Discours
Notes d’allocution
De l’honorable Jim Prentice, C.P., C.R., Député, Ministre de l’environnement
À la chambre de commerce d’Edmonton, Edmonton (Alberta)
Le 13 novembre 2009
Le texte prononcé fait foi
Tout d’abord, je tiens à féliciter la Chambre de commerce d’Edmonton qui célèbre aujourd’hui le 120e anniversaire de sa fondation.
Au cours de ces 120 ans, vous avez joué un rôle essentiel dans le développement de l’économie locale, régionale et provinciale. Le réseau de chambres de commerce du pays est certainement devenu un interlocuteur important lorsqu’il est question des nombreux enjeux qui constituent le programme d’activités canadien.
J’aimerais aujourd’hui vous parler de l’un de ces enjeux. Il s’agit selon moi de l’un des plus importants de tous.
Je parle des changements climatiques.
Dans quelques semaines, je me rendrai à Copenhague où le Canada continuera à travailler de façon active et constructive avec ses partenaires internationaux afin d’établir la fondation d’un nouveau cadre international portant sur la lutte aux changements climatiques.
Pour que cela se produise, il faut que les États-Unis participent.
Mais il ne s’agit pas du seul défi à relever. Comme vous pouvez l’imaginer, ce n’est pas facile d’amener presque 200 pays, dont les étapes de développement et les objectifs varient, à s’entendre sur un enjeu économique très important et, franchement, chargé d’émotion.
Malgré tout, nous sommes déterminés à aller de l’avant, à établir un accord qui soit à la fois réaliste et ambitieux.
Le Canada a participé aux nombreuses séances préliminaires qui ont mené à ce sommet. Voyant au-delà de tout le décorum et de toute la rhétorique qui accompagnent inévitablement un rassemblement complexe et de haut niveau de ce genre, nous espérons définir certains principes de base qui permettront d’orienter la voie de l’avenir.
Nous disposons d’une équipe professionnelle et expérimentée qui négociera au nom du Canada à Copenhague. Cette équipe s’assurera que tout résultat soit dans les meilleurs intérêts du Canada à long terme. Elle est déterminée à faire ce qui est nécessaire pour régler cet enjeu si important, et, tant qu’elle n’aura pas atteint ce but, elle n’abandonnera pas.
Sans vouloir être présomptueux, j’estime que je connais assez bien un tel processus. J’ai été négociateur pendant une grande partie de ma carrière, et ce, autant dans le secteur public que dans le secteur privé. J’aiœuvré dans tous les domaines, allant des négociations entre les grands éleveurs et les entreprises de pipeline, au nom du gouvernement de l’Alberta, aux revendications territoriales et à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, en tant que ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien.
Il faut en convenir, Copenhague s’annonce comme le summum des négociations. Nous disposons de plusieurs stratégies, notamment notre plan visant à harmoniser notre approche avec celle des États-Unis.
L’harmonisation est essentielle autant pour le Canada que pour les États-Unis.
Nous partageons un environnement commun, que ce soit le bassin des Grands Lacs, la région des grandes plaines ou la petite plaine côtière entourant Puget Sound. Nos économies sont intégrées. En effet, de nombreuses entreprises de certains secteurs clés, comme l’automobile et l’aérospatiale, collaborent plutôt que se concurrencer et sont des fournisseurs des unes ou des clients des autres quelque part dans les chaînes complexes d’approvisionnement.
Le Canada joue aussi un rôle majeur dans l’équation énergétique nord-américaine, tant à titre de fournisseur que de partenaire. Nous ne sommes pas seulement le plus grand fournisseur de pétrole, de gaz naturel, d’hydroélectricité et d’uranium du marché américain, nous sommes également un fournisseur indispensable pour ceux qui habitent les États du Nord sans accès à la mer.
Nous sommes cogestionnaires et copropriétaires de pipelines et de réseaux électriques qui vont au-delà des frontières. En tant que membre de la North American Electricity Reliability Corporation, nous devons en permanence maintenir une source fiable d’électricité au Canada et aux États‑Unis. Dans le cadre du Programme international de l’énergie de 1974 et de l’ALENA, nous devons partager le pétrole avec les États-Unis en cas de pénurie et d’insécurité énergétique d’urgence.
Notre interdépendance environnementale, économique et énergétique est une raison pour laquelle il est logique que tous les pays de l’Amérique du Nord contribuent à une cause commune et qu’ils mettent en œuvre des politiques comparables en matière de changements climatiques. Mais il existe une autre raison de le faire, une raison très pratique.
Nous savons tous que stabiliser les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux non dangereux sera un grand défi. La réalité veut cependant qu’il soit impossible de le faire sans que les États-Unis et les grands pays émetteurs se rallient à nous.
Si les États-Unis ne prennent pas de mesures substantielles, le Canada ne pourra rien faire. Les mesures d’atténuation que nous prendrons seront futiles et, en pratique, nous devrions probablement concentrer nos actions sur des mesures d’adaptation.
Si nous en faisons plus que les États-Unis, nous subirons des conséquences économiques sans tirer de véritables avantages sur le plan environnemental, des conséquences qui pourraient nuire à notre capacité d’investir dans de nouvelles technologies propres.
Mais, si nous en faisons moins, nous risquerons de faire face à de nouveaux obstacles sur le marché des États-Unis.
Bref, les États-Unis doivent prendre des mesures substantielles, et le Canada doit faire de même afin que nous arrivions à établir un système nord-américain efficace en matière de changements climatiques accompagné de politiques nationales harmonisées, cohérentes et libres de conflits. Il nous faut un système continental qui comporte des politiques et des règlements nationaux dont la valeur est égale et dont les effets sont semblables pour nous permettre de favoriser une concurrence équitable et de maintenir un libreéchange dans le marché nord-américain intégré.
Cela ne signifie pas que ces politiques seront identiques, car elles doivent tenir compte de la réalité de nos économies et de nos sociétés respectives.
Cela dit, je peux affirmer aujourd’hui que les deux pays sont en bonne voie d’adopter une politique d’harmonisation. Les progrès que nous avons réalisés prouvent notre détermination à aller de l’avant.
En février, le président Obama et le premier ministre Harper ont convenu d’entreprendre un dialogue bilatéral sur l’énergie propre. Récemment, à Washington, le secrétaire de l’énergie, M. Steven Chu, et moi-même avons eu le privilège de faire rapport aux chefs d’État des progrès accomplis à ce jour sur la capture et le stockage du carbone, sur le réseau intelligent et la recherche et développement en matière d’énergie propre, ainsi que sur l’harmonisation de nos politiques, de nos règlements, de nos normes et de nos règles.
Le Plan d’action économique du Canada prévoit environ 2 milliards de dollars pour soutenir l’amélioration de l’assainissement et de la durabilité de l’environnement, et nous aider à atteindre les objectifs du Canada en matière de changements climatiques.
Le Fonds pour l’énergie propre traduit un investissement de 1 milliard de dollars sur cinq ans dans la réalisation d’études et de projets pilote sur l’énergie propre, y compris la capture et le stockage du carbone.
Comme vous le savez, le premier ministre du Canada et le premier ministre Stelmach, de même que la ministre des Ressources naturelles du Canada, Lisa Raitt, et le ministre de l’Énergie de l’Alberta, Mel Knight, ont annoncé en octobre dernier des investissements importants, réalisés par l’intermédiaire de ce fonds, dans deux projets de capture et stockage dans la province.
En outre, le Fonds pour l’infrastructure verte représente un investissement de 1 milliard de dollars sur cinq ans, par la voie du Plan d’action économique, dans la modernisation des lignes de transmission électrique et la réalisation de projets d’énergie durable.
En avril, nous avons utilisé le système de réglementation actuel, en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999), afin de présenter un nouveau règlement sur les émissions d’échappement des automobiles, des normes qui seront maintenant harmonisées avec celles des États-Unis.
En juin, nous avons défini des lignes directrices relatives à un système de crédits compensatoires qui permettra d’établir les crédits échangeables de notre futur système de plafonnement et d’échange de crédits. Le mois de juin a aussi été le mois où les trois pays nordaméricains ont proposé de diminuer progressivement leur consommation et leur production d’hydrurofluorurocarboneappauvrissant la couche d’ozone, un changement qui dépasse l’entente précédente à ce sujet.
En novembre, le programme Adieu bazou a franchi l’étape des 50 000 véhicules enregistrés. Lancé en janvier dernier, ce programme a permis d’éliminer environ 2 250 tonnes de polluants atmosphériques contribuant au smog.
Comme vous êtes nombreux à le savoir, les deux pays ont été fort occupés tout au cours de l’année 2009 à mettre sur pied un système national de réglementation sur le plafonnement et l’échange.
Au sud de la frontière, la Chambre des représentants a adopté l'American Clean Energy and Security Act, et le projet de loi Kerry-Boxer a amorcé sa progression au Sénat. La Loi fixe une cible de réduction, d’ici 2020, de 17 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre, sous les niveaux de 2005, et le projet de loi augmenterait cette cible de réduction à 20 p. 100. Ces deux cibles sont semblables à notre propre cible de réduction de 20 p. 100 des émissions d’ici 2020 en comparaison aux niveaux de 2006.
Au cœur de ces deux projets de loi aux États-Unis se trouve l’élaboration d’un système de plafonnement des émissions et d’échange de droits. C’est ce sur quoi nous travaillons ici en consultation avec les provinces et les secteurs industriels. Je peux vous assurer qu’il s’agira d’un système élaboré au Canada, un système « distinct, mais égal » qui tiendra compte de nos conditions et de nos particularités, tout en ayant les capacités et les qualités requises pour s’intégrer à un éventuel marché du carbone nord‑américain.
En janvier, le jour même de l’investiture du président Obama, j’ai prononcé un discours dans lequel je me suis engagé à poursuivre trois idées clés.
D’une part, il ne faut « pas nuire » aux fragiles conditions économiques actuelles. Il faut aussi éviter de prendre des mesures, aussi bien intentionnées soient-elles, qui empêcheraient les sociétés canadiennes de progresser en 2009, mais aussi en 2010. D’autre part, il faut favoriser la coordination et l’harmonisation entre les politiques fédérales et les politiques provinciales, et faire de 2009 l’année où tous les gouvernements de tous les niveaux au Canada iraient dans la même direction.
C’est pourquoi j’ai décidé de consulter chacun des premiers ministres provinciaux au cours des derniers mois. De pus, je les ai invités – ainsi que leur ministre de l’Environnement – à Copenhague et à faire partie de la délégation fédérale.
Dans l’ensemble, j’estime que nous avons fait beaucoup de choses correctement en 2009. Nous continuerons donc d’aller de l’avant dans un esprit de collaboration et de respect mutuel.
En disant que j’estime que nous avons bien fait les choses, je reconnais que certaines personnes au Canada sont d’avis contraire. Des gens affirment que le Canada, par un acte de « leadership moral », devrait imposer des exigences aux émetteurs, sans tenir compte des conséquences économiques, et qu’il devrait adopter une réglementation visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre au Canada d’ici 2020 de 25 à 40 p. 100 sous les niveaux de 1990, soit entre 40 à 50 p. 100 de moins que les niveaux actuels.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu'une réduction d’ici 2020 des émissions au Canada, de 25 à 40 p. 100 sous les niveaux de 1990, est plus facile à dire qu’à faire. L’impact sur l’économie en général serait catastrophique. Dans un contexte économique, une réduction de cette ampleur équivaudrait à une quantité de beaucoup supérieure à la totalité des émissions produites par tous les modes de transport au Canada.
Au lieu de cela, le gouvernement des États-Unis et le nôtre, nous nous sommes donné un objectif toujours ambitieux, mais, selon nous, plus responsable. Notre objectif consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre le plus rapidement possible et autant que possible, et ce, sans tuer l’économie et sans rendre le remède plus néfaste que la maladie.
L’année 2009 marque le 100e anniversaire du Traité des eaux limitrophes, le premier grand exemple de collaboration entre le Canada et les États-Unis en tant que gardiens de l’environnement nord-américain.
Au fil des ans, nous l’avons fait maintes fois, nous avons prouvé que l’Amérique du Nord se porte beaucoup mieux lorsque les pays de l’Amérique du Nord travaillent ensemble.
C’est le temps de hausser le niveau de collaboration et de l’appliquer au défi que représentent les changements climatiques, de sorte que, dans 120 ans, la Chambre de commerce d’Edmonton ait encore plus de raisons de célébrer qu’il y en avait en 2009.
-FIN-
- Date de modification :