Discours
Notes d'allocution
prononcées par
l'honorable Jim Prentice, C.P., c.r., Député,
ministre de l'Environnement,
à l'occasion du
Sommet annuel de la région du Nord-Ouest du Pacifique
Calgary (Alberta)
le 17 juillet 2010
L’allocution prononcée fait foi
Lorsque je suis devenu ministre de l’Environnement du Canada, il y a environ 18 mois, je n’avais pas bien compris à ce moment-là à quel point je serais souvent amené à parler d’« alignement ».
Après tout, ce n’est pas tout à fait le genre de terme qui nous vient à l’esprit lorsque l’on pense à la conservation, aux changements climatiques ou à toute autre chose à laquelle pensent les Canadiennes et les Canadiens lorsqu’il s’agit de l’environnement de notre magnifique pays.
Mais, en fait, l’« alignement » est un élément central de la politique environnementale du Canada, en particulier lorsqu’il s’agit de nos relations avec les États-Unis. Et il ne s’agit pas d’une expression abstraite de bonne volonté et d’intentions chaleureuses, mais d’une réflexion nettement délimitée et essentiellement pratique.
L’alignement de l’approche du Canada et des États-Unis dans le dossier des changements climatiques et des multiples défis qu’ils posent est le moyen le plus efficace et le plus réaliste pour nous permettre de réaliser les progrès que nous nous sommes fermement engagés à faire.
Immédiatement après la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Copenhague, nous avons « aligné » les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada avec celles adoptées par les États-Unis. Comme nos voisins du sud, nous réduirons les émissions de gaz à effet de serre de 17 % d’ici 2020 par rapport à l’année de référence de 2005.
Nous avons également travaillé avec l’administration Obama pour « aligner » des normes nord-américaines en matière de réglementation des émissions des véhicules. Nous avons publié un projet de règlement concernant les émissions d’échappement des véhicules léger qui correspond aux règlements des États-Unis, et nous avons déclaré récemment que nous ferons la même chose pour les véhicules lourds.
Enfin, nous alignons nos actions afin d’accélérer la conception et la mise en œuvre des technologies d’énergie propre dans le cadre du Dialogue sur l’énergie propre entamé en 2009 par le président Obama et le premier ministre Harper.
En envisageant l’avenir, le secrétaire Chu et moi-même transmettrons au président et au premier ministre notre deuxième rapport sur les progrès réalisés dans le cadre de ce dialogue.
Ce rapport soulignera certains des progrès importants réalisés par nos deux pays dans le cadre d’une série de 20 initiatives visant à accélérer les technologies de captage et de stockage du carbone, les technologies pour l’avancement d’un réseau électrique intelligent et la recherche et le développement dans le domaine de l’énergie propre.
Cette approche simple est fondée sur nos réalités respectives.
Le Canada et les États-Unis partagent un environnement commun, que ce soit le bassin des Grands Lacs, la région des grandes plaines ou la petite plaine côtière entourant Puget Sound.
Nos économies sont intégrées. En effet, les entreprises de certains secteurs clés, comme celui de l’automobile, collaborent plutôt que se concurrencer les unes les autres, puisqu’elles sont les fournisseurs des unes et la clientèle des autres à un stade quelconque dans les chaînes complexes d’approvisionnement.
Le Canada joue aussi un rôle majeur dans l’équation énergétique nord‑américaine, tant à titre de fournisseur que de partenaire. Nous ne sommes pas seulement le plus grand fournisseur de pétrole, de gaz naturel, d’hydroélectricité et d’uranium du marché américain, nous sommes également un fournisseur indispensable pour ceux qui habitent les États du Nord sans accès à la mer. En 2008, le Canada a exporté 122 milliards de dollars en énergie aux États‑Unis, et les exportations de pétrole brut et de gaz naturel ont représenté environ 14 % de la consommation de nos voisins. Des réserves importantes de pétrole et d’uranium canadiens signifieront que le Canada représentera une source d’énergie importante, sûre et stable pour les États‑Unis à l’avenir.
Nous sommes cogestionnaires et copropriétaires de pipelines et de réseaux électriques qui transcendent les frontières. En tant que membre de la North American Electric Reliability Corporation, nous devons en permanence maintenir une source fiable d’électricité au Canada et aux États-Unis. Conformément à l’engagement pris dans le cadre du Programme international de l’énergie de 1974, engagement que nous avons réaffirmé dans l’Accord de libre‑échange nord-américain, nous devons partager le pétrole avec les États‑Unis en cas de pénurie et d’insécurité énergétique d’urgence.
Notre interdépendance environnementale, économique et énergétique est l’une des raisons pour laquelle il est logique que le Canada et les États-Unis fassent front commun et qu’ils « alignent » leur approche en matière de changements climatiques. Mais il existe une autre raison encore.
Nous savons tous que la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère sera un grand défi. En réalité, il sera impossible de le faire sans que les États‑Unis et les autres principaux pays émetteurs nous emboîtent le pas. C’est précisément la raison pour laquelle le gouvernement du Canada tenait tant à ce qu’un accord soit conclu au sommet de Copenhague.
D’un côté, compte tenu de notre proximité géographique et économique, si nous en faisons plus que les États-Unis, nous risquons de subir des conséquences économiques sans tirer de véritables avantages sur le plan environnemental – en raison de l’ampleur du défi –, des conséquences qui pourraient nuire à notre capacité d’investir dans de nouvelles technologies propres.
D’un autre côté, si nous en faisons moins, nous risquons de nous buter à des obstacles sur le marché des États-Unis.
Il nous faut une approche continentale qui comporte des politiques et des règlements nationaux qui poursuivent des résultats similaires pour nous permettre de favoriser une concurrence équitable et de maintenir un libre-échange dans le marché nord‑américain intégré.
Il existe des mesures qui ne dépendent pas de l’alignement que le Canada peut prendre et notre gouvernement les prend. Le secteur de l’électricité est un bon exemple.
Le gouvernement du Canada a déclaré récemment qu’il agit pour réduire les émissions dans le secteur de l’électricité, en particulier les émissions qui proviennent de la production d’électricité au charbon.
Nous comptons instaurer un règlement qui permettra d’équilibrer l’environnement, la main d’œuvre et l’investissement.
Les actions visant à réglementer la production d’électricité par des centrales alimentées au charbon permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer la qualité de l’air que respire la population canadienne, et ce, d’un océan à l’autre.
Ces actions rapprochent un peu plus le Canada de son objectif de devenir une superpuissance de l’énergie propre.
Près de 19 % de l’électricité du Canada est produite au moyen du charbon. De plus, les émissions engendrées par le charbon comptent pour 13 % du total des émissions de gaz à effet de serre du Canada.
Dans une perspective plus large, le Canada ne dispose que de 21 centrales alimentées au charbon, que l’on élimine progressivement, alors que les États‑Unis en ont 630 et qu’ils n’entreprennent aucune mesure pour les fermer. Les centrales alimentées au charbon sont la cause principale des émissions dans les deux pays.
Au Canada, la majorité des centrales thermiques alimentées au charbon sont désuètes. À l’heure actuelle, 51 centrales au charbon sont réparties en 19 installations. Toutes ces centrales, sauf 18 d’entre elles, atteindront la fin de leur durée économique de 45 ans d’ici 2025.
L’approche que nous adoptons crée, pour l’industrie, de convaincantes incitations à investir dans des technologies plus propres, et cette approche reflète nos nombreux échanges avec les provinces qui produisent de l’électricité au moyen du charbon thermique, de même qu’avec l’industrie.
Désormais, toutes les nouvelles centrales au charbon – de même que celles qui arrivent au terme de leur durée économique – devront respecter une rigoureuse norme de rendement. Cette norme sera fondée sur le contrôle des émissions de la production d’électricité alimentée au gaz naturel à haute efficacité, et mènera à une réduction des émissions d’environ 60 % par gigawatt‑heure d’énergie produite.
Cette politique, combinée avec l’engagement des provinces et des entreprises à cesser les activités des centrales au charbon, devrait permettre des réductions d’émissions d’environ 15 mégatonnes d’ici 2020.
Notre règlement sera très clair. Lorsqu’une installation alimentée au charbon atteindra la fin de sa durée économique, elle devra se conformer à la norme ou cesser ses activités. Aucun échange. Aucune compensation. Aucun crédit.
Afin de favoriser l’avènement d’une production de remplacement adéquate, la norme proposée entrera en vigueur cinq ans après la date de son annonce. Entre-temps, nous éviterons la construction précipitée de centrales au charbon non conformes. Et bien entendu, nous nous adapterons aux circonstances exceptionnelles pour prévenir toute interruption de l’approvisionnement en électricité.
Nous ne perdrons pas de vue les possibilités qu’offriront les technologies plus propres de production d’électricité alimentée au charbon de l’avenir. Notre pays est un chef de file en matière de captage et de stockage du carbone, et nous comptons le demeurer. Comme l’a mentionné le premier ministre Harper, fournir cette technologie à des fins commerciales est essentiel à la réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada. Dans ce règlement, les nouvelles centrales au charbon qui adopteront une technologie de captage et de stockage du carbone seront exemptées de la norme jusqu’en 2025.
Cependant, bien que l’impact sur l’environnement de l’ensemble de ces initiatives puisse être considérable, il n’en sera pas ainsi sur notre économie. En fait, notre capital national est rendu au point où, de toute façon, de nouvelles installations doivent être construites, et une technologie rentable est mise à disposition pour produire de l’électricité avec moins d’émissions.
Le Canada bénéficie également d’une source abondante d’hydroélectricité, et, ainsi, nous disposons déjà de l’un des réseaux électriques les plus propres au monde. Dans un contexte continental, l’hydroélectricité devrait être reconnue à sa juste valeur : une source d’énergie propre et renouvelable.
Cela étant dit, actuellement, nous ne tirons pas le maximum de l’utilisation de l’hydroélectricité. Au cours des 25 prochaines années, le Canada a la possibilité d’apporter 25 000 mégawatts supplémentaires d’hydroélectricité en ligne, et nous devons travailler en vue d’atteindre ce résultat.
En bref, une élimination progressive, responsable et sans équivoque de la production inefficace d’électricité à partir du charbon par le secteur accordera suffisamment de temps à la mise en œuvre de technologies de production plus propres. Ainsi, il y a aura une création d’emplois dans le secteur de l’énergie propre, et le Canada pourra respecter son engagement en matière de réduction des gaz à effet de serre.
Je vais maintenant vous parler d'un enjeu qui concerne tous les Albertains, et tous les Canadiens : les sables bitumineux.
Notre gouvernement appuie l'expansion continue de l'industrie des sables bitumineux en Alberta. Les sables bitumineux sont une des plus grandes ressources du pays. Exploités de façon responsable, ils pourraient devenir un moteur de l'économie canadienne et ainsi assurer la prospérité et une qualité de vie élevée à nos enfants et à nos petits-enfants.
Mais je tiens à être très clair. Les sables bitumineux doivent être exploités de façon responsable sur le plan environnemental, et le gouvernement du Canada veillera à ce que cette industrie tienne compte de notre objectif de devenir une superpuissance de l'énergie propre. Nous voulons devenir un producteur de toutes les formes d'énergies qui sera respecté et respectueux de l'environnement, qu'il s'agisse d'énergies renouvelables, comme l'hydroélectricité, ou non renouvelables, comme les sables bitumineux.
Nous devons donc améliorer notre façon de faire, tant en termes d'investissements et de vigilance sur le plan environnemental qu'en termes d'actions sur le plan des communications. Nous ne resterons pas là à ne rien faire. Le Canada n'a pas l'intention de finir perdant sur la scène internationale. Le travail ne fait que commencer, et nous allons tous devoir collaborer pour atteindre nos objectifs.
La conservation me tient personnellement à coeur, et je suis fier de nos réalisations à cet égard.
Pour ceux d'entre vous qui ont suivi l'actualité, nous avons agrandi le réseau de parcs nationaux du Canada de 30 %. Nous avons élargi le parc Nahanni, qui fait maintenant six fois sa superficie originale. Nous avons mis au point l'aire marine de conservation de Gwaii Haanas. Nous avons annoncé la création d'un nouveau parc dans la région des monts Mealy, au Labrador, un parc qui est plus grand que Yellowstone et Yosemite réunis. Nous avons annoncé la réalisation d’une étude de faisabilité visant la création d’une éventuelle aire marine de conservation en Arctique, à Lancaster Sound. Avec la collaboration de la NouvelleÉcosse, nous avons mené à terme les consultations et nous sommes venus à une entente dans le but d’intégrer l’île de Sable à notre réseau national de parcs.
Nous avons donc fait beaucoup, et nous en sommes fiers. La semaine dernière, la Société pour la nature et les parcs du Canada a applaudi notre travail concernant l'aire marine de conservation de Gwaii Haanas; elle disait apprécier ce pas dans la bonne direction.
Et David Suzuki a mentionné qu'il s'agissait d'une approche révolutionnaire et de calibre mondial en matière de conservation.
Nous prouvons que le Canada joue un rôle de chef de file en matière d’environnement et que nous gardons le cap sur l’atteinte de nos objectifs de manière à équilibrer la responsabilité environnementale et la sécurité économique, tant aujourd’hui qu’à l’avenir.
Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre nos objectifs. Une chose est claire : le Canada se préoccupe véritablement des changements climatiques et de l’alignement nécessaire pour les contrer.
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