Le 2 juillet 2006, le navire marchand Anna Desgagnés a entrepris son périple visant à livrer une cargaison courante de machines lourdes, de camions et de fret dans des ports de la côte Atlantique. Son trajet s'est terminé dans la baie Resolute, une des destinations les plus septentrionales du Canada.
En plus de sa cargaison habituelle, l'impressionnant navire de 17 850 tonnes de la flotte de la société Transport Desgagnés contenait un élément additionnel. Dans le cadre d'un projet pilote de navire au biodiesel (le projet BioShip), un des quatre générateurs du navire était alimenté avec un mélange exceptionnel d'huiles de cuisson et de graisses animales fondues.
La société Rothsay Biodiesel, une division des Aliments Maple Leaf Inc., a fourni 115 000 litres de leur biodiesel, un biocarburant à base de produits animaux, pour exécuter les essais du projet BioShip. Le générateur était alimenté au mélange B20, composé à 20 p. cent de biodiesel et à 80 p. cent de pétrodiesel, le carburant diesel courant.
Usine de la Rothsay Biodiesel, à Montréal (Québec), Photo : Thierry Mezzana, Environnement Canada Cliquez pour agrandir
Le Anna Desgagnés devrait rentrer au port en octobre, après un trajet totalisant quelque 38 800 km. Une fois qu'il aura accosté, les employés du Centre de technologie environnementale d'Environnement Canada mesureront, au moyen d'instruments portatifs, des valeurs exactes relatives aux émissions du générateur, qui seront comparées à celles enregistrées avant les essais effectués avec le biodiesel.
On prévoit que la réduction des émissions de CO2 du vaisseau pourrait atteindre quelque 400 tonnes par année.
L'exécution du projet emprunte la voie tracée par deux projets antérieurs, BioMer et BioPêche, qui ont respectivement permis de mettre à l'essai le biodiesel dans les générateurs de navires de croisière et d'un bateau de pêche. Le projet BioShip a pour objectif de déterminer le potentiel d'utilisation du biodiesel dans l'industrie du transport maritime et les obstacles connexes qu'il faudrait contourner.
Les participants au projet concerté sont Transports Canada, Environnement Canada, le centre de recherche Innovation maritime, le Groupe Sine Nomine et la société Transport Desgagnés Inc. En plus du soutien scientifique et technique, le Centre de technologie environnementale d'Environnement Canada assurait une partie du financement du projet.
Selon Mme Carole Campeau, de Transport Desgagnés, les résultats du projet sont jusqu'ici très prometteurs et l'utilisation du biodiesel n'a pas d'incidences sur la performance des appareils.
Parmi les avantages de l'utilisation du biodiesel, il convient de souligner qu'aucune modification des moteurs ou des générateurs n'est requise. De fait, le biodiesel possède des propriétés lubrifiantes et nettoyantes intrinsèques. En ce qui concerne son emploi dans certaines des régions les plus froides du Canada, il a été établi que le biodiesel peut être utilisé par temps froid, pourvu qu'il soit mélangé à du pétrodiesel et que la teneur du mélange n'excède pas 20 p. cent de biodiesel.
Faits éclairs
La toxicité du biodiesel est 10 fois moindre que celle du sel de table et il est tout aussi biodégradable que le sucre ordinaire. L'utilisation de biodiesel constitue donc une solution idéale dans les régions écologiquement sensibles.
Le biodiesel possède un pouvoir lubrifiant supérieur et son emploi se traduit par l'accroissement de la performance moteur et la réduction de l'usure des pièces.
Les restaurants du Canada produisent chaque année près de 200 millions de kilogrammes de fritures et d'huiles de cuisson usagées.
La manipulation et le transport du biodiesel sont plus sécuritaires que ceux du pétrole et de ses produits apparentés.
Le biodiesel peut être utilisé dans tous les véhicules fonctionnant avec un moteur diesel, après avoir apporté de légères modifications, voire aucune, à ce dernier. De plus, le biodiesel fournit la même puissance au moteur que le carburant diesel courant.
Le biodiesel est obtenu par un processus chimique, la transestérification, qui comprend la séparation de la glycérine et des matières grasses ou de l'huile végétale. Les deux types de produits de la réaction sont des esters méthyliques, soit les composés chimiques du biodiesel, et la glycérine, un sous produit qui était autrefois très recherché pour fabriquer des savons et d'autres types de produits.
La société Rothsay fabrique son biodiesel en combinant essentiellement des graisses animales fondues et des huiles de cuisson recyclées avec du méthanol.
La croissance de l'industrie du biodiesel a provoqué une surabondance de glycérine sur les marchés et afin de garantir la compétitivité du secteur, il faudra exécuter plus de travaux de R-D visant à trouver d'autres utilisations au produit.
La Rothsay est un chef de file dans l'industrie canadienne du biodiesel et il n'existe qu'un autre producteur au Canada qui utilise des graisses animales fondues comme source de combustible, soit la société Biox Corporation, de Hamilton, en Ontario. En 2001, dans le cadre du projet BIOBUS de la ville de Montréal, la Rothsay a produit 550 000 litres de biodiesel pour alimenter en carburant, pendant une année complète, 155 autobus de la Commission de transport de la Communauté urbaine de Montréal. Dans le cadre du projet BioMer, la société a fourni le biodiesel utilisé pour exploiter 12 navires de croisière dans le Vieux Port de Montréal.
La mise en service des installations de Montréal de la Rothsay, qui a eu lieu en novembre 2005, marquait l'ouverture de la première usine commerciale de biodiesel au Canada. La capacité de production actuelle des installations situées à Sainte Catherine, sur la Rive Sud de Montréal, totalise 35 millions de litres de biodiesel par année.
Selon les données de Ressources naturelles Canada, l'utilisation de 35 millions de litres de biodiesel correspond à une réduction de 122 000 tonnes d'émissions de gaz à effet de serre, soit l'élimination de 16 000 camions légers ou de 22 000 voitures circulant présentement sur les routes. Les résultats d'une analyse du cycle de vie indiquent que chaque tonne de biodiesel produite à partir d'huiles recyclées et de graisses animales fondues permet de réduire de trois tonnes les émissions de gaz à effet de serre. Elle entraîne aussi une réduction des émissions d'échappement, y compris celles de matières particulaires et de substances cancérogènes.
À défaut de les utiliser pour produire du biodiesel, les déchets de l'industrie agricole tels que les résidus d'abattoirs, les huiles de cuisson usagées, les huiles vierges non alimentaires et les excédents de produits agricoles seraient rejetés dans l'environnement et libéreraient du méthane, un puissant gaz à effet de serre.