Discours

Notes pour un discours de
l'honorable Jim Prentice, C.P., C.R., député,
ministre de l'Environnement
au sujet du plan du Canada sur les changements climatiques
4 juin 2009

Tel que prononcé

Merci beaucoup pour cette belle présentation. Mon père était le plus jeune joueur à faire partie de l’équipe des Maple Leafs de Toronto. Une chose qu’il m’a apprise est que vous serez toujours jugé d’après votre prochaine présence sur la glace; je me fais un devoir de toujours me souvenir de cette phrase. Le Canada est ce genre de pays où le fait de venir d’un endroit appelé South Porcupine peut représenter une marque de distinction et où les gens trouvent tout naturel qu’il n’existe pas de North Porcupine.

C’est pour moi un immense plaisir d’être ici. Je suis un grand admirateur du travail qu’a accompli l’Institut C.D. Howe. Je sais que ça fonctionne car je sais qu’il y a des Canadiens de générations qui nous suivent qui écoutent et qui comprennent la valeur d’un gouvernement plus restreint, de politiques publiques sensées et de réductions de taxes. Je le sais car j’étais assis sur ma terrasse il y a de cela quelques semaines, là où je m’installe pour lire des documents du cabinet, profitant de la vue que j’ai sur la ville de Calgary. J’ai entendu cette petite voix qui m’a demandé : « Hé, Monsieur, voulez-vous acheter des roches? » J’ai regardé autour de moi sur la véranda et j’ai vu un mignon petit bonhomme d’environ cinq ans. Sa famille a déménagé pendant l’hiver et habite plus loin sur la rue. J’ai regardé et j’ai vu une sorte de kiosque à limonade sur la rue, et ce petit garçon qui s’appelle Henry. Lui et son ami Bobby avaient ouvert un kiosque à limonade et vendaient des roches sur la rue. C’étaient des roches toutes simples qu’ils avaient trouvées dans le jardin, des petites pierres à 25¢ chacune, sauf qu’ils s’assuraient qu’elles restent toutes mouillées. Vous savez, comme tous les Canadiens, que les roches qui ont un peu de quartz en elles semblent briller lorsqu’elles sont un peu mouillées. Alors je me suis dirigé vers leur kiosque, j’ai fouillé dans mes poches et j’ai trouvé quatre ou cinq vingt-cinq sous. J’ai acheté cinq roches et je suis revenu à la maison. Les roches ont séché et ressemblaient alors à toutes celles que j’ai dans mon entrée.

Karen est sortie de la maison et a commencé à se moquer gentiment de moi. Ma fille, qui habite dans votre ville car elle est étudiante à l’université, est retournée au kiosque d’Henry et lui a demandé : « Henry, mon père dit que si tu baisses le prix de tes roches, il te les achètera toutes ». Le petit garçon n’a même pas cinq ans et il lui a répondu « Madame, je ne coupe les prix pour personne ». Cassie lui a demandé : « Et pourquoi pas, Henry? ». Il a répondu : « Madame, ici, au Canada, tout est une question de taxes ».

Nous sommes en train de vivre une année charnière. 2009 constitue une année charnière pour la communauté internationale aux prises avec les changements climatiques. Nous nous dirigeons vers Copenhague et c’est ce dont je vais vous parler en gros aujourd’hui, car cela aura des incidences majeures sur notre pays.

L’ensemble des nouvelles politiques qui seront annoncées au cours de l’année toucheront toutes les façons dont notre société consomme l’énergie; tout, à partir des types de réseaux électriques que nous utilisons, de la façon dont nous générons l’électricité jusqu’aux types de voitures que nous conduisons et essentiellement, tout ce qui gravite autour. Ces politiques placeront nombre de nos secteurs industriels sur la voie qui leur permettra de demeurer concurrentiels sur le plan mondial par la force de leur durabilité environnementale et leur capacité à transformer leurs activités; la combinaison de capital et de main-d’œuvre au Canada en une force concurrentielle à l’échelle internationale.

Les changements climatiques constituent certainement l’un des enjeux de politique publique les plus importants de notre temps et cet enjeu jouit présentement d’une popularité internationale qui, en ce moment, indique clairement jusqu’où cela va nous mener. En tant que Canadiens, nous devons adopter une vision à long terme et mettre en place une politique-cadre qui nous permettra de cheminer sur la bonne voie, à long terme, afin d’atteindre les types d’objectifs transformationnels auxquels nous pouvons nous attendre dans notre société. Nous nous devons de le faire dans le contexte d’une situation économique fragile, situation qui, mois après mois, n’a cessé de nous rappeler comment les choses étaient difficiles. Le processus dans lequel nous sommes engagés constitue ni plus ni moins la transformation que subira notre capital social dans notre société au fil du temps entre aujourd’hui et 2050. D’ici la fin de l’année 2009, vous constaterez que non seulement le Canada saura passer à travers cette grave tempête économique que nous vivons présentement, mais nous aurons su mettre en place des politiques vigoureuses en matière de changements climatiques tournées vers l’avenir et qui toucheront toutes les sources d’émissions de carbone au Canada.

Ainsi dans notre pays, nous allons de l’avant sur trois paliers parallèles, soit sur palier canadien, le palier nord-américain et le palier international.

  • À l’échelle internationale, certainement parce que les changements climatiques dans le monde requièrent indéniablement une intervention et des solutions planétaires. L’objectif du Canada, pour être très clair à ce sujet, est d’agir à titre d’intervenant constructif dans le cadre de tous les forums internationaux sur les enjeux reliés aux changements climatiques, comme le processus des Nations Unies, le Forum des principales économies dirigé par le président Obama, etc.
  • À l’échelle nord-américaine, parce que l’économie du Canada est profondément intégrée avec celle de notre voisin du Sud. Nous partageons le même espace économique et environnemental et nous occupons le plus important marché de libre-échange de l’énergie au monde. Nous devons travailler ensemble vers des objectifs communs.
  • À l’échelle du pays, parce que comme vos enfants et vos petits-enfants vous le diront, vous devez penser en termes planétaires tout en agissant localement. Nous sommes engagés, en tant que défenseurs d’une saine gestion de l’environnement, à devenir responsables à l’échelle nationale dans le cadre de notre volonté d’accomplir tous les progrès qui doivent être réalisés à l’échelle planétaire.

Nous accomplissons donc d’énormes progrès sur chacun de ces trois paliers au fil des mois. Chacun d’entre eux influence profondément les autres; en fait, ils sont intrinsèquement liés les uns aux autres.

Laissez-moi commencer par le palier international. Au cours des derniers mois, j’ai assisté à un forum des principales économies à Paris, à une conférence mondiale en Norvège sur la capture et le stockage du carbone organisée par les Nations Unies et au sommet mondial des affaires sur les changements climatiques à Copenhague.

Ces réunions ont réellement aidé le Canada et nos partenaires internationaux à se préparer pour décembre. C’est en effet en décembre que les progrès réalisés lors de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques prendront forme, et le Canada entend bien y être et contribuer à concrétiser une nouvelle entente mondiale sur l’avenir après Kyoto et sur nos façons de contrer les effets négatifs des changements climatiques. C’est effectivement à Copenhague que le monde entier tournera la page sur Kyoto et regardera vers l’avenir au-delà de 2012. Nous espérons vivement réussir à atteindre un consensus international en vue de trouver des solutions à ce qui est de plus en plus considéré comme le plus grand défi environnemental de notre époque.

Le Forum des principales économies a été organisé par le président Obama. Le processus des Nations Unies est un processus difficile. Il fait intervenir plus de 190 pays aux négociations du protocole. Vous pouvez ainsi imaginer les défis que représente l’atteinte d’un consensus dans ce contexte. Le président Obama a organisé un processus séparé connu comme le Forum des principales économies, faisant participer, outre le Canada, 15 autres pays. Nous avons donc réuni 16 des principales économies mondiales, groupe auquel s’est ajouté le Danemark car ils sont les hôtes à Copenhague. Ce processus permettra de donner forme au processus des Nations Unies et de l’appuyer de façon complémentaire.

En vérité, la position du Canada sur le processus de Copenhague repose sur des principes fondamentaux. J’ai toujours trouvé utile, en territoire inconnu en matière de politique publique, de faire appel à mes principes et ce, pour deux raisons. La première est qu’il est impossible d’exceller en politique publique à moins de s’asseoir et de parler avec les gens. C’est quelque chose que j’ai appris d’un de mes mentors, Derek Burney. Vous parlez aux gens des principes sur lesquels vos politiques s’appuieront et ce n’est qu’ensuite que vous comprenez l’application de ces politiques dans leur contexte. La seconde est qu’en situations difficiles et dans certaines politiques-cadres, il est important de revenir à ce que sont réellement nos principes fondamentaux en tant que Canadiens et à l’approche que nous préconisons en ce qui a trait aux changements climatiques.

Permettez-moi de simplement vous présenter les grandes lignes de l’approche que votre gouvernement a adoptée. Premièrement, nous sommes d’avis qu’il faut conserver un équilibre entre les progrès environnementaux et les progrès économiques, que nos responsabilités en tant que défenseurs de l’environnement se doivent d’être équilibrées avec nos responsabilités liées à la prospérité. Pour être franc, il faut une certaine dose de prospérité pour favoriser les progrès environnementaux. Cela peut sembler évident pour vous tous dans cette salle, mais ce principe ne fait pourtant pas l’unanimité à travers le monde.

Deuxièmement, nous avons comme position de maintenir les efforts à long terme à ce sujet. Nous sommes essentiellement engagés dans la lutte aux changements climatiques en vue d’en arriver à des transformations à long terme de notre capital social de notre société, de notre capital énergétique, de nos systèmes de transport, etc. D’ici 2050, ce dans quoi nous nous embarquons, c’est dans une transformation de ce capital social d’une façon qui se devra d’être astucieuse, de se faire avec beaucoup d’attention, en réduisant nos émissions de carbone mais aussi en protégeant et en améliorant notre niveau de vie. Encore une fois, cela peut sembler évident pour vous tous ici présents mais cette façon de penser n’est pas nécessairement partagée par tout le monde autour de la table.

Troisièmement, la technologie. Ce qui favorisera le type de changement dont nous parlons, ce sont les avancées technologiques et donc le cadre stratégique public que nous devons mettre en place doit en être un qui favorisera le type de changement dont nous parlons.

Une bonne illustration de ce fait est la façon dont nous utiliserons la technologie pour façonner un avenir faible en carbone; ainsi l’une des meilleures illustrations de ce fait constitue la capture et le stockage du carbone. C’est quelque chose dont, j’en suis sûr, vous avez souvent entendu parler. Il s’agit d’une technologie remplie de défis; ce n’est pas une panacée mais c’est une technologie qui sera extrêmement importante, où le Canada a très bien tiré son épingle du jeu. Les plus importants projets de capture et de stockage de carbone au monde se déroulent présentement au Canada ou en Norvège. En fait, 40 % du carbone stocké à travers le monde l’a été par des entreprises canadiennes. Nous sommes donc des leaders mondiaux dans ce domaine et devons continuer à y exceller.

Le quatrième principe sur lequel notre approche en tant que pays s’appuie est que le consensus de Copenhague se doit d’être crucial, mais il se doit également de faire participer tant les pays développés que les pays en voie de développement. Il doit certainement respecter le fait que si l’on tente d’élaborer un protocole international visant à réduire les émissions de carbone, il doit fondamentalement s’appliquer aux émetteurs de carbone. Il devra donc s’appliquer aux États-Unis. Le protocole devra être ratifié par les États-Unis, contrairement à Kyoto. Ce protocole devra porter sur la croissance explosive dans les pays en voie de développement et s’appliquer de façon significative à la Chine, à l’Inde et au Brésil car en fait, ces trois pays ont la plus forte croissance d’émissions au monde.

Ce sont là les principes que préconise le Canada. Ce sont les causes que nous épousons à la table internationale. C’est la trajectoire internationale que nous suivons actuellement. Cela occupe beaucoup de mon temps. Toutes les deux ou trois semaines, nous sommes assis quelque part dans le monde autour d’une table, dans le cadre du processus du Forum des principales économies ou de celui des Nations Unies.

Il se passe également beaucoup de choses à l’échelle nord-américaine. La coopération et l’harmonisation de nos mesures en vue de régler ces enjeux de taille, à l’échelle nord-américaine, se font tant dans notre intérêt que dans celui des États-Unis. Pour être très clair : beaucoup de choses se sont dites à propos de la loi sur le plafonnement et les échanges. La journée où le président Obama a été assermenté, je donnais une conférence ici à Toronto devant le Conseil canadien des chefs d’entreprises. Nous avions indiqué à ce moment que le Canada était prêt à entreprendre des discussions avec les États-Unis sur l’éventualité d’un système nord-américain de plafonds et d’échanges d’émissions. Nous avons démontré notre volonté de le faire, une volonté d’explorer ce sujet avec les États-Unis.

De toute évidence, il est important pour nous d’avoir une perspective nord-américaine, vu la nature intégrée de notre économie, de notre système de production d’énergie et de notre environnement. Bien qu’il existera toujours des différences entre nos pays, il y a un grand nombre de domaines où l’harmonisation est possible, où nous pouvons atteindre les mêmes objectifs environnementaux que ceux que se sont fixés les États-Unis. Nous pouvons le faire de la façon la plus rentable et la plus efficace possible en respectant essentiellement les mêmes normes ou des normes similaires. Il existe d’autres domaines où il y a des différences fondamentales, mais tout ceci se produit sur une toile de fond où il importe de noter que le Canada et les États-Unis ont un historique de collaboration sur des enjeux environnementaux. C’est un travail qui remonte à loin, qui a connu des progrès remarquables et qui a profité aux deux côtés de la frontière.

C’est donc sur cette toile de fond que le Premier ministre Harper et le président Obama se sont rencontrés pour la première fois, comme vous vous souvenez sans doute, lors de la première visite effectuée par le président hors des États-Unis. C’est à ce moment que nous avons entrepris une initiative bilatérale appelée le Dialogue sur l’énergie propre. Cela constitue également une part importante du processus. Il s’agit d’un dialogue axé sur les possibilités de solutions pour l’Amérique du Nord, sur les technologies en Amérique du Nord. Nous tenions à être beaucoup plus que la somme de toutes les parties; il s’agira d’une collaboration de recherche plus importante que tout ce que nous ayons pu entreprendre jusqu’à maintenant. Il permettra de faire avancer la recherche et le développement de l’énergie propre, d’explorer les nouvelles techniques d’énergie écologique et de nous amener vers un réseau électrique plus efficace en termes que j’aborderai dans quelques minutes.

Le Dialogue sur l’énergie propre servira également de véhicule permettant au Canada de démontrer son leadership. Les domaines comme la capture et le stockage du carbone et d’autres domaines où nous avons excellé - nous utiliserons le Dialogue sur l’énergie propre comme mécanisme pour faire avancer la technologie au Canada, pour multiplier les histoires à succès chez nous et bâtir sur ces fondations. Je crois qu’il est raisonnable de dire qu’il représente la première étape de notre collaboration avec les États-Unis et il servira de plate-forme sur laquelle nous pourrons plus tard élaborer une approche nord-américaine sur un grand nombre de domaines de la politique environnementale.

Les groupes de travail qui ont été mis sur pied méritent d’être mentionnés dans le cadre de ce Dialogue sur l’énergie propre. Ils ont reçu le mandat de présenter des recommandations claires en matière de politiques ainsi que des projets tangibles. On s’y attardera davantage lors de la prochaine réunion du Premier ministre avec le Président américain. Au sein du premier groupe de travail, mentionnons la présence d’un ancien chef de la direction de Nexen Energy, Charlie Fisher, qui représente le secteur privé dans cette participation; le groupe de travail s’est penché sur les techniques d’énergie écologique comme la capture et le stockage du carbone, sans toutefois s’y limiter. Ces technologies seront vraiment essentielles en vue de contrer les émissions de charbon thermique.

Il serait tout à fait légitime de se demander à quoi sert vraiment de capturer et de stocker le carbone et les émissions de charbon thermique. Eh bien, voici à quoi cela sert : actuellement, 40 % du carbone présent dans l’atmosphère est le résultat du charbon utilisé dans les centrales thermiques. Au cours des 25 prochaines années, il se construira 2 000 nouvelles centrales thermiques dans le monde; elles se doivent donc d’être beaucoup plus efficaces. Nous devons passer de la génération des centrales thermiques polluantes à celle des centrales faisant appel à des technologies critiques et hyper-critiques mais au bout du compte, elles émettront toutes du carbone, et la seule technologie réputée actuellement pouvoir éviter cette conséquence est la capture et le stockage du carbone. C’est pourquoi vous en entendez tant parler et c’est pourquoi cette technologie est si cruciale. C’est pourquoi elle est si importante pour les Américains, parce que leurs systèmes de production d’électricité reposent en grande partie sur le charbon thermique. C’est pourquoi elle sera aussi extrêmement importante pour la Chine et pour l’Inde, qui prévoient bâtir de nouvelles usines au cours des prochaines années. 

Nous avons aussi mis sur pied un groupe de travail dont la représentation canadienne est dirigée par Jacques Lamarre, l’ancien président de SNC-Lavalin. Ce groupe est axé sur les réseaux électriques intelligents entre le Canada et les États-Unis. Nous avons un réseau électrique qui a été conçu dans les années 1960, construit dans les années 1970 et qui a pratiquement atteint sa capacité maximale dans les années 1980. Il est temps de se tourner vers les technologies de réseaux intelligents, de mettre ce réseau à jour et de s’assurer qu’il a la capacité de fournir peut-être autant que 25 000 mégawatts d’hydroélectricité canadienne. Ceci constituerait une réalisation de taille en termes d’écologisation de notre système nord-américain de production d’électricité.

Finalement, il y a un groupe de travail distinct dans le cadre duquel les intérêts canadiens sont représentés par Linda Hasenfratz, chef de la direction de Linamar. Ce groupe discute des recherches sur les moteurs non polluants et s’intéresse à certaines solutions imaginatives dont nous aurons grandement besoin dans ce domaine.

En marge de ce processus, nous continuons de travailler étroitement avec le gouvernement des États-Unis sur divers sujets allant notamment des droits d’émissions des véhicules automobiles jusqu’au secteur du charbon. Le secteur automobile a été la pierre angulaire de ces travaux. Je pense qu’il est sage de prendre une pause et de voir où nous en sommes rendus dans ce secteur car il présente une réelle occasion d’harmonisation.

Nous avons harmonisé nos règlements sur les émissions avec les États-Unis, ce que nous appelons les normes sur les émissions des tuyaux d’échappement. Par ce geste, nous nous engageons collectivement et conjointement à réduire les émissions, à resserrer les normes et à produire davantage de véhicules à haut rendement énergétique. Mais, en bout de ligne, nous reconnaissons qu’il y a un seul secteur automobile en Amérique du Nord et que les pièces se déplacent d’un côté à l’autre de la frontière. Ce secteur a besoin d’être concurrentiel sur le plan industriel et de servir les clients et pour ce faire, il nous faut une seule norme pour l’ensemble de l’Amérique du Nord. Nous avons harmonisé nos normes sur les émissions des tuyaux d’échappement. Il s’agit d’un des premiers enjeux dont j’ai discuté avec l’administration américaine lorsque Carol Browner, la conseillère du président Obama en matière de changements climatiques, accompagnait ce dernier pour sa réunion avec le Premier ministre. Nous avons un marché continental qui sera mieux desservi par une norme nationale sur les émissions.

Certains ont conclu à tort que nos travaux avec l’administration américaine pour la mise en place de ces politiques signifient que nous attendons les initiatives des États-Unis. Je peux vous assurer du contraire. Nous n’attendons pas après les Américains. C’est tout simplement faux. En fait, en ce qui concerne les normes sur les émissions d’échappement, le Canada a présenté notre approche et publié les règlements dans la Gazette du Canada trois mois avant même que les États-Unis annoncent qu’ils comptaient suivre cette voie. Nos politiques sur les changements climatiques, en tant que pays, doivent être et seront dans les meilleurs intérêts du Canada. Nous les élaborerons dans cette optique. Nous tiendrons compte de ce qui se passe ailleurs. Nous tiendrons compte de ce qui se passe aux États-Unis, car vu la nature intégrée de notre économie, il ne serait pas sage d’élaborer nos politiques en faisant fi de ce qui se passe ailleurs.

Cependant, il est important de comprendre qu’il existe d’importantes différences entre les émissions de gaz à effet de serre du Canada et celles des États-Unis. Contrairement aux normes sur les émissions d’échappement pour lesquelles nous possédons la même industrie automobile, dans d’autres domaines il est possible de constater les contrastes, comme c’est le cas pour notre réseau d’électricité. Le réseau d’électricité du Canada est l’un des plus propres au monde. Vous en entendez peu parler, mais environ 70 % de notre réseau d’électricité au Canada n’émet pas de gaz à effet de serre. Aux États-Unis, c’est l’inverse : près de 75 % de leur réseau émet des gaz à effet de serre. Ils ont de gros défis à relever de ce côté. Grâce à notre patrimoine naturel, nous avons pu faire autrement. Nous exploitons l’hydroélectricité, l’énergie nucléaire et d’autres énergies renouvelables. Notre pays aspire à atteindre un taux de non-émission de 90 % d’ici 2020. Voilà notre objectif en matière de politiques. Il diffère grandement de celui des États-Unis. Par conséquent, nos solutions ont toujours été et continueront d’être différentes de celles des États‑Unis.

À l’échelle nationale, nous poursuivrons la mise en place de nos politiques particulières. Les engagements que nous avons pris à Copenhague sont les mêmes que ceux pris par les Américains, les Australiens et d’autres pays. Entre aujourd’hui et novembre, toutes les sources d’émission de gaz à effet de serre au Canada feront l’objet d’annonces de politiques ciblant chacune de ces sources d’émission. La première à avoir été annoncée concernait les normes sur les émissions des pots d’échappement, mais ce n’est qu’un début.

Les objectifs du Canada consistent à réduire nos émissions de 20 % d’ici 2020, et de 60 à 70 % d’ici 2050. Il s’agit là d’un objectif audacieux dans le contexte de notre pays. Le Canada est un vaste pays, la deuxième plus grande superficie terrestre au monde. Notre climat est parfois problématique. Je dis parfois que j’ai grandi à South Porcupine, où il y a dix mois d’hiver et deux mois de mauvaises conditions de patinage. L’énergie est un enjeu important pour chacun d’entre nous. De plus, la base industrielle du Canada est très énergivore. 

Notre engagement consiste à déposer ces politiques. Elles porteront sur l’ensemble des sources d’émission. Nous nous y attaquerons secteur par secteur et nous définirons des cibles de réduction obligatoires qui seront appliquées d’un bout à l’autre du Canada. Nous imposerons ces cibles au moyen de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE). Les gens se demandent pourquoi nous n’avons pas déposé un projet de loi rigoureux sur le plafonnement et l’échange. Nous n’avons pas l’intention de déposer un projet de loi semblable comme c’est le cas ailleurs, car en vertu de la LCPE nous avons le pouvoir de prendre les règlements nécessaires pour créer ce système.

Je tiens à être clair sur le moment de mise en œuvre de toutes ces mesures, car je crois que notre position est très explicite. Nous présenterons cette année, soit en 2009, notre série de politiques visant toutes les grandes sources d’émission. Je l’ai déjà dit et je le répèterai : nous le ferons avant de nous asseoir à la table des négociations à Copenhague. Ensuite débutera le processus de rédaction des règlements, en vertu de la LCPE, qui se déroulera en 2010, soit l’année suivante. Dans certains cas, comme l’illustrent les normes sur les émissions des tuyaux d’échappement, nous avons déjà entamé le processus. Mais, 2010 sera l’année pendant laquelle les règlements seront élaborés. Les règlements seront rédigés dans l’optique d’une date d’application, celle du 1er janvier 2011. Ils seront par la suite mis en œuvre secteur par secteur. Nous prendrons des décisions individuelles, secteur par secteur, pour ce qui est de la date d’application de ces règlements.

Nous n’avons jamais prétendu que nos règlements seraient dans tous les cas les mêmes que ceux des États-Unis, pas plus que nous avons dit qu’ils seraient mis en œuvre aux mêmes dates que ceux des États-Unis. Leur contenu et leur moment de mise en œuvre seront dictés par les intérêts nationaux du Canada. Nous nous assurerons de bien connaître ce que font nos partenaires commerciaux, notamment les États-Unis, à quel moment ils le feront et quelles seront les incidences sur les secteurs tributaires du commerce de notre pays.

Il est donc clair que notre cadre de réglementation sera conçu pour répondre aux besoins du Canada et servir nos intérêts. Il sera conçu pour que l’on puisse tout de même réagir aux développements qui ont lieu aux États‑Unis ou ailleurs, selon ce qui se passe dans les secteurs tributaires du commerce. Notre gouvernement a déployé bien des efforts dans ce domaine au cours des dernières années. En fait, nous avons fait une grande partie du travail difficile. Nous avons fait une bonne part de l’analyse microéconomique qu’il faut faire pour harmoniser ces règlements.

À l’étape de la conception, nous ne perdrons pas de vue les circonstances propres au Canada, le caractère unique qui est le nôtre - la nature de notre climat, notre géographie et aussi notre base industrielle. Nous garderons à l’esprit que notre économie est fondée sur les ressources, que c’est une économie grande consommatrice d’énergie à bien des égards, où la croissance a lieu dans un certain nombre de secteurs et où pratiquement toutes les industries lourdes sont grandement tributaires du commerce. Il va sans dire que dans ce domaine nous explorerions les possibilités de plafonnement et d’échange avec les États‑Unis et c’est ce que nous faisons. Nous étudions le genre de système de plafonnement et d’échange qui conviendrait le mieux au Canada et qui s’harmoniserait avec les pratiques de notre partenaire commercial.

Dans tout cela, nous mettons l’accent sur la technologie dans la méthode que nous appliquons. En tant que pays, un des aspects de politique que voulons rendre fondamental, c’est un fonds pour la technologie qui permettrait des quotas d’émissions et en attribuerait aux entreprises qualifiées qui investissent de l’argent dans le développement de technologies et dans leur mise en œuvre. Ce sera l’une des options d’application qui existera dans le système canadien. Aux États‑Unis, le projet de loi Waxman-Markey étudie ce type de possibilités. C’est une idée qu’ils ont eue après un voyage au Canada l’été dernier au cours duquel ils ont exploré la manière dont nous faisons les choses à ce sujet.

Nous considérerons les répercussions possibles suivant la couverture de notre système. Dans le processus en cours aux États‑Unis, on considère un système de plafonnement et d’échange qui s’appliquerait à toute l’économie. Il va nous falloir regarder de près ce que les Américains sont en train d’envisager. En outre, nous examinerons le rôle des mécanismes d’échange complémentaires comme les systèmes nationaux de compensation et peut‑être, quand les choses auront progressé, des crédits d’émission internationaux. Dans les jours qui viennent, comme première étape dans cette direction, je vais annoncer les détails du système national de compensation du Canada.

Mesdames et Messieurs, c’est essentiellement vers où nous nous dirigeons. J’aimerais ouvrir une parenthèse au sujet de l’électricité, un sujet qui a été abordé dans les nouvelles et qui, j’en suis sûr, vous intéresse. Notre approvisionnement en électricité est une source majeure d’émissions dans notre société. Elle est en fait la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre au Canada. Il est donc important de remédier à la situation dans le cadre de nos voies nationale et continentale.

Le réseau électrique intelligent que j’ai mentionné auparavant en est une partie importante. La possibilité d’acquérir de nouvelles sources d’hydroélectricité en est une partie importante, tout comme la possibilité d’acquérir de nouvelles sources de gaz naturel du Canada. Toutes ces politiques et stratégies devront être élaborées soigneusement et adaptées aux besoins des consommateurs et des intervenants chargés de traiter de ces questions.

L’amélioration de l’efficacité énergétique chez les consommateurs et dans la transmission de l’électricité aidera le Canada à bâtir une économie plus durable, mais nous pouvons et devons aussi nous occuper de la production d’électricité. La manière dont nous produisons l’électricité et la manière dont nous l’utilisons sont les deux côtés d’une même médaille.

J’aimerais partager avec vous certains des critères qui façonneront nos politiques réglementaires visant le secteur de l’électricité. Premièrement, l’approche à l’égard du secteur tentera d’établir des règles de jeu équitables parmi les différents combustibles utilisés pour la production d’énergie électrique. Deuxièmement, le système fournira à l’industrie des mécanismes souples de conformité et devrait éviter de prescrire des technologies précises. Troisièmement, l’approche comprendra des mécanismes afin de stimuler les investissements dans des nouvelles technologies pour permettre à l’industrie d’offrir au marché des technologies de production d’électricité propre, comme des systèmes de capture et de stockage de carbone et la production d’énergie électrique renouvelable. Quatrièmement, nous devons reconnaître les dépenses en capital et les autorisations réglementaires du passé, et assurer aux investisseurs une transition équitable pour les installations existantes afin de réduire au minimum les droits d’actifs délaissés. Finalement, l’approche doit aussi assurer une équité régionale dans le secteur électrique du Canada.

Voilà les critères sur lesquels se fondera notre politique. Nous poursuivrons nos discussions sur le sujet avec les intervenants concernés et continuerons de faire des progrès.

En conclusion, Mesdames et Messieurs, c’est essentiellement vers où nous nous dirigeons : la voie nationale que nous avons adoptée, les répercussions de cette dernière à l’échelle nord-américaine et les conséquences à l’échelle internationale de ce à quoi tout cela aboutira. Cette année constitue vraiment une étape charnière. Je n’essaierai pas de vous convaincre que ce ne sera pas une année complexe. Cette année, nous mettrons en place le cadre de réglementation du Canada. Nous deviendrons un chef de file à l’échelle internationale en tant que partie responsable dans la réduction des gaz à effet de serre. En fin de compte, toutefois, ce ne sont pas les règlements qui donneront des résultats. Ce sont les technologies que nous mettrons au point et les investissements que nous ferons qui permettront de trouver des solutions à ces défis et qui placeront le Canada à la fine pointe de ce qui se passe à l’échelle internationale.

Nous avons un échéancier ambitieux en matière de réglementation. Nous avons l’intention d’être un chef de file dans l’établissement des cadres de travail pour un Canada plus vert. En répondant à ces cadres de travail, je suis convaincu que l’industrie canadienne fera partie des chefs de file de la révolution technologique qui aura lieu d’ici 2050.

Merci beaucoup, Mesdames et Messieurs.