impossible de stabiliser les émissions atmosphériques de gaz à effet de serre d’origine humaine d’ici 2050 sans la participation et la mobilisation de ces nations très peuplées et dont la croissance est rapide.

Le Canada est d’avis qu’un accord efficace et équitable reposera sur une entreprise unifiée, assortie d'engagements mesurables, vérifiables et communicables portant sur la plupart des sources d’émissions.

Un autre principe sous-jacent à notre approche est le besoin de reconnaître que la stabilisation des émissions ne prendra pas que du temps; c’est aussi une question de technologie, car nous nous sommes engagés à la transformation du stock de capital de nos sociétés.

La technologie propre est un domaine dans lequel nous estimons que le Canada peut faire une contribution remarquable. Le Canada le peut, le devrait et le fera.

Le Canada est l’une des sociétés les plus énergivores au monde, par rapport au nombre de ses habitants. Le dénominateur dans cette équation reflète notre population relativement petite – une population correspondant au dixième de celle des États-Unis, au cinquième de celle du Brésil et au tiers de celle du Mexique, qui habite dans le deuxième plus grand pays du monde. Le numérateur est le produit de notre très vaste superficie, de nos grandes ressources naturelles et de notre climat difficile.

Je suis moi-même né dans une communauté minière où l’on affirmait avoir 10 mois d’hiver et deux mois de mauvais hockey sur glace.

Pourquoi voyons-nous la technologie comme étant essentielle à la contribution du Canada? Parce que lorsqu’il est question de stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre, ce n’est pas la diminution relative, mais bien la diminution absolue qui compte réellement.

Bien que le Canada soit peu peuplé, et donc qu’il émette une faible proportion des émissions totales de gaz à effet de serre, sa contribution à la lutte contre les changements climatiques peut être considérable grâce aux innovations technologiques. Le mise au point de technologies capables de réduire les émissions pas seulement au Canada, mais dans le monde entier, pourrait constituer une contribution cruciale.

Notre engagement relatif au commerce est l’un des principes sur lesquels est fondée notre approche relative aux changements climatiques. Nous avons l’intention d’aller de l’avant en rappelant à toutes les parties que nous avons convenu en 1992 de « faire la promotion d’un système économique international ouvert et positif » et que « les moyens pris pour combattre les changements climatiques ne devraient pas constituer un outil de discrimination arbitraire et injustifiable, ou une restriction déguisée au commerce international ».

Comme nous le savons tous, tant l’Union européenne que les États-Unis ont exprimé des préoccupations relatives à ce que l’on a convenu d’appeler les fuites de carbone – la possibilité d’exporter des émissions de carbone, et donc des emplois, vers des endroits dépourvus de réglementation acceptable sur les émissions de gaz à effet de serre.

Le Comité sur l’énergie et le commerce de la Chambre des représentants des États-Unis étudie deux propositions interreliées. La première porte sur les rabais qui pourraient être accordés à certaines industries ayant beaucoup d’activités commerciales et causant des gaz à effet de serre pour faire contrepoids aux coûts résultant de leurs obligations réglementaires. La seconde porte sur une exigence éventuelle de faire payer à la douane des frais aux importateurs de biens provenant de pays qui ne se seraient pas dotés de réglementation correspondante sur les gaz à effet de serre.

Tout comme la beauté et l’équité, la définition de « correspondante » est subjective. Dans le cas présent, elle sera apparemment établie par les États-Unis.

Je suis persuadé que les entreprises canadiennes n’auront pas à payer des frais semblables à la frontière américaine. Nous verrons à ce que notre réglementation sur les gaz à effet de serre représente un effort comparable aux lois qui entreront éventuellement en vigueur aux États-Unis. Nous avons les moyens de le faire et c’est dans notre intérêt. Nous accorderons aux entreprises canadiennes la même souplesse si nous déterminons que ces mesures sont nécessaires pour assurer une concurrence transfrontalière équitable en Amérique du Nord, c’est-à-dire si nous sommes forcés d’agir afin de sauver nos industries et nos objectifs sur les changements climatiques en raison de subventions octroyées ailleurs.

Nous sommes très préoccupés, pour notre pays, nos voisins et le système multilatéral dans son ensemble, par le concept d’ajustements à la frontière pour le carbone. Nous nous inquiétons du principe même des ajustements à la frontière pour le carbone – nous sommes d’avis qu’ils constitueraient une violation des principes fondamentaux du système d’échange multilatéral. Et nous nous en inquiétons d'un point de vue tactique. Parce que nous ne croyons pas que la menace de mesures unilatérales constitue la meilleure façon d’établir un consensus multilatéral quelconque, et particulièrement avec les gouvernements qui siègent à Mexico City, Brasilia ou New Delhi.

Le protectionnisme commercial au nom de la protection de l’environnement serait une mesure désastreuse, tant pour l’économie mondiale que l’environnement de la planète. Le progrès environnemental ne peut être rendu possible sans progrès économique, et pour le progrès environnemental comme pour tout autre type de progrès, la prospérité est un catalyseur essentiel. Et la menace d'une mesure unilatérale de cet ordre constitue une menace aux progrès dans le monde à ce moment critique des négociations multilatérales.

C’est pourquoi nous avons été un peu réconfortés par la position de l’administration Obama, telle que le représentant commercial des États-Unis l’a exprimée – soit que l’Administration ne favorise pas le concept d’ajustements à la frontière pour le carbone en ce moment.  Nous espérons que cette position sera modifiée à l’avenir pour préciser « et à aucun moment ».

Ni en ce moment, ni à aucun moment puisque les ajustements à la frontière pour le carbone mettraient en péril l’intégrité du système d’échange multilatéral ainsi que les ententes élaborées avec soin pour régir les droits et les obligations des partenaires commerciaux.

Ni à aucun moment parce qu’il existe des moyens plus positifs de favoriser la croissance « écologique » dans les pays en développement - des mesures comme l'établissement de critères portant sur les mécanismes de développement écologique ou des mesures de soutien au transfert de technologies. Et nous ne devons jamais permettre à la crainte de remplacer la confiance quand il s’agit de guider nos politiques publiques.

Ni à aucun moment parce que les ajustements à la frontière pour le carbone sont une idée de théoriciens qui fonctionnera toujours en théorie, mais jamais en pratique. Entre des établissements qui fabriquent le même produit, l’efficience énergétique peut varier grandement, à cause des technologies et des procédures utilisées.

Des règles strictes ne peuvent être appliquées. Pour que de tels ajustements soient appliqués avec équité et efficacité, les enquêteurs devront remonter à la source des produits, retracer les chaînes d'approvisionnement et répartir l'énergie utilisée entre les multiples produits fabriqués dans la même installation.

Le flux des échanges commerciaux peut être réacheminé quoi qu'il en soit, ce qui rendrait futile tout cet exercice. Et sans parler des répercussions incertaines d’un taux de change flexible et de l’ajustement monétaire.

Les ajustements à la frontière pour le carbone constitueraient une restriction à peine voilée au commerce, ainsi qu’un frein à la création de richesse et à l’atteinte de notre objectif collectif, la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils constitueraient une discrimination arbitraire. Ils ne seront pas efficaces. Et ils menacent la tenue de négociations constructives.

Avant de commencer à faire de la politique, j'ai travaillé pendant plus de vingt-cinq ans comme négociateur. Dans cet univers d’interdépendance, « celui qui vise de l’autre côté de la clôture finit par se tirer dans le pied ». Alors adoptons une approche mesurée. Posons des questions avant d’agir, pas après. Réfléchissons sur les réponses, et après cette réflexion seulement décidons de la meilleure façon de faire.

Au récent sommet du G-20 qui s’est tenu à Londres, les dirigeants ont déclaré que l’économie mondiale était confrontée au plus grand défi des temps modernes – une crise mondiale qui exige une solution à l’échelle mondiale. Nombreux sont ceux qui ont déjà appelé les changements climatiques, la plus grande menace à l’environnement planétaire de tous les temps.

Le mot « crise » vient du grec et veut dire « point tournant » - un moment où les choses peuvent soit s'améliorer, soit se détériorer davantage.

Le joueur de baseball américain, Yogi Berra des Yankees de New York était aussi connu pour son mauvais anglais que pour l’effet de ses balles. Il a déjà conseillé par exemple : « Quand vous arrivez à une bifurcation dans route, prenez-la. »

Je respecte énormément monsieur Berra, mais je suis partisan des Red Sox de Boston et j’opte plutôt pour la réflexion bien connue du poète américain Robert Frost sur les routes divergentes.

« Le protectionnisme vert est la route qu'il ne faut pas prendre, et c'est cela qui va tout changer. »

Merci.