Atlas des oiseaux bagués ou repris au Canada
Survol général – Volume 2 : Oiseaux de mer, 1921-1995.
(Gaston et al., 2008)
Ce volume prend en considération les 58 espèces
d'oiseaux de mer qui ont été bagués ou repris au
Canada entre 1921 et 1995 (voir la liste complète à
Recherche par espèces). Parmi ces espèces, 50 font l'objet d'un
compte rendu complet.
En ce qui concerne les 58 espèces dont il est
question dans ce volume, 905588 inContentidus ont été
bagués au Canada entre 1955 et 1995. (Les données
sur les oiseaux bagués avant 1955 n'ont pas été entrées
dans la base de données électronique.) L'espèce dont
on a bagué le plus grand nombre d'inContentidus pendant
la période s'étendant de 1955 à 1995 est le Goéland à
bec cerclé; en effet, les inContentidus de cette espèce
représentaient plus du quart de tous les oiseaux de mer
bagués (figure 1). Les quatre espèces les plus
nombreuses (Goéland à bec cerclé, Goéland argenté,
Sterne pierregarin, Cormoran à aigrettes) fréquentent
les terres intérieures des Grands Lacs, où se trouve une
forte concentration de bagueurs. Au total, on a bagué
plus de 10000 inContentidus représentant 13 espèces et
plus de 1000 inContentidus représentant 10 autres espèces.
Figure 1 Nombre total d'oiseaux de mer bagués au Canada et taux de reprise pour ces espèces
pendant la période 1955-1995ª

ª Seules les espèces comptant plus de 300 inContentidus bagués de 1955 à 1995 sont indiquées.
Des 905 588 oiseaux de mer bagués au cours de
la période 1955-1995, 31 090 ont été repris (jusqu'en
1995), ce qui donne un taux global de reprise de 3,4 %.
Le taux de reprise spécifique variait d'environ 0,1 %
(Guillemot à cou blanc) à plus de 5 % (Grand
Cormoran, Sterne caspienne, Guillemot colombin), et
le taux maximal observé était de 9 % pour le Goéland
à ailes grises (figure 1). En plus des 33 083 reprises
d'oiseaux bagués au Canada de 1955 à 1995, le présent
volume couvre 7 525 autres oiseaux bagués repris entre
1921 et 1954.
Généralement gros, souvent bien visibles
(plumage blanc) et parfois rejetés après leur mort sur
des plages très fréquentées, les oiseaux de mer bagués
sont plus couramment repris que les petits oiseaux
chanteurs. Les espèces dont le taux de reprise dans des
sites éloignés des colonies nicheuses est
particulièrement faible sont surtout celles qui
fréquentent des littoraux non peuplés à longueur
d'année (Fulmar boréal, Goéland bourgmestre,
Guillemot à cou blanc, Macareux rhinocéros).
Contrairement aux cadavres des oiseaux terrestres,
ceux des oiseaux de mer, emportés par les vents et les
vagues, peuvent se retrouver très loin de l'endroit où
les inContentidus sont morts. Comme les cadavres
d'oiseaux de mer sont gros et parfois enterrés dans le
sable, puis réexposés, il peut s'écouler beaucoup de
temps entre la mort d'un oiseau et sa récupération. Par
conséquent, ni l'emplacement exact ni la date de
récupération ne doivent être considérés comme des
indicateurs de l'aire de répartition précise d'une espèce
dans le temps ou dans l'espace.
Le baguage des oiseaux de mer a été mené, dans
une mesure beaucoup plus grande que le baguage des
oiseaux terrestres, par des professionnels. Les
professionnels titulaires d'un permis du Service
canadien de la faune (SCF) représentaient la vaste
majorité des bagueurs d'oiseaux de mer. Il en est ainsi
en partie parce que le baguage des oiseaux de mer se
fait presque uniquement pendant la nidification,
laquelle a lieu le plus souvent dans des îles éloignées
et des caps dont l'accès est à la fois difficile et
coûteux. Cette réalité fait également ressortir le
problème du nombre peu élevé de biologistes du SCF.
Le baguage en terres intérieures des mouettes et
goélands, des sternes et guifettes, des cormorans et des
pélicans est moins concentré, mais dépend encore d'un
petit nombre de personnes motivées, tant des amateurs
que des professionnels. Pour 28 espèces, plus de 50 %
des oiseaux bagués l'ont été en vertu de seulement
deux permis! Les commentaires d'un bagueur sur le
genre d'effort à déployer décrivent bien l'état d'esprit
requis (Rowan, 1927) :
Il est impossible de décrire l'ampleur du
travail lors de notre deuxième visite. Pour
commencer, chaque pas dans la boue
constituait un effort… À la fin, c'était
comme si nous avions un poids de 50 lb
attaché à chaque pied… Chaque bague à
placer cette journée-là exigeait un effort
mental et physique. Les uns après les autres,
épuisés, les bagueurs ont abandonné, et, à
11 h, nous avons dû arrêter nos activités. Le
dernier bagueur n'en pouvait plus… En
dépit de tous les handicaps et des difficultés
inattendues, nous avons, à nous cinq, posé
plus de 500 bagues en cinq heures.
[Traduction]
Le nombre d'oiseaux de mer bagués au Canada a
beaucoup varié entre 1955 et 1995, période pour
laquelle nous avons des données (voir l'annexe 1). Ces
variations reflètent probablement les activités de
certaines personnes et les besoins en gestion perçus par
le SCF plutôt que des changements de méthodes ou
d'équipement. Par conséquent, on a bagué un grand
nombre de Guillemots marmettes au cours de la
période 1955-1975 principalement grâce à Leslie Tuck,
alors que le très grand nombre de Guillemots de
Brünnich bagués depuis 1985 est le résultat du projet
continu du SCF dans l'île Coats. À l'inverse de la
situation avec les oiseaux terrestres (Brewer et al.,
2000), le nombre d'inContentidus bagués depuis 1955 n'a
pas augmenté. En fait, pour de nombreuses espèces, le
nombre d'oiseaux bagués a connu un pic pendant la
période 1955-1975, puis a diminué depuis, reflétant
peut-être ainsi l'impression que nous avons d'avoir
amassé suffisamment d'information sur les espèces
concernées. L'absence de reprises de Mouettes de
Franklin baguées au Canada depuis 1972 illustre le
ralentissement relatif des initiatives de baguage
d'oiseaux aquatiques intérieurs ces dernières
décennies. Il vaut la peine de noter que le baguage
d'espèces dont un grand nombre d'inContentidus ont été
bagués pendant la première moitié du XXe siècle peut
fournir des indices intéressants sur les changements
dans les tendances migratoires et les aires d'hivernage.
En plus des 40 608 reprises d'oiseaux bagués au
Canada de 1921 à 1995, le présent volume renferme
9173 cas d'oiseaux bagués dans d'autres pays, mais
repris au Canada pendant la même période. Les
reprises d'oiseaux bagués à l'étranger sont beaucoup
plus nombreuses pour les oiseaux de mer que pour les
oiseaux terrestres (sauf dans le cas des oiseaux bagués
aux États-Unis); cela s'explique par le fait que les
oiseaux de mer habitent les océans plutôt que les
continents. La plupart des oiseaux de mer bagués à
l'étranger l'ont été en Europe et ont été repris dans
l'Est canadien, en partie parce qu'un grand nombre
d'initiatives a été mené en Europe et en partie parce
que les eaux au large de l'Est canadien constituent une
aire d'alimentation importante pour de nombreuses
populations nichant en Europe. Les espèces de l'océan
antarctique, par exemple le Puffin fuligineux et
l'Océanite de Wilson, ne sont pas du tout représentées
parmi les reprises canadiennes, et ce, bien qu'elles
visitent en très grands nombres les eaux canadiennes.
L'absence de ces espèces reflète le petit nombre
d'oiseaux bagués dans les aires de nidification de
l'hémisphère Sud ainsi que la tendance des espèces de
cette région à surtout fréquenter le large, rendant ainsi
les reprises peu probables.
Les oiseaux bagués à l'étranger et repris en
Colombie-Britannique ont pour la plupart été bagués
sur les côtes de la Californie, de l'Oregon et de l'État
de Washington. De nombreux oiseaux alaskais visitent
certainement les eaux de la Colombie-Britannique à
l'hiver, mais peu d'initiatives de baguage ont été
menées en Alaska, ce qui explique le nombre peu élevé
de reprises. De même, il ne faut pas interpréter le
faible nombre de reprises d'oiseaux bagués au Canada
en Alaska comme le reflet de l'absence de
déplacements des oiseaux vers cet État : l'Alaska
compte un très long littoral, qui est rarement fréquenté
et peu susceptible d'accumuler des cadavres d'oiseaux
de mer.
Un nombre appréciable d'oiseaux de mer qui
nichent au Canada n'affichent pas de tendances
migratoires bien définies, c'est-à-dire que leurs aires
d'estivage et d'hivernage ne sont pas distinctes. C'est
le cas de la majorité des pingouins, de nombreux
goélands et mouettes, du Fulmar boréal et du Grand
Cormoran. Toutefois, la plupart de ces oiseaux, surtout
les cohortes de jeunes, se dispersent pendant la saison
internuptiale; dans le cas des oiseaux nicheurs
arctiques, la dispersion se fait principalement vers le
sud, loin des couches de glace hivernale. La reprise
d'oiseaux bagués de ces espèces est utile, non tant
pour l'identification des voies migratoires que pour la
définition des limites minimales de dispersion.
Citer le volume 2 de la façon suivante :
Gaston, A. J., A. D. Brewer, A. W. Diamond, E. J. Woodsworth, et B. T. Collins. 2008.
Atlas des oiseaux bagués ou repris au Canada,
Volume 2: Oiseaux de mer, 1921-1995.
Service canadien de la faune, Publication spéciale.
Disponible par Environnement Canada.