Discours

Notes pour une allocution par
L’honorable Jim Prentice, C.P., c.r., député
Ministre de l’Environnement
au
Forum commercial de la Coupe du monde de Lake Louise Bennett Jones
Le 28 novembre 2008

La version prononcée fait foi

Je vous remercie de la gentillesse de votre présentation et de l'occasion de m'adresser encore une fois devant le Forum commercial de la Coupe du monde de Lake Louise Bennett Jones.

Il est difficile de refuser une occasion de venir ici, l'un des derniers portails de l'Alberta dans les grands espaces verts, lorsque la destination est aussi sereine, tranquille et charmante que Lake Louise.

La terre offre peu d'endroits qui réunissent aussi uniquement tant de merveilleuses parcelles de terre vierge avec une telle abondance de richesses intactes.

De bien des façons, il s'agit des caractéristiques qui définissent le mieux Lake Louise, et hors de tout doute, c'est ce qui fait de cette ville l'une des destinations carte postale la mieux connue au monde.

Certains se plaisent même à appeler Lake Louise le «Diamant dans le milieu sauvage» du Canada. Je ne chercherai pas à la définir autrement; ces quatre mots lui rendent justice comme aucun autre ne le pourrait.

La dernière fois que je me suis adressé à vous, j'ai parlé de mon affinité pour la pêche à la mouche et de ma prédisposition naturelle à la protection de la nature.

Je me demande si ce n'est pas l'écho de ce discours qui a incité le premier ministre Harper à me confier le portefeuille de l'environnement.

Même si ce ne l'était pas, même s'il ne m'a pas entendu dire, l'année dernière, que notre désir inné envers la protection et la conservation de notre milieu naturel est une caractéristique naturelle des Canadiens, je suis néanmoins reconnaissant au premier ministre de l'occasion que j'ai maintenant en tant que ministre de l'Environnement.

De bien des façons, je suis plus enthousiaste à l'égard de ce qui m'attend qu'à tout autre moment de ma carrière politique.

Contrairement à bien des aspects de la vie, l'environnement est ancré dans la mentalité canadienne comme un prolongement de notre propre identité.

Mais fidèles à notre habitude canadienne, nous nous vantons rarement de notre patrimoine naturel riche et diversifié. Nous laissons plutôt des souvenirs subtils l'exprimer.

Notre équipe de baseball de la ligue majeure tire son nom du geai bleu.

Le huard figure sur notre dollar, le caribou sur notre pièce de vingt-cinq cents.

Même les villes et villages portent des noms qui rendent hommage à la faune que nous cherchons tant à protéger.

Moose Jaw, en Saskatchewan. Red Deer, en Alberta. Rivière-du-Loup, au Québec. Salmon Arm, en Colombie-Britannique.

Voilà des exemples de choses et de régions dont les noms sont des synonymes des espèces canadiennes les plus connues. Et elles nous rappellent, très subtilement, mais concrètement, que le fait d'être Canadien consiste à particulièrement apprécier la terre que nous aimons et que nous appelons si fièrement notre chez soi.

C'est l'acteur et environnementaliste de renom Robert Redford qui a dit que «La défense de nos ressources est aussi importante que la défense à l'étranger. Autrement, qu'y aurait-il à défendre?» [Traduction]

Je crois que Robert Redford avait raison... nous devons en effet défendre les ressources naturelles dont la forme et le caractère conspirent pour nous donner le cachet d'un grand pays nordique.

Nous devons aussi mettre tous les efforts dans la protection de tous les aspects de notre environnement - contre ceux qui veulent profiter de la terre au moyen d'activités interdites et peu scrupuleuses... contre ceux qui polluent avec imprudence, avec une indifférence incompréhensible à l'égard de l'environnement et de la santé humaine... mais aussi contre une force beaucoup plus grande dont la puissance entraîne avec elle les conséquences de proportions éventuellement dévastatrices.

Les changements climatiques, comme nous le savons tous, sont devenus la question environnementale dominante de notre ère. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, l'a même appelé [Traduction] «le défi déterminant de notre ère».

À une certaine époque, une telle déclaration aurait été suivie de mépris et de moqueries.

Une hyperbole, auraient dit les experts.

Cette mentalité, mes amis, s'érode comme le littoral de nos côtes qui recule lentement.

Aujourd'hui, les changements climatiques sont généralement considérés comme un enjeu d'intérêt mondial dont les implications, laissées à elles-mêmes, annoncent des conséquences qui dépassent les pensées.

Au Canada, les répercussions d'un climat en plein changement se font déjà remarquer dans toutes les régions, puisque notre pays se trouve, assez littéralement, aux premières lignes de l'assaut des changements climatiques. Nos milieux nordiques, en particulier, ont déjà commencé à en porter les cicatrices.

Les habitats du poisson et les approvisionnements en eau des collectivités indépendantes sont à la baisse, car les glaciers reculent trop rapidement...

On prévoit que l'amincissement de la glace provoquera la diminution de certaines populations fauniques, et si ne faisons pas attention, elles pourraient disparaître complètement.

Plus au sud, en Colombie-Britannique et ici, en Alberta, une infestation persistante du dendoctrone du pin ponderosa a laissé une empreinte sur notre environnement ainsi que sur l'industrie et le marché de l'emploi.

De même, partout au Canada, d'importantes économies régionales et des secteurs entiers de l'économie - la foresterie, l'agriculture et les pêches, par exemple - ont ressenti le lourd coup de l'instabilité climatique mondiale.

Évidemment, ces scénarios ont confronté le Canada à un énorme défi et à la responsabilité de sécuriser notre avenir climatique.

Mais comme si les changements climatiques n'étaient pas à eux seuls un défi suffisant, un nouveau facteur s'est ajouté à l'équation -- pour le Canada, voire le monde entier.

L'incertitude de l'économie mondiale dans laquelle nous vivons a entraîné un changement des priorités.

Alors qu'il n'y a pas longtemps, les Canadiens comptaient l'environnement comme leur préoccupation primordiale, l'économie a bien sûr pris les devants pour tenir le haut de l'affiche.

Cependant, il semble que notre gouvernement avait raison de dire, il y a longtemps, que nous lutterions toujours contre les changements climatiques en réalisant un juste équilibre entre le progrès mesurable en matière d'environnement et la croissance et la prospérité économique stables.

L'un ne doit pas - ABSOLUMENT PAS - se faire aux dépens de l'autre.

Si pour cela il faut revoir la voie à suivre à la lumière des réalités économiques de l'heure, c'est ce que nous ferons.

Mais je vous prie de ne pas interpréter les faits de façon erronée.

Ce gouvernement demeure déterminé à aller de l'avant, mais avec prudence. Agir autrement - prendre des mesures à court terme qui pourraient compromettre notre capacité à réaliser des progrès à long terme - serait simplement imprévoyant et dans l'intérêt de personne.

Jamais - comprenez-moi bien - n'aggraverons-nous une économie déjà défavorable au nom des progrès environnementaux.

Notre principe directeur, en période économique difficile comme en période de prospérité, consiste à maintenir l'économie et l'environnement sur le même pied.

Ici, en Alberta, peut-être plus que partout ailleurs au Canada, on sous-entend, lorsque l'on parle de politique environnementale, que l'on parle aussi de politique énergétique. Et lorsque nous parlons de politique énergétique, nous parlons de politique économique.

Voilà des routes parallèles vers le même objectif.

Cet objectif est une prospérité canadienne durable... fondée d'un côté sur l'équilibre entre nos responsabilités comme intendants de l'environnement, et de l'autre côté, comme créateurs de richesse et bâtisseurs de possibilités pour l'industrie et l'économie.

Il s'agit d'un objectif qui nous trouvera au premier plan des industries où nous excellons - le pétrole, le gaz naturel, les pipelines, l'hydroélectricité et l'exploitation méthodique des sables bitumineux.

Il s'agit aussi d'un objectif qui doit trouver le Canada au premier plan du développement de technologies et du capital humain qui transformera notre monde de celui que nous connaissons à un monde faible en carbone de 2050.

En 2050, la prospérité appartiendra à ceux qui auront maîtrisé les technologies de capture et de stockage du carbone et du charbon propre... à ceux qui auront réussi à déployer des solutions de rechange à l'énergie du carbone, comme l'énergie nucléaire et l'énergie éolienne et solaire... à ceux qui auront élaboré leurs propres infrastructures dans le but d'exploiter plus de projets de bassins de gaz naturel éloignés et de projets hydroélectriques.

Bref, la prospérité appartiendra à ceux qui réussissent non seulement à mieux réunir capital et technologie pour les industries fondées sur le carbone, mais à ceux qui font de même pour les solutions de rechange faibles en carbone.

Pour cela, il faudra transformer notre économie à long terme, et apporter des changements importants à moyen terme ... une transformation qui exigera des investissements de capitaux et une politique publique astucieuse et stable.

Les prochains mois sont cruciaux.

L'an prochain verra, je l'espère, l'élaboration d'un consensus continental et peut-être international sur beaucoup de questions de politique publique essentielles concernant l'environnement; notre utilisation des hydrocarbures et le développement de solutions de rechange énergétique faibles en carbone.

J'ai trois raisons pour dire cela.

Premièrement, le courant économique descendant qui domine actuellement les manchettes transformera des éléments de l'économie nord-américaine.

Nous sommes tous biens conscients de la mesure selon laquelle l'économie est devenue difficile et nous avons l'intention de nous assurer - comme je l'ai indiqué il y a quelques instants - que tout règlement environnemental que nous proposons tiendra compte de notre situation économique, de la compréhension de notre compétitivité technologique et de consultations attentives.

Deuxièmement, l'élection d'un nouveau président dynamique aux États-Unis - quelqu'un qui a parlé clairement et avec détermination du besoin de leadership en Amérique du Nord en matière de politique environnementale et énergétique.

Et troisièmement, la réalité que la communauté internationale, dans 13 mois à Copenhague, sera appelée à définir un consensus international afin d'établir un nouveau régime international plus efficace en matière de changements climatiques.

La confluence de ces événements sera complexe. Il s'agit des questions les plus difficiles et urgentes de notre ère. Notre façon de les aborder en tant que pays aura de profondes répercussions sur notre avenir... sur notre économie... et sur notre relation avec la communauté internationale.

Plus près de chez nous, nous devons chercher à forger une relation immédiate avec la nouvelle Administration américaine afin d'aborder rapidement et collectivement les questions environnementales qui dépassent les frontières de nos deux pays.

L'intégration des politiques environnementales est logique étant donné la relation hautement intégrée du Canada et des États-Unis sur le plan économique et énergétique. C'est particulièrement vrai dans le cas d'un enjeu ayant autant de liens économiques et énergétiques envahissants que les changements climatiques.

Le Canada et les États-Unis ont un profond intérêt commun à l'égard de la promotion du développement et du déploiement de technologies d'énergie propre qui joueront un rôle critique dans la réalisation d'importantes réductions des émissions de gaz à effet de serre à moyen et à long terme.

Les secteurs privés des deux pays, en collaboration avec le gouvernement, seront profondément impliqués dans ce processus de changement technologique.

Les deux gouvernements doivent travailler afin de faire en sorte que nos cadres politiques et réglementaires soient cohérents et favorables. C'est d'une importance capitale, autant pour l'environnement que pour l'économie.

C'est pourquoi nous nous sommes engagés à chercher à établir un système nord-américain de plafonnement et d'échange de droits d'émissions, et c'est pourquoi nous chercherons à travailler de près avec la nouvelle Administration des États-Unis afin de bâtir l'économie nord-américaine faible en carbone.

Pour atteindre ce but, il faudra faire preuve d'innovation et d'un effort soutenu. Beaucoup de compagnies canadiennes tracent la voie.

Certaines développent, avec le soutien du gouvernement, des biocarburants de la prochaine génération qui serviront dans les voitures et les camions d'aujourd'hui.

D'autres créent des installations de systèmes de conversion de l'énergie qui utilisent une technologie de classe mondiale pour convertir les déchets municipaux, ménagers, commerciaux et industriels en énergie verte.

D'autres encore, à titre de chef de file de l'industrie en exploitation du gaz naturel non conventionnel et des sables bitumineux intégrés, se sont engagés à apporter d'importantes améliorations à la durabilité de leurs opérations.

Un leadership commercial en matière d'environnement et de changements climatiques a la possibilité de faire une importante contribution afin de renforcer les mesures mondiales.

C'est le message que je me propose de transmettre lorsque je me rendrai en Pologne le mois prochain, pour la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Une fois là bas, je réitèrerai aussi que l'engagement du Canada en matière de changements climatiques continue d'être guidé par quatre principes clés :

  • Réaliser un équilibre entre la protection de l'environnement et la prospérité économique;
  • Maintenir une orientation à long terme;
  • Développer et déployer des technologies propres;
  • Obtenir l'engagement de tous les grands émetteurs.

La Conférence représente un jalon sur la route vers le renforcement de la coopération internationale sur les changements climatiques, et elle nous rapprochera davantage de l'adoption d'un nouvel accord international pour la période ultérieure à Kyoto, après 2012... un accord qui reconnaît qu'aucun pays ne peut à lui seul relever le défi des changements climatiques.

Nous travaillerons en vue d'un nouvel accord sur les changements climatiques à Copenhague en 2009, tout en répondant aussi à la crise financière et économique actuelle.

Dans les circonstances actuelles, il est essentiel de réaliser l'équilibre entre la protection de l'environnement et la prospérité économique. Pour réaliser de profondes réductions des gaz à effet de serre en transformant stratégiquement l'économie en une économie faible en carbone, il faudra un effort soutenu et une vision à long terme.

En Pologne, le Canada défendra sa vision d'une économie faible en carbone qui assure une croissance continue et un développement durable. Cela nécessitera une action continue afin de fournir plus d'approvisionnement mondial en énergie sécuritaire, abordable et propre.

L'action globale devrait porter principalement sur la réalisation d'augmentations dramatiques de l'efficacité énergétique, l'expansion considérable de l'utilisation de carburants faibles en carbone et renouvelables, et l'encouragement du développement et du déploiement rapides de technologies énergétiques propres.

En tant qu'important producteur et exportateur de toutes formes d'énergie, le Canada a la possibilité de faire une importante contribution à l'atteinte de ce défi mondial - au pays, en collaboration avec les États-Unis et avec d'autres grandes économies internationales.

Nous avons souligné cet engagement dans le récent discours du Trône du gouvernement. Nous avons fixé un objectif de fournir 90 p. 100 des besoins en électricité du Canada à partir de sources non émettrices comme l'énergie hydroélectrique, l'énergie nucléaire, le charbon propre ou l'énergie éolienne d'ici 2020.

Cela fera une importante contribution à notre engagement envers la réduction des émissions totales de gaz à effet de serre du Canada de 20 p. 100 d'ici 2020, tout en veillant à ce que les mesures du Canada à l'avenir soient comparables à celles de nos partenaires aux États-Unis, en Europe et dans d'autres pays industrialisés.

Pour que les mesures globales en matière de changements climatiques et d'économie soient efficaces, il faudra obtenir l'engagement et l'apport de toutes les grandes économies envers des actions mesurables.

Au cours des derniers mois, plusieurs pays en voie de développement - incluant la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud - ont manifesté une nouvelle disposition à prendre des mesures, en proportion de leurs responsabilités et capacités mondiales croissantes.

Il s'agit d'un important développement.

Le Canada demeure prêt à travailler avec toutes les grandes économies dans les négociations afin d'assurer un résultat positif à Copenhague.

Les États-Unis joueront un rôle crucial dans ce processus, comme il se doit. Le Canada ne représente que deux p. 100 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il a indiqué clairement sa disposition à être un chef de file dans les mesures visant à relever ce défi environnemental mondial.

Les États-Unis, de l'autre côté, sont responsables de près de vingt pour cent des émissions mondiales, mais il tarde à se joindre aux négociations.

Le président élu des États-Unis a clairement indiqué son intention de fournir un nouveau leadership en matière de changements climatiques, autant au pays que dans le cadre des négociations des Nations Unies. Nous espérons collaborer étroitement avec la nouvelle Administration dans ces négociations.

En se rendant en Pologne, le Canada a un rôle important à jouer et la possibilité de faire une contribution active et positive en vue d'un nouvel accord mondial sur les changements climatiques.

C'est important, parce que l'héritage environnemental global que nous lèguerons à ceux qui suivront sur nos traces dépend des résultats de ces réunions - cette année en Pologne, l'an prochain à Copenhague et d'autres qui précéderont ou suivront celles-ci.

Notre terre nous est après tout seulement prêtée, transmise d'une génération antérieure afin de la protéger pour la génération future.

Et bien que notre intendance de l'environnement du monde ne soit que temporaire, nous devons être fiers du rôle que nous jouons en tant que son gardien.

La responsabilité de protéger ce patrimoine nous appartient seul... mais pas seulement en tant que particuliers ou pays individuels dans une communauté mondiale.

La responsabilité de protéger la terre que nous conservons pour l'avenir incombe à tous les pays industrialisés dont les actions contribuent au défi des changements climatiques auquel nous sommes confrontés.

Et à ce titre, il est essentiel que nous travaillions collectivement sur tous les fronts - à l'échelle nationale, en Amérique du Nord et comme principal participant aux efforts internationaux - afin de réaliser des progrès concrets.

Ce doit être notre but - pour notre environnement dans son ensemble et pour la santé et la prospérité futures du monde.

Merci