Rapport sommaire
Initiative du bassin du lac Winnipeg
2008-2009 – 2011-2012
Dans le cadre du Plan d'action pour l'assainissement de l'eau du gouvernement du Canada

Photos : Cynthia Thoroski © Environnement Canada 2010
Table des matières
Aperçu de l'Initiative du bassin du lac Winnipeg
Remerciements
Le travail d’Environnement Canada dans le cadre de l’Initiative du bassin du lac Winnipeg (l’Initiative) a été réalisé en coopération et en collaboration avec différents organismes fédéraux, le gouvernement du Manitoba, d’autres partenaires non gouvernementaux et universitaires dans le bassin versant ainsi qu’avec des scientifiques de partout au Canada.
Nous tenons tout particulièrement à remercier les organismes suivants : Agriculture et Agroalimentaire Canada, Pêches et Océans Canada, Ressources naturelles Canada, la Garde côtière canadienne, Gestion des ressources hydriques Manitoba, Agriculture, Alimentation et Initiatives rurales Manitoba, Conservation Manitoba, le ministère de l’Environnement de l’Ontario, le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, le ministère de l’Environnement de l’Alberta, le ministère de l’Environnement de la Saskatchewan, l’Agence de contrôle de la pollution du Minnesota, Manitoba Hydro, les Universités du Manitoba, de la Saskatchewan, de Guelph et du Québec et l’Université McMaster, Canards Illimités Canada et le Lake Winnipeg Research Consortium.
Environnement Canada souhaite aussi remercier les membres suivants du Lake Winnipeg Research Consortium pour leurs contributions au Fonds d’intendance du bassin du lac Winnipeg. Les membres du comité de consultation publique du Fonds d’intendance du bassin du lac Winnipeg comptaient :
- Marlene Cook, ancienne adjointe au maire de la ville de Selkirk;
- David Crate, chef de la Première nation de la rivière Fisher et ancien pêcheur commercial;
- Robert T. Kristjanson, pêcheur commercial de cinquième génération;
- Allan Kristofferson, directeur général du Lake Winnipeg Research Consortium;
- David Tomasson, pêcheur de l’interlac manitobain, ayant participé à l’administration portuaire de Hecla Village et au Freshwater Authorities Advisory Council;
- Garry Wasylowski, éleveur bovin et préfet d’Armstrong, au Manitoba.
Enfin, nous tenons à souligner le travail de toutes les organisations qui ont participé aux projets du Fonds d’intendance du bassin du lac Winnipeg ou qui ont fourni une aide financière ou en nature. Une liste complète des projets d’intendance est donnée sur le site Web d’Environnement Canada.
Aperçu de l'Initiative du bassin du lac Winnipeg
Par ordre de grandeur, le lac Winnipeg est le dixième lac d’eau douce au monde et le sixième au Canada. Le bassin versant du lac Winnipeg couvre près d’un million de kilomètres carrés et s’étend dans quatre provinces et quatre États américains. La qualité de l’eau du lac Winnipeg s’est détériorée en raison des apports excessifs d’éléments nutritifs, principalement le phosphore et l’azote, provenant de nombreuses sources ponctuelles et non ponctuelles, telles que le ruissellement et les effluents d’eaux usées municipales. Environ la moitié de cette charge nutritive provient de l’extérieur du Manitoba. L'excès d’éléments nutritifs contribue à la prolifération, sur d’énormes superficies, d’algues bleu-vert qui privent le lac d’oxygène, encrassent les filets de pêche, souillent les plages et, dans certaines conditions, produisent des toxines nocives.
En 2007, dans le cadre de son Plan d’action pour l’assainissement de l’eau, le gouvernement du Canada a annoncé un investissement de 17,7 millions de dollars sur quatre ans, de 2008-2009 à 2011-2012, pour aider à assainir le lac Winnipeg. L’Initiative du bassin du lac Winnipeg (l’Initiative) a été lancée en réponse à la demande du gouvernement du Manitoba qui souhaitait obtenir le concours du gouvernement fédéral pour répondre aux besoins scientifiques prioritaires touchant le lac et son bassin versant, et pour faciliter la coordination des efforts déployés par les gouvernements et les parties prenantes dans ce bassin transfrontalier.
Pour améliorer la santé du lac Winnipeg, il fallait une solide base de connaissances scientifiques pour déterminer la nature et l’ampleur des interventions. En conséquence, le principal objectif de l’Initiative était de mettre à profit l’expertise du gouvernement du Canada dans le domaine des sciences et de la surveillance de l’eau douce pour s’attaquer au problème d’éléments nutritifs que connaissent le lac et son bassin versant. Ce travail était nécessaire afin de déterminer les mesures appropriées pour réduire la charge d’éléments nutritifs dans le lac, puis de recenser des indicateurs de rendement prioritaires pour évaluer si de telles mesures réussiraient à améliorer la santé du lac.
Les 17,7 millions de dollars découlant de l’Initiative ont été affectés comme suit :
- recherche scientifique, surveillance et soutien à l’information et aux données (12,1 millions)
- programmes d’intendance communautaire (3,7 millions)
- facilitation de la gouvernance du bassin versant (1,9 million)
Les activités à l’appui de l’Initiative se sont amorcées en 2008-2009 sur le lac Winnipeg et ses principaux sous‑bassins, notamment les rivières Rouge et Assiniboine et la rivière Winnipeg ainsi que le lac des Bois.
Sommaire
Les activités découlant de l’Initiative − évaluée à 17,7 millions de dollars et échelonnée sur quatre ans − ont porté principalement sur l’appui aux activités d’intendance parmi les groupes communautaires et externes; la facilitation et la coordination entre les organismes fédéraux provinciaux ainsi que la satisfaction des besoins prioritaires en matière de recherche, de surveillance et d’information dans le lac Winnipeg et son bassin versant.
De façon générale, les résultats à court terme de l’Initiative ont été atteints, notamment l’acquisition d’une meilleure compréhension fondée sur la science de la dynamique du lac Winnipeg et de son bassin afin de faciliter et d’éclairer la prise de décisions et l’élaboration de politiques, d’appuyer les activités d’intendance communautaires ainsi que d’élaborer et de mettre en œuvre une entente Canada-Manitoba relative au lac Winnipeg.
Faciliter la gouvernance
Le bassin du lac Winnipeg est à la fois interprovincial et international; de ce fait, il intéresse une multitude de parties prenantes et d’administrations et fait l'objet d'une myriade d'activités. La collaboration et la coordination à long terme entre les parties prenantes sont essentielles à la santé du bassin. Grâce à l’Initiative, Environnement Canada a ouvert à Winnipeg, en 2009-2010, un bureau de gestion du lac afin de coordonner les trois principaux volets de l’Initiative et d'améliorer la communication et la coordination avec les organes existants de gestion de l'eau et d'autres organismes.
La coordination Canada-Manitoba concernant les questions sur la qualité de l’eau du lac Winnipeg a fortement amélioré l’échange d’information et la coopération entre les organismes fédéraux et provinciaux et les partenaires. Un Protocole d’entente Canada-Manitoba portant sur le lac Winnipeg et son bassin a été signé en septembre 2010 afin de fournir une approche de collaboration à long terme pour s’attaquer aux questions de durabilité et de santé du bassin du lac Winnipeg. Un comité directeur chargé de surveiller la mise en œuvre du Protocole d’entente composé d’organismes fédéraux et provinciaux, et coprésidé par Environnement Canada et Environnement Manitoba, a été mis sur pied pour superviser la mise en œuvre du protocole et l’élaboration d’ententes subsidiaires.
Outre le comité directeur du Protocole d’entente, Environnement Canada a continué d’être responsable ou membre de plusieurs offices, commissions, organismes et groupes d'intervenants nationaux et transfrontaliers du Manitoba et d'autres provinces, ainsi que des organismes américains. En raison de la nature transfrontalière des sources d’éléments nutritifs qui se retrouvent dans le lac Winnipeg, l’ajout de l’aspect des éléments nutritifs dans ces collaborations a facilité l’élaboration de solutions et de stratégies de gestion des éléments nutritifs dans tout le vaste bassin versant du lac Winnipeg.
À l’avenir, Environnement Canada continuera de s’acquitter de son mandat relatif aux eaux transfrontalières du bassin du lac Winnipeg et de jouer son rôle pour assurer une communication efficace et des approches complémentaires au sein des directions générales d’Environnement Canada et entre les ministères fédéraux en assurant une coordination horizontale accrue des activités.
Intendance
Le Fonds d’intendance du bassin du lac Winnipeg a été mis sur pied en 2008-2009 pour soutenir des projets axés sur des solutions hautement efficaces permettant de réduire les charges d’éléments nutritifs dans le lac Winnipeg et son bassin. Le Fonds a financé un éventail d’activités « testées et éprouvées » afin de réduire les éléments nutritifs, des études et des projets pour faciliter la prise de décisions et des applications pratiques de technologies innovatrices au sein du bassin.
Les priorités du Fonds comprenaient notamment : la réduction des apports en éléments nutritifs de sources urbaines et rurales, la surveillance des sources de pollution ponctuelles et non ponctuelles, la remise en état des écosystèmes aquatiques prioritaires qui soutiennent la réduction et la séquestration d’éléments nutritifs, et l’amélioration de la capacité de recherche et de surveillance pour faciliter la prise de décisions.
Au cours des cinq séries de financement, le Fonds a reçu 123 demandes de fonds. De ce nombre, 2,4 millions de dollars ont été engagés dans 41 projets d’intendance communautaires. Le Fonds a recueilli 5,4 millions de dollars en contributions pécuniaires et en nature de plus de 250 partenaires de projet, multipliant ainsi l’incidence bénéfique du Fonds. Les bénéficiaires du projet comprenaient des offices régionaux de protection de la nature (20), des organismes sans but lucratif (9), des établissements d’enseignement postsecondaire (9), des organisations des Premières nations (2) et une administration municipale (1).
Les projets étaient variés pour ce qui est de l’emplacement, de la conception et de l’approche, traduisant la myriade de sources contribuant à la charge d’éléments nutritifs dans le lac Winnipeg. Trente-trois des projets financés se trouvaient au Manitoba, cinq étaient en Saskatchewan et trois, en Ontario. Cette diversité a permis la participation d’un grand nombre d’intervenants d’un bout à l’autre du bassin versant, mais a présenté un défi, à savoir concentrer les ressources financières dans des domaines et des activités stratégiques afin de maximiser les avantages positifs pour le lac Winnipeg.
Les projets portant sur les sources non ponctuelles d’éléments nutritifs ont représenté l’activité prédominante qui a reçu des fonds. Par exemple, on a posé 31 km de clôture à bétail et 34 systèmes d’abreuvement de remplacement pour empêcher environ 7 000 animaux d’élevage d’avoir accès aux voies d’eau se déversant dans le lac Winnipeg. Des efforts de restauration des berges comprenaient la protection ou la stabilisation de 38 km de berges de ruisseau ou de lac. On a également planté 17 000 plantes, arbres et arbustes indigènes sur plus de 74 hectares. Des initiatives de protection et de restauration de terres humides ont permis de reprendre 549 hectares de terre, dont 126 sont protégés en permanence par des ententes de conservation. On a également mené des études de recherche sur les changements historiques dans la qualité de l’eau du lac Winnipeg, complétant les travaux effectués dans le lac par des scientifiques d’Environnement Canada et des provinces. L’utilisation efficace des zones riveraines pour filtrer les éléments nutritifs a été étudiée. On a appuyé des processus et des systèmes de traitement des eaux usées novateurs dans le but d’élargir l’application réelle de techniques et de technologies disponibles. On a entrepris la cartographie des terres humides et de l’habitat sensible de façon à faire progresser la prise de décisions actuelles et futures concernant le lac Winnipeg.
Des efforts de recherche et d’intendance ont été complétés par des projets de renforcement des capacités comme la Campagne « Lake Friendly », conçue pour sensibiliser le public aux questions touchant le lac Winnipeg et aux mesures qu’on peut prendre personnellement pour réduire et atténuer la charge d’éléments nutritifs dans le bassin.
Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer l’incidence de projets individuels sur la charge d’éléments nutritifs du lac, le Fonds a permis d’établir de nouveaux partenariats essentiels et a fourni une assise qui a permis à des organisations de progresser et d'offrir des avantages à long terme pour le lac Winnipeg.
Recherche, surveillance et gestion de l’information
En réponse à des demandes du Manitoba et d’autres intervenants qui souhaitaient obtenir le concours et l’expertise du gouvernement fédéral dans le domaine de l'eau douce pour répondre aux besoins scientifiques prioritaires dans le lac Winnipeg et son vaste bassin versant, un plan scientifique global a été élaboré pour s'attaquer aux lacunes au niveau de la recherche, de l'information et de la surveillance concernant l'écologie du lac, le cycle des éléments nutritifs et les sources et mécanismes de transport de ces derniers. Les travaux scientifiques entrepris par Environnement Canada dans le cadre de l’Initiative ont été réalisés en partenariat avec d’autres organismes, notamment Pêches et Océans Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Gestion des ressources hydriques Manitoba, l’Université du Manitoba et d’autres organismes de soutien.
Recherche
L’objectif des recherches entreprises dans le cadre de l’Initiative était de caractériser les propriétés physiques, chimiques et biologiques du lac Winnipeg afin de mieux comprendre l’enrichissement du lac en éléments nutritifs et la productivité de la pêche par rapport à la prolifération d’algues, d’évaluer les apports d’éléments nutritifs non ponctuels dans le bassin versant et le lac et d’évaluer les effets des pratiques de gestion bénéfique agricoles, puis d’évaluer la valeur économique de l’eau propre et l’efficacité de la réglementation et des politiques sur la gestion des éléments nutritifs dans le bassin versant.
Les travaux de recherche comprenaient la caractérisation de la situation et des tendances à long terme dans la communauté biologique du lac Winnipeg, du lac des Bois et des tributaires, des répercussions écologiques des proliférations d’algues1, et des répercussions éventuelles de l’enrichissement en éléments nutritifs et des espèces envahissantes sur le réseau trophique. On a examiné des processus interlacustres qui favorisent la prolifération d’algues et de cyanobactéries de même que leur toxicité potentielle. Les résultats ont indiqué que les espèces de cyanobactéries qui dominent les proliférations d’algues estivales dans le lac Winnipeg ne sont pas très toxiques, mais le risque de présence de toxines peut augmenter de façon marquée dans les surfaces denses ou les écumes riveraines, qui se produisent habituellement à cause du vent et des courants. Des espèces envahissantes comme les moules dreissénidées pourraient avoir des répercussions importantes sur les régimes lumineux et nutritifs dans le lac, contribuant éventuellement à des proliférations plus fréquentes d’algues dans les eaux troubles du bassin sud et à l’arrivée d’espèces de cyanobactéries plus toxiques à l’avenir.
Les scientifiques de l’Initiative ont utilisé la cartographie des isotopes stables des éléments nutritifs pour obtenir de nouveaux renseignements sur les sources d’éléments nutritifs dans le bassin de la rivière Rouge, pour analyser le cycle de la matière organique et les répercussions sur le réseau trophique, les processus qui mènent à la prolifération d’algues et les facteurs qui touchent les niveaux d’oxygène dissous dans le lac Winnipeg. L’oxygène dissous est essentiel à la survie des écosystèmes aquatiques. Le développement d’algues en grandes quantités et les demandes connexes en consommation d’oxygène peuvent abaisser les niveaux d’oxygène dans la colonne d’eau. Malgré des charges élevées d’éléments nutritifs et des proliférations continues d’algues dans le lac Winnipeg, l’appauvrissement en oxygène de l’eau de fond n’est survenu qu’à un niveau transitoire dans les parties plus profondes du bassin nord. Le reste du lac est peu profond et bien mélangé.
Les analyses des isotopes stables ont indiqué que les rivières Rouge, Winnipeg et Saskatchewan possèdent des sources distinctives de nitrates, laissant une signature isotopique qui a permis de retracer les nitrates dans le lac Winnipeg. Les différences dans les sources de nitrates dans le bassin nord (désintégration des proliférations cyanobactériennes fixant l’azote) et du bassin sud (principalement les déchets d’origine animale) étaient prononcées et indiquent que chaque bassin a besoin de modèles distincts concernant les éléments nutritifs. Les mesures des isotopes stables ont également permis de retracer les déplacements des poissons. Ce travail a donné un instantané de plusieurs années de l’oxygène dissous et de l’état métabolique du lac Winnipeg, de même qu’un repère de productivité en fonction duquel on peut comparer les résultats de la gestion future des éléments nutritifs dans le lac et son bassin versant.
Les conditions environnementales dans le bassin du lac Winnipeg varient énormément, et la charge d’éléments nutritifs subit l’influence tant des conditions naturelles que des activités humaines. Par conséquent, on a entrepris un travail sur le terrain pour examiner le transport des éléments nutritifs provenant des bassins versants agricoles, l’incidence de la fonte des neiges sur le transfert des éléments nutritifs, et les répercussions de l’hydrologie, des changements climatiques et de la variabilité du climat sur le transfert des éléments nutritifs.
On a constaté que les activités agricoles, en particulier l’épandage d’engrais synthétique, constituaient la plus importante source potentielle d’éléments nutritifs provenant de l’activité humaine dans les écosystèmes aquatiques de la plupart des zones du bassin du lac Winnipeg. L’agriculture à moins de 100 mètres environ du chenal d’un cours d’eau semblait être le facteur le plus grave des conditions relatives aux éléments nutritifs dans les cours d’eau durant la plupart des saisons et dans la plupart des débits.
L’hydrologie saisonnière, la fonte des neiges étant une période critique, exerce également une forte influence sur la charge d’éléments nutritifs. Les concentrations d’éléments nutritifs variaient selon la saison, mais affichaient une plus grande variabilité et des valeurs plus élevées pendant l'hiver et à la fonte des neiges. On a constaté que la végétation (en particulier les céréales d’hiver, la végétation riveraine et les cultures fourragères) constituait une source importante d’éléments nutritifs dans le ruissellement nival. La plupart des pratiques de gestion bénéfique ont été conçues pour supprimer les sédiments des eaux de ruissellement et utilisent souvent la végétation pour empêcher l’érosion du sol et emprisonner les particules délogées. Toutefois, le sol peut en réalité exercer un effet tampon pour les éléments nutritifs dissous que les résidus rejettent. Il s’ensuit des répercussions pour l’élaboration de pratiques de gestion bénéfique, et pour les pratiques de gestion concernant l’utilisation des terres, qui doivent tenir compte de la période de fonte de la neige afin de contrôler les charges d’éléments nutritifs dans le lac Winnipeg et d’autres plans d’eau du bassin versant.
Les modèles et projections climatiques indiquent qu’à l’avenir, les précipitations annuelles et la température augmenteront, et que les régimes de transport hydrologiques et des éléments nutritifs changeront, ce qui donnera lieu à un ruissellement total plus élevé et à une fonte des neiges et des pointes de débit précoces. Globalement, les effets des changements climatiques sur le régime de transport des éléments nutritifs doivent être pris en compte de même que les changements futurs possibles dans l’utilisation des terres, les genres de cultures, l’épandage d’engrais et les processus de transformation dans les eaux réceptrices. De tels changements auraient d’importantes répercussions sur la disponibilité de l’eau et les régimes de transport des éléments nutritifs, ainsi que pour la conception et la mise en œuvre de pratiques permettant de contrôler les charges d’éléments nutritifs dans le lac Winnipeg et son bassin versant.
On a mis au point des modèles hydrologiques pour le lac Winnipeg et le lac des Bois, qui ont permis de reproduire la circulation et d’examiner les relations entre un éventail de processus physiques, chimiques et biologiques. On a élaboré un modèle prédictif de l’écosystème afin de simuler la principale dynamique des algues et des éléments nutritifs dans le lac Winnipeg. La circulation due au vent joue un rôle crucial dans la façon dont les matières se mélangent, sont conservées ou évacuées de chaque bassin du lac Winnipeg.
Dans le même ordre d’idées, on a appliqué des modèles de bassin versant afin d’aider à comprendre et à gérer le ruissellement de surface, les processus de transport des éléments nutritifs et des sédiments et pour évaluer l’incidence de pratiques et de changements dans l’utilisation des terres. L’engagement des parties prenantes et des propriétaires fonciers a joué un rôle important dans l’élaboration des scénarios de modélisation des bassins versants et dans les outils d’aide à la décision. Les modèles indiquaient que la transformation de terres cultivées en champs de foin a eu une forte incidence sur la réduction de la charge sédimentaire et d’éléments nutritifs, suivie d’une restauration des terres humides. Les résultats de la modélisation seront utiles aux planificateurs et aux décideurs pour ce qui est de déterminer les changements qui pourraient survenir en fonction de politiques de gestion des éléments nutritifs.
Un cadre pour utiliser des biens et services écologiques a également été élaboré et appliqué à deux études de cas dans le bassin du lac Winnipeg. Plusieurs biens et services écologiques agricoles et stratégies de traitement des eaux usées ont fait l'objet d'un examen afin d'estimer leurs coûts, les avantages pour ce qui est de limiter les apports en phosphore et les avantages communs en matière de biens et services écologiques, notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la lutte contre l'érosion et les services de pollinisation. Les résultats ont indiqué que les stratégies de traitement des eaux usées étaient de façon générale moins efficaces sur le plan des coûts que les stratégies de biens et services écologiques agricoles lorsque l’on tenait compte du coût net amorti sur un an par tonne de phosphore éliminée. Certaines options visant à limiter les apports d’éléments nutritifs, notamment la sélection culturale et des bandes tampons végétales, ont été associées à d’importants avantages communs des biens et services écologiques, quoique les deux présentent un potentiel global limité pour réduire la charge en polluants phosphorés, comparativement à d’autres scénarios qui ont été examinés.
La valeur des améliorations dans les biens et services écologiques fournie par des stratégies de réduction des éléments nutritifs indique un besoin accru de les inclure dans l’analyse stratégique, et que les autorités municipales, provinciales et celles chargées de la conservation et du bassin versant doivent recenser, mesurer et surveiller les biens et services écologiques.
Surveillance
Un programme amélioré de surveillance biologique et de la qualité de l’eau a été mis en œuvre sur le lac Winnipeg, le lac des Bois et le bassin versant du lac Winnipeg, de façon à enrichir les bases de données actuelles et à appuyer des projets de recherche et de modélisation. Les activités comprenaient le chalutage par le fond en eau profonde, la surveillance des sédiments parvenant des rivières du côté est du lac Winnipeg, la zone sublittorale et l’emplacement des marais dans le bassin sud et le delta de la rivière Rouge, et à la décharge du lac Winnipeg. En collaboration avec le gouvernement du Manitoba, on a procédé à une surveillance accrue des tributaires de façon à améliorer les estimations du flux des éléments nutritifs dans la rivière Rouge entre Emerson et le lac Winnipeg. Les données de surveillance ont été téléchargées dans le portail Web du lac Winnipeg.
On a mis au point des méthodes fondées sur la couleur de l’eau que l’on utilise avec les observations par satellite pour appuyer les images de télédétection pour le lac des Bois et le lac Winnipeg. La télédétection est un outil utile pour suivre les proliférations d’algues en surface et elle offre une approche rentable pour surveiller, en particulier lorsque la surveillance au sol ne peut pas être obtenue fréquemment sur le plan logistique ou sur de grandes superficies. Il existe des données probantes d’une intense prolifération pendant les années sèches, chaudes, qui laissent entendre que les proliférations se produisent plus tard chaque année. Des images en temps quasi réel du lac Winnipeg et le lac des Bois sont en train d’être affichées sur le portail Web du lac Winnipeg.
Grâce aux protocoles nationaux du Réseau canadien de biosurveillance aquatique (RCBA), un modèle de conditions de référence boréale et un protocole de biosurveillance des terres humides des Prairies ont été mis au point. On a entrepris une collaboration avec d’autres organismes afin d’établir un réseau de biosurveillance des Prairies, ce qui améliorerait considérablement la disponibilité de données de biosurveillance à l’avenir. Des travaux sont également en cours pour élaborer un indicateur prototype de l’enrichissement local en éléments nutritifs, fondé sur les données de biosurveillance.
Une surveillance a été entreprise dans 30 lacs et réservoirs de plus grande taille du bassin du lac Winnipeg afin d’évaluer le rôle des lacs naturels et des réservoirs artificiels pour réduire le transfert des éléments nutritifs du bassin versant au lac Winnipeg. Les résultats préliminaires indiquent que les grands lacs et réservoirs du bassin, en particulier ceux qui présentent des temps de rétention de l’eau prolongés, accaparent une proportion variable mais souvent élevée d’éléments nutritifs qui s’accumulent -- jusqu’à 80 % dans certains cas -- jouent un rôle important dans la réduction des charges d’éléments nutritifs du lac Winnipeg.
Un soutien financier annuel a été octroyé au Lake Winnipeg Research Consortium par le truchement de l’Initiative du bassin du lac Winnipeg afin d’appuyer les activités du Consortium. Ce dernier comprend un important groupe d’organismes gouvernementaux et non gouvernementaux qui s’emploient à coordonner la recherche et la surveillance, ainsi qu’à sensibiliser et former le public relativement à l'état du lac Winnipeg. Le Consortium exploite également le navire NM Namao, la seule plateforme de recherche et de surveillance à l’œuvre sur le lac Winnipeg. Environnement Canada a également conçu et aménagé une nouvelle salle de commande combinée à un laboratoire sur le pont supérieur du Namao dans le but de renforcer les capacités de recherche.
Information
Les activités de gestion de l’information de l’Initiative comprenaient la création d’un portail d’information en ligne à guichet unique pour échanger les données entre les principaux partenaires scientifiques et les réseaux, et pour fournir un fondement, en fonction des résultats des activités de recherche et de surveillance, dans le but d’éclairer l’élaboration d’indicateurs de rendement et d’objectifs en matière d’éléments nutritifs pour le lac Winnipeg.
On a créé le portail d’information Web du lac Winnipeg, de concert avec les parties prenantes, afin de recueillir, de mettre en mémoire et d’échanger les données concernant le bassin versant, et pour fournir aux utilisateurs les outils et les renseignements dont ils ont besoin pour prendre des décisions efficaces en matière de gestion de l’eau. Le portail permet aux utilisateurs de télécharger librement leurs données et renseignements et de modéliser les résultats pour les échanger avec d’autres. Actuellement, le portail contient quelque 137 ensembles de données et il a été transféré en mars 2012 à l’Université du Manitoba où il continuera à s’enrichir et où il deviendra une source exhaustive de renseignements de même qu’une ressource pour les étudiants, les scientifiques et le public.
Environnement Canada a également établi un partenariat avec le Manitoba et d’autres organismes dans le but de produire le rapport État du lac Winnipeg de 1999 à 2007. Ce rapport détaillé a compilé des données historiques, mis en évidence des recherches récentes et examiné des points de préoccupation actuels et nouveaux concernant la santé et l’intégrité du lac Winnipeg -- fournissant une référence en fonction de laquelle les résultats des activités actuelles de recherche et de surveillance peuvent être comparés. Environnement Canada a également fourni un soutien aux Partners for the Saskatchewan River Basin en vue de la production, en 2009, du rapport intitulé State of the Saskatchewan River Basin.
Le numéro spécial consacré au lac Winnipeg du Journal of Great Lakes Research a été coordonné par Environnement Canada en vue de sa publication en 2012. Dix‑huit documents provenant de divers auteurs gouvernementaux et non gouvernementaux ont été présentés pour le numéro spécial, y compris de nombreux rapports découlant de la recherche entreprise dans le cadre de l’Initiative.
Enfin, des travaux ont été entrepris dans le cadre de l’Initiative pour appuyer le Manitoba dans l’élaboration d’un cadre scientifique pour établir et évaluer les objectifs en matière d’éléments nutritifs pour le lac Winnipeg et ses tributaires. Environnement Canada a aussi collaboré avec le Manitoba pour recenser, mettre en forme finale et évaluer 18 indicateurs de rendement prioritaires afin d’évaluer la santé du lac et du bassin versant et de déceler les changements qui surviennent. Un rapport a été rédigé et attend un examen par les pairs avant d’être mis en forme finale. On s’attend à ce que les indicateurs soient utilisés pour orienter les activités futures de surveillance et de recherche, et compléter l’élaboration d’objectifs écologiquement pertinents en matière d’éléments nutritifs.
On peut obtenir de plus amples précisions sur les progrès et les réalisations de l'Initiative sur le site Web d'Environnement Canada. On peut également obtenir sur le portail d’information Web du lac Winnipeg d’autres rapports détaillés du projet de l’Initiative et des renseignements techniques au sujet des activités scientifiques, des méthodologies et des résultats de la recherche concernant l’Initiative.
Conclusion
L’Initiative a réalisé ses engagements et éléments livrables à court terme; cependant, il reste des défis.
La surveillance de la qualité de l’eau et la surveillance biologique effectuées tout au long des quatre années de l’Initiative ont donné un « instantané » relativement succinct des conditions environnementales dans le lac Winnipeg et son bassin versant. Des lacunes spatiales et temporelles dans les données de surveillance ont imposé des limites à l’égard de certains résultats de la recherche et de la modélisation. Par exemple, on a réussi à effectuer un étalonnage raisonnable des modèles hydrodynamiques et d’eutrophisation pendant l’Initiative, mais d’autres observations, y compris des mesures en hiver, assureraient une validation plus solide des modèles. Il faut également une surveillance biologique et une surveillance de la qualité de l’eau à plus long terme pour refléter la variabilité annuelle et saisonnière qui existe dans le bassin versant et qui a une incidence sur le transport et la libération des éléments nutritifs, et pour mesurer l’efficacité des mesures actuelles et futures de réduction des éléments nutritifs sur la santé du lac Winnipeg.
Tout au long de l’Initiative, on a recensé d’autres aspects d’une exploration plus approfondie potentielle, y compris le rôle des inondations sur la charge d’éléments nutritifs dans le lac Winnipeg, le rôle du recyclage interne des éléments nutritifs dans le lac, les répercussions de facteurs environnementaux (conditions d’éclairement, vitesse du vent, etc.), les changements et la variabilité du climat, ainsi que l'incidence éventuelle des espèces envahissantes. Les questions sur les éléments nutritifs dans le lac Winnipeg établissent également des parallèles avec celles concernant le bassin ouest du lac Érié. Une comparaison et des analyses de ces deux systèmes pourraient également approfondir les facteurs qui modifient la réaction du lac Winnipeg aux mesures actuelles et futures prises à l’échelle du bassin.
Des travaux en cours dans le cadre de l’Initiative indiquent la nécessité d’une approche standard partout au Canada pour mesurer et évaluer les biens et services écologiques. L’application du présent concept a le potentiel de révéler des avantages autrement cachés qui sont associés à des projets d’amélioration de la qualité de l’eau.
Afin de faciliter la gestion transfrontalière des éléments nutritifs, le gouvernement fédéral devrait se concentrer dorénavant sur l’inclusion de la question des éléments nutritifs dans le cadre de collaborations avec des mécanismes et des partenaires nationaux et internationaux de façon à soutenir la mise en œuvre d'une vaste stratégie nationale de gestion des éléments nutritifs dans tout le bassin de la rivière Rouge. Il existe également des possibilités d'accroître l'engagement d'autres entités provinciales et américaines pour s'attaquer aux problèmes des éléments nutritifs dans le lac des Bois et le réseau de la rivière Winnipeg.
Le fait de mettre l’accent sur les efforts futurs d’intendance et l’appui aux sous‑bassins hydrographiques dont on a démontré qu’ils sont d’importantes sources de charges d’éléments nutritifs, en plus de la mise en œuvre d’une surveillance de la qualité de l'eau à long terme et d'autres outils d'évaluation, permettrait aussi une évaluation plus réalisable des répercussions des projets d'intendance sur la charge d’éléments nutritifs. Des initiatives ciblées visant à engager les résidents du bassin versant à apporter des changements comportementaux personnels et collectifs seraient bénéfiques pour analyser les résultats à court terme et obtenir de l’aide pour des solutions systémiques à plus long terme. Un engagement accru des résidents du bassin versant à donner leur appui et à participer à des solutions potentielles pour s’attaquer aux problèmes touchant le lac Winnipeg sera un élément important pour que l’intendance axée sur la communauté prenne racine et grandisse.
Enfin, le rôle et les contributions des organismes partenaires et des parties prenantes dans leur contribution à l’Initiative ne peuvent être passés sous silence. Le savoir, les données et les conseils fournis par le gouvernement du Manitoba, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Pêches et Océans Canada, les districts de conservation et organismes municipaux, les organismes non gouvernementaux, les propriétaires fonciers et d’autres parties prenantes ont été essentiels à la mise en œuvre de toutes les facettes de l’Initiative. La vaste étendue du bassin versant et la myriade de sources diffuses de la charge d’éléments nutritifs, rendent essentiel l’engagement d’un large éventail d’organismes gouvernementaux et non gouvernementaux et de parties prenantes pour améliorer la santé et la durabilité du lac Winnipeg.
Renseignements supplémentaires
Pour de plus amples renseignements au sujet de l’Initiative du bassin du lac Winnipeg (2008-2009 à 2011-2012), veuillez communiquer avec :
M. John Lawrence, Ph. D.
Directeur, Division de la recherche sur la gestion des écosystèmes aquatiques
Direction des sciences et de la technologie de l'eau
Direction générale des sciences et de la technologie
Environnement Canada
905-336-4913
www.ec.gc.ca/doc/eau‑water/winnipeg_f.html
Portail d’information Web du Lac Winnipeg : http://lwbi.cc.umanitoba.ca
1 Les fleurs d’eau, que l’on appelle « proliférations d’algues », surviennent tout au long de l’année; les plus préoccupantes se produisent à l’été et à l’automne et sont principalement dominées par les cyanobactéries (que l’on appelle aussi « algues bleu-vert »).
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