Les aires sauvages du Canada vues des confins de l'espace
Le Refuge d'oiseaux de l'île Kendall dans le delta du fleuve Mackenzie est le site de deux champs de gaz naturel confirmés. Il sert également de sanctuaire saisonnier à plus de 60 000 oiseaux de rivage. Photo : © Steve Allan, Environnement Canada, 2007. - Cliquez pour agrandir.
Le Canada est vaste -- près de 10 millions de kilomètres carrés de paysages variés et de populations à de densité variable -- et les zones de nature sauvage sont généralement éloignées et accidentées. Ces grandes distances empêchent les scientifiques de se rendre fréquemment sur place pour vérifier de façon ponctuelle l'état des espèces sauvages et de l'habitat. Elles constituent également un défi de taille pour les agents d'application de la loi qui tentent d'intercepter les infractions aux lois concernant les espèces sauvages.
La vaste nature sauvage du Canada n'est pas aussi tranquille qu'on pourrait le croire. En effet, la nature est en constante évolution, ce qui complique d'ailleurs la protection des habitats d'espèces sauvages. Au fil du temps, les changements naturels peuvent se voir compliqués par les changements d'origine humaine, comme les nouvelles routes ou l'agriculture. Les décisions prises aujourd'hui concernant l'aménagement des terres doivent tenir compte des changements éventuels dans le paysage dans les années à venir. De plus, aujourd'hui, les changements climatiques ajoutent à l'incertitude.
L'habitat des espèces sauvages subit des pressions de toutes parts. Aussi les méthodes de surveillance et d'application de la loi doivent-elles suivre l'évolution des changements croissants, et ce, même dans les endroits les plus reculés. Le Canada a besoin d'une présence étendue pour l'aider à protéger ses terres.
La Réserve nationale de faune Vaseux-Bighorn en Colombie-Britannique, habitat de nombreuses espèces rares, est touchée par les activités de la vallée du sud de l'Okanagan densément peuplée. Le cercle jaune que l'on peut voir sur l'image satellite indique les changements attribuables à l'exploitation forestière. Photo : © Environnement Canada, 2006. - Cliquez pour agrandir.
Les satellites, comme le RADARSAT-2 que le Canada a récemment lancé, peuvent se révéler utiles à cet égard. L'information recueillie à partir de l'espace peut servir à assurer une surveillance fiable et de niveau uniforme à l'échelle du pays, depuis la frontière sud densément peuplée au nord à l'iceberg le plus lointain. De plus, les données satellite s'amalgament bien à d'autres types de données numériques pour créer des cartes, des images et des diagrammes dynamiques qui peuvent être utilisés dans le cadre de recherches ou pour aider à la planification de la gestion et de l'application de la loi. Les images, qui montrent le paysage tel qu'il apparaît vu de l'espace, peuvent aussi nous fournir des renseignements factuels essentiels, comme l'altitude ou la distance entre un point donné et un lac, une prairie ou un autre habitat d'espèces sauvages.
Espace pour les habitats
Environnement Canada et l'Agence spatiale canadienne visent actuellement la mise sur pied d'un programme national de surveillance du paysage assistée par satellite. Le projet pilote coopératif, appelé « Espace pour les habitats », réunit les connaissances de gouvernements, d'universités, du secteur privé et d'organismes voués à la protection de l'environnement. Ces partenaires espèrent améliorer la gestion des espèces sauvages et l'application des lois à cet égard dans les multiples paysages du Canada grâce à une technologie spatiale.
Les partenaires d'Espace pour les habitats en sont à évaluer la technologie comme outil de surveillance des aires protégées du Canada pour y détecter toute activité illicite ou violation commise par des titulaires de permis, ainsi que pour appuyer les lois telles que la Loi sur les espèces en péril et la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. Ils travaillent également à l'élaboration de méthodes qui permettront de cartographier et de surveiller les habitats d'oiseaux migrateurs au sein de forêts aménagées, pour s'assurer que les activités d'exploitation forestière sont menées conformément aux lois pour la protection des espèces sauvages.
La surveillance par satellite a été mise à l'essai et s'est avérée efficace en matière d'application de la loi et de conservation au Canada. Dans le cadre du projet de surveillance intégrée par satellite de la pollution par les hydrocarbures (ISTOP), par exemple, on surveille les oiseaux de mer dans les océans canadiens à l'aide de données satellite afin d'envoyer un avion de surveillance aux sites de déversements de pétrole présumés.
Les partenaires d'Espace pour les habitats montrent comment les données satellite peuvent être jumelées à des renseignements de surveillance aérienne et terrestre et ensuite utilisées pour prendre des décisions relatives à l'aménagement des terres. Sont également en cours d'élaboration des modèles informatiques qui combinent différents types de données pour prédire à quel endroit, dans un paysage, sont susceptibles de se trouver certaines plantes ou certains animaux en reconnaissant les conditions pour leur habitat.
L'habitat d'espèces sauvages dans les zones protégées
Grâce aux tablettes électroniques compatibles GPS, les agents enregistrent sous forme numérique la date et l'heure de découvertes d'espèces rares, telles que l'abronie à petites fleurs, pour appuyer la protection de l'habitat. Photo : © Gordon Cox, Environnement Canada, 2006. --Cliquez pour agrandir.
En moyenne, chaque agent d'application de la loi sur les espèces sauvages est responsable de 2 000 kilomètres carrés d'aires protégées relevant d'Environnement Canada. À cette échelle, les patrouilles à elles seules ne suffisent pas pour surveiller les 51 réserves nationales de faune et les 92 refuges d'oiseaux migrateurs. Grâce au projet Espace pour les habitats, les agents d'application de la loi ont recours à la technologie satellite sous la forme d'ordinateurs de poche. Ces tablettes électroniques unissent les images satellite à des points de référence géographique et à des cartes interactives et permettent l'enregistrement de données propres au site. On se sert des ordinateurs de poche au cours des inspections périodiques d'habitats d'espèces sauvages protégés, pour enregistrer les activités illicites (p. ex. le camping non autorisé), les changements importants ou les observations d'espèces rares (p. ex. des plantes ou des nids).
À l'heure actuelle, 11 agents provenant de différentes régions du Canada ont été formés et équipés dans le cadre du projet pilote. Les agents d'application de la loi redoublent d'efficacité sur le terrain lorsqu'ils sont en mesure d'enregistrer des faits vérifiables, comme l'heure et le lieu. Tout renseignement ainsi enregistré au cours d'une inspection ou dans le cadre du travail de base effectué pour une enquête peut être mis à la disponibilité du système juridique ou d'un enquêteur futur sous forme électronique. De plus, certaines données peuvent être partagées avec des chercheurs en espèces sauvages afin de contribuer à la recherche et à la gestion ou de constituer des inventaires nationaux d'espèces rares.
Au-delà des aires protégées : les « paysages gérés »
Les ressources naturelles du Canada, des minéraux aux forêts en passant par l'énergie, constituent la base de la richesse du pays. Par exemple, nous sommes le premier exportateur de papier journal dans le monde. Mais ces ressources font aussi partie de la base pour la salubrité de l'environnement à l'échelle mondiale. Voici un autre exemple : chaque printemps, quelque trois milliards d'oiseaux s'envolent vers le nord pour élever leurs petits dans les forêts boréales du Canada. Il est donc impératif que nous protégions ces biens.
Un coup d'oeil au secteur forestier du Canada nous permet de constater l'étendue des changements dans le paysage et aux répercussions qu'ils ont sur la gestion des espèces sauvages. Plus de 30 p. cent du paysage du Canada est constitué de forêts. Un million d'hectares de forêt a été récolté au Canada en 2005 et 2006. À eux seuls, les arbres de Noël ont compté pour un million des arbres coupés en 2005. Il ne fait aucun doute que l'activité industrielle, et pas seulement l'exploitation forestière, entraîne des changements dans le paysage à grande échelle.
Environnement Canada a une expérience de longue date en recherche et en gestion concernant les espèces sauvages en ce qui a trait aux oiseaux migrateurs. Les partenaires d'Espace pour les habitats coordonnent les capacités, les renseignements et la technologie afin de concevoir un système qui fonctionne à la fois pour les organismes de réglementation (p. ex. les lois fédérales ou provinciales) et les industries réglementées (p. ex. les sociétés forestières ou d'énergie). Il s'agit d'un exercice en collaboration.
L'industrie forestière a fourni des sites d'exploitation témoin dans trois paysages forestiers différents. Elle partage ou crée des cartes numériques des activités prévues de la société. Des images satellite des sites témoin sont également requises, ainsi que de l'information géographique numérique (c.-à-d. le point GPS) qui est recueillie directement sur place. Grâce à cette collecte de données, les partenaires d'Espace pour les habitats peuvent analyser les données disponibles et élaborer des méthodes d'essai qui appuieront divers objectifs de conservation, bien au-delà de la foresterie.
Compte tenu du climat imprévisible et du paysage changeant, les plantes et les animaux sauvages ont plus que jamais besoin d'aires sauvages salubres. Grâce aux bons outils et à la bonne information, les décisions en matière d'aménagement des terres peuvent tenir compte des changements actuels et potentiels prochains. L'information satellite vient étayer ces décisions et contribue à la surveillance et à l'évaluation de suivi. En temps d'incertitude, les espaces sauvages du Canada ont besoin d'une présence vigilante et de la puissance de la technologie pour équilibrer richesse et santé.
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Faits éclairs
- Le nouveau satellite Radarsat-2 du Canada a rejoint les autressatellites d'observation de la Terre en orbite.
- Les satellites Landsat des États-Unis ont capté des millions d'images de la Terre depuis le début des années 1970. (Site disponible en anglais seulement)
- Le projet Espace pour les habitats est axé sur l'utilisation de technologies satellite à l'égard des habitats protégés et des paysages à l'extérieur des aires protégées où s'appliquent les lois canadiennes concernant les espèces sauvages
- Environnement Canada et le département de géographie de l'Université Carleton ont travaillé avec le Smithsonian National Zoological Park des États-Unis à la formation de 11 agents de l'application de la loi sur les espèces sauvages canadiens quant à l'utilisation des outils d'observation de la Terre. (Site disponible en anglais seulement)
Liens connexe
- Agence spatiale canadienne : RADARSAT et surveillance de l'environnement
- Centre canadien de télédétection
- Nature Canada : "Eye in the Sky" (disponible en anglais seulement)
- Réseau d'aires protégées d'Environnement Canada
- Légiférer la « prise accessoire » d'oiseaux migrateurs au Canada
- Lancement réussi de RADARSAT-2 (vidéo)


